03 mai 2022 - 15:08 |

Les prix des produits agricoles augmenteraient de 18 % en 2022, selon la Banque mondiale

La guerre en Ukraine a provoqué un choc majeur sur les marchés des produits de base et les prix vont se maintenir à des niveaux historiquement élevés jusqu’à la fin de 2024, estime à son tour la Banque mondiale dans la dernière édition de son rapport Commodity Markets Outlook.

« Globalement, il s'agit du plus grand choc sur les produits de base que nous ayons connu depuis les années 1970. Comme c'était le cas à l'époque, ce choc est aggravé par une recrudescence des restrictions au commerce des denrées alimentaires, du carburant et des engrais », explique Indermit Gill, vice-président de la Banque mondiale pour le pôle Croissance équitable, finances et institutions.

Le cours du pétrole brut (Brent) devrait atteindre une moyenne de $ 100 le baril en 2022, soit son plus haut niveau depuis 2013, avant de baisser à $ 92 en 2023. Les engrais ont encore pris 10% au premier trimestre après la hausse de 80% en 2021. Cette année, la Banque mondiale estime qu’ils augmenteraient encore de 70% avant de baisser en 2023.

« La forte hausse des prix des intrants tels que l’énergie et les engrais pourrait provoquer une baisse de la production alimentaire, notamment dans les économies en développement. L’utilisation réduite d’intrants pèsera sur la production et la qualité des aliments, ce qui affectera les disponibilités alimentaires, les revenus des populations rurales et les moyens de subsistance des pauvres », indique John Baffes, économiste senior au sein de la division Perspectives de la Banque mondiale.

Ainsi, les prix des produits de base resteraient bien supérieurs à la moyenne des cinq dernières années et, en cas de guerre prolongée ou de nouvelles sanctions contre la Russie, ils pourraient renchérir encore et devenir plus volatils.

Les produits agricoles devraient, quant à eux, augmenter de 18 % en 2022, puis diminuer de 8% en 2023 ; ils otn augmenté de 11% au premier trimestre. Les cours du blé  ont grimpé de 30% au premier trimestre à plus de $ 530 la tonne et gagneraient plus de 40 % pour atteindre un niveau record en valeur nominale cette année. Le maïs s'est renchéiri de 20% début 2022 à $ 335 la tonne en mars ; sa production progresserait de 7,5% en 2021/22 et la consommation de 3,4%.

Les huiles et tourteaux ont vu leurs prix bondir de 20% au premier trimestre ; la production des huit plus importantes huiles augmenterait cette campagne de 2% ou encore de 4,5 Mt, dont +5,4% pour la seule huile de palme.

Le prix du riz a été plus stable que d’autres céréales comme le blé ou le maïs et n’a augmenté que de 6% au premier trimestre 2022 ; il est d’ailleurs de 20% inférieure à il y a un an. La Banque mondiale estime que la production mondiale augmenterait de près d’un pourcent cette saison et la consommation de 2%.

Les prix du café Arabica et Robusta ont peu varié au premier trimestre mais sont en hausse de 64% et 48% par rapport à début 2020. Sur 2022, ils seraient en moyenne de 22% et 16% plus élevés par rapport à 2021 avant de baisser en 2023 avec la hausse de la récolte brésilienne. La production mondiale baisserait de 10% en 2021/22 à 163 millions de sacs de 60kg (Ms), la campagne précédente ayant été record. La consommation atteindrait 170 Ms ce qui conduira à une forte contraction des stocks en 2021/22. Ainsi,

Les prix du cacao ont été stables ces 6 derniers trimestres avec une production mondiale estimée atteindre 5 Mt en 2021/22, soit 1% de moins que la dernière campagne. Les broyages mondiaux augmenteraient de 2% avec une baisse de 1% des stocks. Les prix du cacao en 2022 et 2023 sont attendus stables face à un marché relativement équilibré.

Les prix du coton poursuivent leur ascension démarrée en mai 2020, avec une demande attendue à 26,2 Mt sur l’actuelle campagne, en hausse de 2% sur 2020/21. L’offre progresserait de 8,4%, notamment du fait du Brésil et des Etats-Unis tandis que celle en Chine et en Inde déclinerait légèrement. Les cours du coton seraient en hausse de 40% en 2022 mais devrait baisser de 6% en 2023.

Les prix du caoutchouc naturel ont gagné 9% au premier trimestre 2022 par rapport à fin 2021 mais sont en baisse de 11% par rapport à début 2021. L’offre a progressé de 4% en mars, notamment en raison de la Thaïlande et de la Côte d‘Ivoire (+9,3% et +15,4%). La demande progresse aussi. Toutefois, les prix demeureraient stables en 2022 et 2023.

Banque mondiale : prix et prévisions de prix des produits agricoles et engrais

       
 Unit202020212022f2023f2024f
Beverages      
Cocoa$/kg2,372,432,452,502,53
Coffee, Arabica$/kg3,324,515,505,255,23
Coffee, Robusta$/kg1,521,982,302,002,02
Tea, average$/kg2,702,692,652,552,58
       
Oils and Meals      
Coconut oil$/mt1 0101 6362 2001 9001 882
Groundnut oil$/mt1 6722 3001 9001 908
Palm oil$/mt7521 1311 6501 4001 372
Soybean meal$/mt394481590550548
Soybean oil$/mt8381 3851 8001 4001 400
Soybeans$/mt407583700600596
       
Grains      
Barley$/mt98165150149
Maize$/mt165260310280278
Rice, Thailand, 5%$/mt497458425415423
Wheat, U.S., HRW$/mt232315450380370
       
Other Food      
Bananas, U.S.$/kg1,221,211,281,251,25
Meat, beef$/kg4,675,396,205,805,82
Meat, chicken$/kg1,632,263,203,002,98
Oranges$/kg0,600,650,750,750,75
Shrimp$/kg12,6713,7014,5014,8015,04
Sugar, World$/kg0,280,390,390,380,38
       
Timber      
Logs, Africa$/cum399414390420422
Logs, S.E. Asia$/cum279271255260265
Sawnwood, S.E. Asia$/cum700750720750760
       
Other Raw Materials      
Cotton A Index$/kg1,602,203,102,902,90
Rubber, RSS3$/kg1,702,102,102,202,20
Tobacco$/mt4 3364 1554 2004 1004 116
       
Fertilizers      
DAP$/mt312601900800650
Phosphate rock$/mt76123175160150
Potassium chloride$/mt218210520470453
TSP$/mt265538750650550
Urea, E. Europe$/mt229483850750600

La réorientation attendue des flux commerciaux

La guerre induit, en outre, des circuits commerciaux plus coûteux qui risquent d’entraîner une inflation plus durable et une réorientation majeure des échanges sur le marché de l’énergie. Par exemple, certains pays cherchent désormais à s’approvisionner en charbon depuis des régions plus éloignées. À court terme, la hausse des prix menace de perturber ou de retarder la transition vers des formes d’énergie plus propres.

Le rapport préconise de recourir à des dispositifs de protection sociale ciblés, tels que les transferts en espèces, les programmes de repas scolaires et les chantiers de travaux publics, plutôt qu’à des subventions aux denrées alimentaires et aux carburants. Une priorité essentielle devrait être d’investir dans l’efficacité énergétique, y compris la modernisation des bâtiments. Enfin, le rapport invite également les pays à accélérer le développement de sources d’énergie neutres en carbone, à l’image des énergies renouvelables.

Filières: 
Secteurs: 
Matières premières: 
Non
Énergies renouvelables: 
Non

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