02 juin 2010 - 14:03 |

La Cnuced préconise une révolution verte pour l’Afrique

Afin de renforcer l´innovation agricole et la sécurité alimentaire


(02/06/2010) Selon le Rapport 2010 sur la technologie et l´innovation (1), l´Afrique a besoin de sa propre révolution verte, axée sur les petits exploitants et les différentes zones écologiques. En raison de techniques agricoles et de pratiques après récolte inefficaces, l´Afrique subsaharienne est la région qui risque le plus de ne pas atteindre le premier objectif du Millénaire pour le développement, à savoir réduire l´extrême pauvreté et la faim d´ici à 2015, indique un communiqué de presse de la Cnuced.
Le Rapport préconise une “révolution verte” pour l´Afrique, qui, loin de reposer sur les progrès agricoles notoires obtenus en Asie et en Amérique latine, doit au contraire s´appuyer sur une technologie et une innovation qui correspondent aux besoins et aux capacités des millions de petits agriculteurs africains et qui soient adaptées à la diversité des conditions climatiques du continent.
Par exemple, si les techniques d´irrigation modernes peuvent très fortement accroître les rendements agricoles, la plupart ont été conçues pour des systèmes à grande échelle et relativement complexes. Aujourd´hui, grâce à de nouvelles technologies telles que l´irrigation au goutte-à-goutte, des pompes à pédale améliorées et des citernes en matière plastique pour le stockage de l´eau, les petits exploitants peuvent utiliser des techniques d´irrigation modernes qui leur seraient autrement inabordables compte tenu de la petite taille de leurs exploitations et du peu de capitaux dont ils disposent.
Le rapport présente des exemples similaires dans des domaines comme les biotechnologies, les engrais, les pesticides, le travail du sol et les technologies après récolte.
Il présente également des politiques novatrices pour améliorer l´accès des agriculteurs à des technologies appropriées. Par exemple, une politique de “subventions intelligentes” pour faciliter l´accès aux engrais a débouché sur une augmentation vertigineuse de la production de maïs au Malawi, ce qui atteste du rôle essentiel que le crédit et d´autres instruments peuvent jouer pour permettre aux agriculteurs d´adopter des technologies efficaces.

Recul de la production alimentaire

Notant que la production alimentaire par habitant dans les pays les moins avancés (PMA) a constamment diminué ces quarante dernières années – moins 20 % entre le début des années 70 et le milieu des années 2000 – le rapport fait valoir que des innovations et des avancées considérables dans les technologies utilisées par les petits exploitants agricoles africains sont nécessaires pour rétablir la sécurité alimentaire. L´utilisation soutenue de technologies agricoles plus modernes par les agriculteurs, en particulier en Afrique, pourrait jouer un rôle important à moyen et long terme dans la prévention des crises alimentaires. Le Rapport insiste sur les répercussions de la stagnation de la productivité sur la sécurité alimentaire des pauvres en Afrique.
La productivité agricole a sensiblement augmenté en Asie et en Amérique latine ces dernières décennies, mais cela n´a pas été le cas en Afrique, et l´écart entre les importations et les exportations agricoles du continent se creuse
L´agriculture constitue le fondement de nombreuses économies africaines et représente la plus vaste source d´emplois et de moyens de subsistance pour les Africains. La stagnation de la productivité agricole a engendré un grave problème d´insécurité alimentaire, et est aujourd´hui un obstacle majeur au développement de l´Afrique.
Le rapport note qu´il s´agit d´abord et avant tout de soutenir les petits exploitants qui constituent l´essentiel des agriculteurs du continent, et dont beaucoup vivent au niveau ou en deçà du seuil de pauvreté.
Passant en revue les moyens d´inverser la tendance au recul de la productivité agricole par l´adoption de technologies existantes et la mise au point de nouvelles technologies, le rapport décrit en détail les effets probables de l´innovation au sein des systèmes agricoles, de l´amélioration des infrastructures agricoles, des services et des pratiques de gestion foncière, ainsi que de l´élaboration de politiques nationales plus appropriées.
Les auteurs tirent notamment les conclusions suivantes: Il est nécessaire d´améliorer et d´élargir l´éventail des technologies agricoles utilisées par les petits exploitants africains et de renforcer les capacités d´innovation des systèmes agricoles africains, mais cela n´est pas suffisant pour améliorer la productivité agricole du continent; Les conditions locales font qu´il est quasiment impossible de reproduire, en Afrique, une révolution verte de type asiatique ou latino-américain, reposant sur une utilisation intensive d´engrais chimiques, de pesticides, ainsi que de l´irrigation, pour la production de variétés à haut rendement d´un tout petit nombre de cultures céréalières – approche que de nombreux experts agricoles n´estiment de toute façon pas viable; Il faut que l´ensemble des technologies sous-tendant une révolution verte véritablement africaine soit conçue en tenant pleinement compte de l´immense diversité des situations humaines, écologiques et économiques du continent.

Le rapport reconnaît qu´il n´existe pas de solution toute faite, mais il indique plusieurs mesures offrant les meilleures possibilités d´améliorer à court terme la productivité agricole et la sécurité alimentaire: Renforcer les capacités humaines et institutionnelles; Autonomiser les agriculteurs en les associant à l´élaboration des politiques et des programmes; Renforcer les mécanismes de soutien des agriculteurs et les marchés agricoles.

Le rapport met en avant 12 grandes recommandations, selon lesquelles il faut, notamment:
i) placer les petits exploitants agricoles au cœur des politiques afin que la recherche-développement agricole et les services de vulgarisation répondent à leurs besoins réels;
ii) renforcer l´élaboration des politiques afin de créer un environnement propice à l´innovation agricole et de permettre un certain degré d´expérimentation en matière d´action publique;
iii) renforcer les systèmes d´innovation agricole, s´agissant notamment des liens avec la recherche aux niveaux national, régional et international;
iv) cibler l´investissement agricole en mobilisant des ressources pour les infrastructures matérielles et scientifiques, l´établissement de liens et le renforcement des services de vulgarisation;
v) tenir compte des conditions agroécologiques locales afin de mettre au point des technologies adaptées en combinant des solutions de faible moyenne et haute technicité, sans oublier les savoirs traditionnels;
vi) renforcer les capacités et la coopération internationale en matière de transfert et de partage de technologie.

(1) Technology adn innovation report 2010, “Enhancing food security in Africa through science, technology and innovation, Cnuced, mai 2010, p.106.

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