01 juin 2021 - 15:44 |

Effet dévastateur des espèces exotiques envahissantes pour l’agriculture en Afrique

Le coût économique des espèces exotiques envahissantes (EEE) sur le secteur agricole africain est évalué à $3,6 trillions par an, soit 1,5 fois le Produit intérieur brut (PIB) de l’Afrique, montre la première étude approfondie sur le sujet Towards estimating the economic cost of invasive alien species to African crop and livestock production réalisée par les scientifiques de l’organisation internationale CABI.  Un coût énorme pour l’agriculture africaine où plus de 80% des personnes vivant dans les zones rurales dépend des cultures qu'ils cultivent pour leur nourriture et leurs revenus.

Le coût économique des EEE est mesuré à travers les pertes de rendement des principales cultures, comme le maïs, la tomate, le manioc, la mangue et la banane, ainsi que les coûts de main-d'œuvre à travers le désherbage et la perte de revenus provenant du bétail.

Manioc, agrumes, tomate, maïs, ..impactés

Si plusieurs EEE sont étudiées, la Tuta absoluta  cause les pertes de rendement annuelles les plus élevées

à $11,45 milliards, suivie de la chenille légionnaire d'automne (Spodoptera frugiperda) pour $9,4 milliards.

Par culture, l’impact le plus important est pour le manioc, où l’Afrique est le premier producteur mondial, avec $21,8 milliards, puis les agrumes ($14,6 milliards), les tomates ($10,1 milliards), le maïs ($9,8 milliards) et la banane ($7,1 milliards).

Nigeria, le coût le plus élevé

Si une majorité de pays d’Afrique sont touchés par les EEE, le Nigeria paye le plus lourd tribut avec un coût estimé à plus de $1 trillion par an. Suit la République démocratique du Congo (RDC) avec $317 milliards par an. Pour l’Afrique du Sud et le Niger, le coût est compris entre $200 et $300 milliards tandis que le préjudice causé pour l’Angola, la Côte d’Ivoire, le Mali, le Maroc, la Tanzanie et le Tchad est compris entre $100 et $200 milliards.

Quelles préconisations ?

«Les résultats soulignent le besoin de mesures qui empêchent l'arrivée de nouvelles espèces et les espèces établies de se répandre, et qui réduisent les coûts de gestion pour les espèces largement présentes et impactantes grâce à des méthodes telles que la lutte biologique. Cela réduira potentiellement les coûts de production futurs, les pertes de rendement et améliorera les moyens de subsistance des agriculteurs et des autres utilisateurs des terres touchés», indique René Eschen, auteur principal de l’étude.

La détection précoce reste une priorité élevée pour une réponse rapide afin de faire face aux pertes subies par les agriculteurs à travers le continent. Cela impliquerait d'instituer un contrôle à grande échelle des EEE largement établies à peu de frais pour les agriculteurs et les autres utilisateurs des terres affectés, afin de réduire les pertes et d'améliorer les moyens de subsistance. «En outre, notre étude fournit la preuve de la nécessité de mettre en place des mesures de quarantaine et phytosanitaires nationales et régionales pour empêcher l'entrée et la propagation de nouvelles EEE, évitant ainsi des coûts supplémentaires potentiellement énormes à mesure que de nouvelles EEE se propagent à travers le continent» ajoute René Eschen.

Un impératif absolu pour  l’Union Africaine

Pour la commissaire à l’Agriculture, au développement rural, à l'économie bleue et à l'environnement durable la Commission de l'Union africaine, Josefa Sacko, «La gestion des espèces exotiques envahissantes est un impératif absolu si l’agriculture africaine veut atteindre son plein potentiel et nourrir sa population croissante - qui devrait doubler pour atteindre 2,5 milliards d’habitants d’ici 2050 - et contribuer à la sécurité alimentaire mondiale». Elle ajoute  qu’il est nécessaire de porter une attention particulière à la gestion et au contrôle des EEE, soulignant qu’« Il est temps d’agir et de parler ».

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