02 mai 2007 - 16:33 |

La filière cotonnière ivoirienne sinistrée

Le démantèlement de «la zone de confiance », l’octroi fin avril de FCFA 9,4 milliards par l’Union Européenne à la filière cotonnière, deux éléments qui augurent de meilleures perspectives pour le coton ivoirien. Nous faisons le point sur la filière avec Johanna Adotevi, directrice commerciale d’Ivoire Coton.

Accra mars 2007 Quelle est la situation de la filière coton en Côte d’Ivoire ?

Johanna Adotevi: On est vraiment sinistré. On a deux problèmes. Un politique du fait de la guerre, ce qui fait que le coton, en plus du problème de prix que l’on connaît au niveau du marché mondial, on a un problème structurel. Aujourd’hui on n’a plus de subventions, l’Etat, contrairement aux autres pays, comme le Mali et le Burkina Faso, n’est plus là. On est livré à nous-mêmes. Et ce n’est pas évident car les zones cotonnières sont au Nord, dans la partie Forces Nouvelles, partie où pendant 4 ans on n’a reçu aucun aide et où nous a laissé pour compte. Les premiers visés sont les producteurs, les fermiers, les paysans avec lesquels on travaille et la conséquence directe a été le non-renouvellement des variétés puisque le centre de recherche a été détruit avec un impact sérieux sur la qualité de la fibre mais également au niveau du coton graine. Les semences ne sont plus bonnes, on n’a pas assez de semences. Tout cela implique une chute de la production. Cette année, on est à 40% de baisse de production par rapport à la campagne précédente. Pour la première fois en 8 années d’existence, nous avons réalisé 75 000 tonnes de coton graine contre 130 000 t prévues au budget. Et cela va avoir un impact sur la prochaine récolte, le prix risque d’être plus bas. On est vraiment en crise. Pire encore le Nord, toute une partie du pays, est dans une impasse. On va essayer via l’ACA de prendre une participation plus active et d’essayer de faire bouger les choses, d’obtenir des subventions de l’Union européenne pour de l’aide sociale, c’est-à-dire une aide indirecte qui permettrait d’améliorer le niveau de vie, les conditions sociales du paysan. Pour nous l’enjeu il est là. Car si on n’arrive pas à avoir un impact direct sur le prix du coton graine que l’on puisse par d’autres moyens aider le paysan à avoir le minimum d’accès aux soins à assurer l’alphabétisation de ses enfants …

Cela relève plus des programmes sociaux !

Aujourd’hui c’est ça. Ce n’est pas autre chose. Quand les autres parlent de profit, nous on essaye de tenir, de permettre à toute une région de continuer à vivre. Si on ne le fait pas on aura un exode, on aura encore plus de pauvreté.
Nous sommes une société privée. Si aujourd’hui on ne veut pas perdre de l’argent, on n’est pas là forcément pour en gagner. On est là pour développer. Pour nous l’ACA est une plateforme, une manière de se faire entendre. Au niveau d’Ivoire Coton, nous étions deuxième producteur, de par les problèmes structurels de la CIDT, qui sont aussi liés à des problèmes politiques, nous sommes passés premier producteur de Côte d’Ivoire, non pas parce que nous avons augmenté nos volumes mais parce que les autres ont baissé. Ce qui fait qu’aujourd’hui nous sommes plus sous les feux de la rampe. On n’a pas de retard de paiement envers les paysans, et nous sommes les seuls. Pour la campagne 2007/08, on a déjà monté les intrants, on est en train de monter les derniers camions, on devrait finir dans une dizaine de jours. Au niveau du financement, nous n’avons pas de soucis.

D’autres sociétés sont portant confrontées à des problèmes aigus de financement, comment expliquez-vous votre situation ?

C’est une question de gestion. Et puis, nous avons provisionné les années où l’on a bien fonctionné, en 1998, 1999. Ces provisions nous ont permis de tenir les années qui ont été moins bonnes. Mais on ne va pas tenir ad vitam eternam. Nous sommes en sursis, en deux années, on perd FCFA 3 à 4 milliards, nous nous ne sommes pas la CMDT ou la Sofitex donc on dépose le bilan. On doit rendre compte à des actionnaires. Même si on ne paye pas de dividendes. A un moment donné, cela ne peut pas continuer comme cela. C’est pour ça qu’aujourd’hui, même si nous n’avons pas de dettes envers nos producteurs, le producteur à FCFA 145 le kilo ne s’en sort pas. L’année dernière Ivoire Coton avait sur fonds propres subventionné sa zone en payant FCFA 155 le kilo, soit FCFA 10 de plus avec l’autorisation des actionnaires en espérant ne pas décourager les paysans. Malheureusement, on est passé de 1,4 tonnes à l’hectare à 800 kilos l’hectare en moyenne, tout simplement parce que les paysans sont surendettés, ils ne peuvent plus rembourser et ont utilisé les intrants ailleurs sur des produits vivriers ou tout simplement ils les ont vendus ou encore ils n’ont pas livré car ils ont eu peur qu’on leur prélève le remboursement des intrants et ont livré ailleurs. Il y a aussi des pisteurs qui apparaissent aujourd’hui car la filière est très anarchique, n’importe qui vient n’importe où, prend du coton et l’égrène. Si aujourd’hui ce n’est pas évident, nous pensons que la situation n’est pas désespérée. En cadrant bien, en donnant des objectifs précis, ce qu’on est en train de faire c’est-à-dire sensibiliser les producteurs. Nous allons voir comment avec les actions sociales mettre en place des structures qui permettent aux paysans de ne pas payer pour les dépenses de santé, avoir un accès au micro-crédit. C’est en aidant le paysan à être plus autonome que nous allons sécuriser notre approvisionnement. En tout cas fidéliser les paysans.

Envisagez-vous des actions communes à plusieurs pays africains ?

Nous devons avoir une démarche commune à l’ensemble des pays africains producteurs car les problèmes sont communs, le niveau du prix au producteur est trop bas, comment peut-on les améliorer ? Cela veut dire améliorer les rendements, s’assurer que les intrants sont mis en place à temps, respecter l’itinéraire technique, permettre la relance de la recherche et mieux comprendre l’acheteur final mais aussi connaître les technicités du coton africain.

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