03 avril 2009 - 00:00 |

La Chronique matières du jeudi

Certaines hausses sont inexplicables. A moins que…

(03/04/09)

La perspective de la réunion du G20 à Londres hier et des mesures qui pouvaient y être prises a soutenu les matières premières cette semaine qui ont aussi bénéficié de la montée du pétrole et du recul du dollar. Rappelons que la plupart des matières sont cotées en dollar et la faiblesse de celui-ci rend d’autant moins onéreuse leur achat.
Le rebondissement de certaines matières ces dernières semaines semblerait se confirmer. On a du mal à comprendre pourquoi sauf à dire que c’est monétaire, c’est spéculatif ou… c’est une amorce de reprise.

Bois. Ces quinze derniers jours, l’Organisation internationale des bois tropicaux a relevé quelques hausses de prix, notamment sur l’azobé et l’ekki, l’okoumé, le movingui, l’okan, le padouk et le tali, tandis que des baisses ont été enregistrées sur le bibolo le dibétou, le moabi et le sipo. En effet, la demande chinoise a été soutenue, mais cela ne doit pas être considéré comme une tendance car la récession dans les principaux pays consommateurs va gravement affecter les exportations chinoises à venir, selon l’OIBT. Hormis la Chine, les demandes émanant du Vietnam et d’Inde ont contribué à la fermeté des cours.
Les marchés des sciages sont demeurés très limités et les prix inchangés. S’agissant du sapeli, les producteurs accepteraient toutes les offres raisonnables tandis que les importateurs et le négoce braderaient leurs stocks.
Côté Chine, un rapide coup d’œil sur les statistiques d’importation de grumes du port de Rizhao(qui comprend Lanshangang) fait été d’une très forte activité en janvier et février puisque les importations de grumes se sont élevées à 126 000 m3 pour une valeur de $ 13,33 millions, soit 7,7 fois en volume et 9 fois en valeur les chiffres sur les deux mêmes mois en 2007 ! Dommage que la plupart de ces grumes émanent de Nouvelle Zélande et de Russie et non pas d’Afrique…

Cacao – Les cours du cacao ont terminé la semaine en progression de 3% à New York, touchant leur plus haut en sept semaines. Toutefois, cette hausse est davantage liée à des facteurs techniques telles que les monnaies et l’évolution sur les marchés financiers, renforcés certes par certains fondamentaux telle que la baisse du niveau des arrivages dans les ports en Côte d’Ivoire, numéro un mondial de la fève, à 865 000 tonnes au 29 mars, contre 1 049 809 tonnes à la même date il y a un an. Le négoce garde un œil sur la récolte intermédiaire en cours dans le pays.
Toutefois, en Asie, le marché du beurre et de la poudre fait plutôt grise mine…Les ratios du beure ont chuté de plus de 10%, touchant leur plus bas de ces cinq dernières années. Il est proposé au ratio de 1,8 par rapport au marché des fèves de Londres contre 2,10 il y a encore trois semaines. Les broyeurs ont dû forcer à la hausse le prix de la poudre pour compenser la chute de la demande en beurre. La poudre atteint ainsi $ 2 800 la tonne contre $ 1 800 il y a trois semaines.
Que se passe-t-il ? Alors que nous approchons de Pâques, un des grands moments forts de l’année en Occident pour l’achat de chocolat, la demande n’est pas au rendez-vous. Etant donné la fermeté des cours du cacao ces derniers mois et la baisse de la consommation et du pouvoir d’achat, les industriels ont réduit leur fabrication et leur utilisation de cacao dans la fabrication de leur confiserie, optant plutôt pour des matières grasses végétales moins onéreuses. Selon l’Organisation internationale du cacao, les broyages en Malaisie chuterait de 12,3% sur les douze mois jusqu’en septembre prochain, à 290 000 t, et de 20% en Indonésie, à 150 000 t.
Côté Europe, les stocks de cacao s’accumulent…

Café – L’Arabica a été soutenu par le resserrement des offres en partie liée à la baisse de la production en Colombie, l’un des trois principaux fournisseurs mondiaux de café. D’où un accroissement important des différentiels. Aussi la demande est-elle très calme, certains analystes estimant que la grande distribution est peut-être en train de destocker. Les cafés certifiés, de leur côté, se vendent bien car ils sont beaucoup moins chers que ceux sur le marché physique. Or, du café certifié, il y en a ! Quelque 3,9 millions de sacs de 60 kilos. Cette faible demande sur le marché du physique tombe mal pour les Robusta d’Afrique, Côte d’Ivoire, Cameroun, Togo car ils sont en pleine période de commercialisation de leur campagne.

Caoutchouc. C’est inexplicable ! Le Sicom 20 est à 145 cents US le kilo contre 121,50 début mars. Or, il n’y a aucune raison objective loin s’en faut si on jette un regard à la situation de l’industrie automobile mondiale ! Certes le wintering en Thaïlande est plus long que prévu et la demande asiatique de caoutchouc est relativement soutenue, mais rien qui puisse justifier ou expliquer une telle envolé. Alors ? Peut-être seulement la spéculation….
Le caoutchouc africain en profite comme les autres, avec certes un pas en arrière puisqu’il connaît une décote permanente. En outre, du fait de cette flambée inexplicable du terme, fondée sur aucun fondamentaux, les cours sur le marché du physique s’écartent de plus en plus du terme. Le caoutchouc africain est aux alentours de 130 cents actuellement.

Coton. Une lueur d’espoir ? Le coton sur le marché à terme de New York a pris 10%, soit environ 5 cents la livre, sur les 10 derniers jours de marché tandis qu’une hausse de quelque 2% maximum a pu être relevée sur le marché du physique, un certain décalage dans le temps étant toujours constaté entre les deux marchés. On assiste peut-être, souligne Jean-Marc Mocq, trading manager chez Devcot, à une tentative de consolidation des plus bas : on pourrait repartir lentement à la hausse. Le coton a été le dernier à être attaqué l’année dernière donc ce pourrait être le premier à repartir, souligne-t-il.
Globalement, l’ensemble des marchés des matières premières a plutôt été haussier cette semaine mais le marché du coton est relativement petit et il ne suit pas nécessairement les autres marchés. « Il intéresse la spéculation en dernier recours seulement. »
Côté réalités industrielles, Jean-Marc Mocq a pu constater qu’en Chine, où rappelons-le 40% du textile mondial est fabrique, la situation de la filière textile n’est pas aussi grave qu’on veut nous le faire croire. Mais il est beaucoup trop tôt pour crier victoire.

Sucre. La faiblesse du dollar a stimulé cette semaine les cours du sucre, à l’instar de plusieurs autres matières premières. Un mouvement qui a été conforté et qui pourrait s’accentuer face aux rumeurs selon lesquelles l’Inde pourrait encore acheter un million de tonnes de sucre roux d’ici la fin de l’année. En effet, une roupie plus forte et des prix locaux du sucre élevés rendent les importations attrayantes.
Rappelons que l’Inde est le deuxième plus important producteur au monde de sucre et a déjà importé 950 000 t depuis le début de sa récolte en septembre 2008.

Thé. Les recettes d’exportation de thé au Kenya devraient dépassées cette année le niveau de l’année dernière, à 65 milliards de shillings ($ 811,38 millions) contre 62 milliards ($773,9 millions). En effet, les prix sont en hausse face à une production en baisse de 10% du fait de la sécheresse, selon Sicily Kariuki, directeur général du Tea Board.

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