03 avril 2015 - 00:00 |

L’Afrique de l'Ouest de plus en plus séduite par le Partenariat Public Privé

Les investissements dans les infrastructures en Afrique de l’Ouest ont progressé de 50% entre 2013 et 2014. Laurence Van Prooijen, directrice du  Partenariat Public Privé (PPP) pour Deloitte en Afrique francophone souligne que les pays s’intéressent de plus en plus au PPP pour financer les infrastructures marchandes mais aussi sociales.

 

Quelle a été l’évolution des investissements dans les infrastructures en Afrique de l’Ouest entre 2013 et 2014 ?

Laurence Van Prooijen : Nous avons une augmentation très substantielle de la valeur des investissements en phase de construction, puisqu’on passe de $50 à 75 milliards entre 2013 et 2014 avec un nombre de projet constant (66). Les secteurs privilégiés sont toujours le transport et l’énergie, et seront encore prioritaires en  2015 et les années suivantes, compte tenu des besoins importants en équipements.

Les transports représentent près de 30%, l’énergie 21%, les activités minières 14% et la gestion de l’eau et assainissement 12%. Mais, de nouveaux secteurs sont apparus en 2014. Ces derniers ne relèvent plus des infrastructures marchandes mais des infrastructures sociales que cela soit dans la santé, l’éducation ou la rénovation urbaine. Des secteurs nouveaux qui font appel aussi à de nouveaux modes de financement, les partenariats publics privés (PPP) à paiement public. Dans ce cas  précis c’est le partenaire privé qui préfinance l’infrastructure – il la  construit, l’entretient et la maintient-  et il est rémunéré par des loyers de la personne public. C’est un outil largement utilisé dans les pays européens par exemple et qui commence à se développer  dans les  pays africains.

Le cadre réglementaire existe-t-il ?

Tous les États s’équipent du cadre réglementaire qui va permettre d’attirer le secteur privé sur les projets et au niveau régional, l’UEMOA, la BOAD et  la BCEAO travaillent sur l’harmonisation régionale d’un cadre PPP. Le Niger a une loi PPP depuis 2011. Le Sénégal avait une loi CET, loi essentiellement concessive mais  depuis décembre 2014 ils ont une loi sur le PPP à paiement public et ils ont également modifié l’approche sur l’offre spontanée pour y avoir recours tout en mettant les gardes fous nécessaires pour préserver les intérêts de la personne publique sans se priver des bonnes idées du secteur privé. La Côte d’Ivoire est dotée aussi d’un cadre. Le Mali et le Burkina Faso c’est en cours. Une cellule PPP a été créée aussi au sein de la BOAD.

Chaque pays est en train d’opérationnaliser ce cadre en mettant en place d’importants  programmes de renforcement des capacités.  

Quels sont les projets les plus structurants au niveau régional ?

Un accent important est mis sur l’intégration régionale.  La zone UEMOA a été défini un certain nombre de projets prioritaires qui représentent environ 3000 km de route, 3000 km de voix ferrées et au niveau énergétique la construction de centrales solaires photovoltaïques  et d’interconnexion électrique. Nous sommes sur de gros projets de corridors routiers  comme l’axe Yamoussoukro –Ouagadougou ou la voie express Sikasso-Zegoua au Mali. Nous avons également des projets de construction de ponts au Sénégal et Guinée Bissau, de port secs (Ferkessédougou en Côte d’Ivoire) et d’aéroports (Bénin), le développement  des postes de contrôle et des projets d’interconnexion ferroviaire pour l’ensemble des pays d’Afrique de l’Ouest, pour un montant envisagé estimé de l’ordre de $21 milliards pour lesquels l’objectif est de faire appel au PPP.

Les investisseurs privés sont-ils intéressés ?

Compte tenu de l’ampleur des besoins (ndrl $21 milliards), même si on a recours au PPP cela ne veut pas dire qu’il n’y aura pas de financement public.  En même temps, les pays africains cherchent à diversifier leur base de financeurs par rapport aux institutions financières internationales, les bailleurs de fonds classiques. La diversification porte en partie vers tous les pays qui sont dotés de fonds souverains. Toute la question est,  qu’ils soient originaires du Qatar, des Émirats Arabes Unis ou de Singapour, qu’il existe un cadre relativement balisé avec une gouvernance publique transparente, des appels d’offres avec des procédures transparentes, la capacité démontrée des pays à honorer leur engagement. Les expériences sur les PPP sont souvent difficiles et les engagements pris de part et d’autre doivent être tenus. C’est la clé de voute du système. Clairement,  les investisseurs financiers veulent être rassurés pour investir. De ce point de vue le travail n’est pas totalement abouti mais les différentes cellules PPP sont la pour le faire.

Il semblerait que la Chine, qui participe à de nombreux financements projets d’infrastructures, ne soit pas très regardante sur la gouvernance publique ?

Le modèle chinois, en dehors de l’aspect gouvernance stricto-sensu, est un peu différent. À ma connaissance, les Chinois proposent un modèle clé en main qui ne concerne que la conception, la construction et le financement. Ils sont rarement sur des contrats à long terme, à 20 ou 30 ans, où l’on inclut également la maintenance et l’exploitation d’actifs. Or, un PPP c’est tout cela. Le modèle chinois n’est pas un vrai PPP en ce sens qu’il manque la vision développement durable. Cela induit aussi certains comportements : ils travaillent sur leur marge de construction, ils apportent les financements, etc. C’est un modèle différent mais qui répond à un besoin d’urgence des pays africains. L’idéal serait d’avoir un hybride des deux modèles, que l’on arrive à avoir des groupements où l’on trouve des Européens, des Américains, des Australiens et des Chinois et où seraient mixées les compétences et l’approche long terme.

De nombreuses infrastructures en Afrique ne sont pas financées sous forme de PPP, mais à partir de financements concessionnels et  aussi du budget des États ?

Oui, les pays investissent de plus en plus dans leurs infrastructures. Dans l’étude  de Deloitte*, la part des financements internationaux est passée de 19%  à 26%, et celle des gouvernements de 7 à 22% pour l’ensemble de l’Afrique. Mais en même temps, le PPP c’est un modèle mixte. Par exemple, l’autoroute à péage Dakar-Diamniado au Sénégal, qui est le modèle PPP quasiment parfait selon les pratiques internationales, a tout de même 60% de subventions publiques. Sans subventions publiques, il n’aurait pas été bancable compte tenu des risques portés par le partenaire privé.

 

*Troisième édition de l’étude du cabinet Deloitte « African Construction Trends ». 

Publicité

Votre publicité sur notre site

En savoir +