03 septembre 2010 - 00:00 |

La Chronique Matières du Jeudi

Le cacao perd ses repères

(03/09/10)

Alors qu’une forte agitation sociale se fait sentir dans plusieurs pays africains, dont le Mozambique et le Cameroun, face aux prix élevés des denrées, la FAO confirme cette tendance haussière au plan mondial. Son indice des prix alimentaires a progressé de 5% de juillet à août, soit la plus forte hausse mensuelle depuis novembre 2009. Il est actuellement à ”son plus haut niveau depuis septembre 2008 même s’il reste inférieur de 38% à son record de juin 2008” lors de la flambée des prix alimentaires, a déclaré l’organisation.
Cette envolée est certes due à la hausse brutale des cours internationaux du blé au lendemain de la grave sécheresse en Russie et les restrictions aux exportations de blé, mais pas seulement. La progression globale des prix alimentaires est aussi liée à la forte progression des prix du sucre et des oléagineux.
La FAO s’est toutefois voulue rassurante car elle a souligné que la production céréalière 2010, même si elle devrait être inférieure de 41 millions de tonnes (Mt) à ce qui était prévu en juin, atteindra 2 238 Mt, soit ”la troisième récolte la plus importante jamais enregistrée”. Si l’on ne prend que le blé, l’estimation de la production mondiale 2010 a été revue à la baisse par la FAO à 646 millions de tonnes, en recul de 5% sur un an. Mais la FAO note là aussi qu’il s’agira ”du troisième meilleur résultat jamais atteint”.
La baisse des estimations de récolte en Russie (43 Mt contre 48 millions prévus en août) est contrebalancée par de meilleures récoltes dans d’autres pays comme les Etats-Unis et la Chine.
A noter que les places boursières américaines seront fermées lundi 6 septembre pour Labor Day, ce qui explique certaines prises de positons par les traders aujourd’hui, vendredi, et certaines tendances de prix purement spéculatives.

Cacao. Les montagnes russes persistent dans le monde du cacao ! Aujourd’hui, à la veille du long week-end de Labor Day aux Etats-Unis, le cacao s’est inscrit à la hausse à New York. Pourtant, cette semaine, à deux semaines de l’expiration de la position septembre, les traders balayent de plus en plus la perspective d’un problème d’approvisionnement : les conditions météorologiques en Afrique de l’Ouest et donc les perspectives de récoltes sont bonnes. A noter que les préoccupations réglementaires suite à des plaintes de transformateurs ont également été un facteur haussier.
Rappelons qu’il y a six semaines encore, le cacao sur l’échéance septembre caracolait avec une prime de £ 170 la tonne par rapport aux échéances plus éloignées. Puis ce fut la chute, la tonne depuis lors 17% ou encore £ 394 la tonne. Et pour la première fois hier, septembre s’est inscrit avec une légère décote, de l’ordre de £ 3, par rapport à décembre. Depuis le mois de mai, le marché du cacao n’avait plus connu de position de contango, où l’éloigné est plus cher que le rapproché.
Aux ports ivoiriens, les arrivages ont totalisé 1 132 337 t depuis le début de la campagne 2009/10 jusqu’au 27 août, selon la Bourse café cacao (BCC). Ce chiffre est en hausse de 0,5% par rapport à l’année dernière à pareille époque.

Café. A l’instar du marché mondial, les prix aux ventes aux enchères en Tanzanie cette semaine se sont inscrits à la hausse et, selon les traders, la tendance devrait persister ces prochaines semaines. Selon le Tanzania Coffee Board (TCB) 25 056 sacs ont été proposés à la vente et 23 972 ont été vendus contre 23 666 sur 25 433 la semaine précédente. Le prix moyen à la bourse de Moshi pour des Arabica doux a été en hausse de $ 14,80 les 50 kg, tandis que les Robusta perdaient $ 3,10.
De son côté, l’Ouganda devrait recueillir le fruit d’une météorologie favorable, en récoltant 3,1 millions de sacs de 60 kg (Ms) en 2010/11 (octobre/septembre) contre 2,7 Ms la campagne précédente, estime l’Uganda Coffee Development Authority.

Caoutchouc. Le marché à terme de Shanghai a terminé aujourd’hui au plus haut en deux ans et la tendance devrait se poursuivre s’appuyant sur de bons fondamentaux : la production et les ventes de voitures en Chine continuent à fortement augmenter, avec une hausse de 59% des ventes en août par rapport à août 2009. Ceci provoque un afflux d’argent frais sur ce marché à terme du caoutchouc naturel. Rappelons que la Chine compte pour moins de 10% dans la production mondiale, à quelque 640 000 t. Un niveau de production stable, ce qui signifie que cette année encore, d’important volumes importés seront nécessaires encore car sa demande en caoutchouc naturel est prévue croître de 20% cette année.

Céréales. D’importantes ventes américaines de blé sur le marché mondial cette semaine encore ont fortement soutenu les cours du blé à Chicago, déjà stimulés par la prolongation de l’embargo sur les exportations de blé russe jusqu’à 2011 annoncée hier par le Premier ministre russe Vladimir Poutine. Rappelons que la vague de chaleur et les incendies ont détruit 20% de la récolte cette année. L’embargo concerne également la farine de blé, l’orge, le seigle et le maïs. Avant l’annonce de l’embargo en août, l’Union russe céréalière avait dit s’attendre à un recul des exportations de blé à 15 Mt cette année contre 21,4 millions de tonnes en 2009.
De son côté, la récolte Allemagne pourrait être inférieure de 12% cette année, selon le ministre de l’Agriculture.
Toutefois, on ne devrait pas manquer de blé au niveau mondial cette année ! La production mondiale en 2010 devrait être la troisième plus importante de l’histoire. Si les cours mondiaux du blé devraient rester élevés et volatils au cours des prochains mois, ils ne menacent donc pas encore d’entraîner une inflation des prix des produits alimentaires, selon la FAO. « Il est un peu trop tôt pour parler d’inflation des prix des produits alimentaires alors que l’essentiel de l’augmentation affecte le blé », a récemment affirmé Abdolreza Abbassian, un de ses économistes. La FAO a aussi revu en baisse la production mondiale de l’ensemble des céréales à 2,238 millions de tonnes.
Pour sa part, le spécialiste allemand FO Licht estime la récolte mondiale de blé pour 2010/11 à 641,2 Mt contre 674,92 Mt en 2009/10. En août, le spécialiste l’avait estimée à 645,23 Mt.
En revanche, Licht estime la récolte mondiale de maïs sur 2010/11 à 805 Mt contre 783 millions en 2009/10. Le marché du maïs est donc bien approvisionné mais ce n’est pas pour autant qu’il y aura pléthore car la demande a fortement progressé, de nombreux opérateurs se détournant du blé pour utiliser du maïs pour leur produits d’embouche.
En Afrique du Sud, les livraisons de maïs dans les silos ont atteint 10,784 Mt la semaine au 27 août contre 10,659 Mt la semaine précédente. Le maïs blanc a atteint 6,763 Mt et le jaune 4,021 Mt, selon le South African Grain Information Service (SAGIS).

Huile de palme. Le marché à terme de l’huile de palme à Kuala Lumpur a gagné 1% aujourd’hui, stimulé par l’approche de la fin du Ramadan. Toutefois, un ringitt fort a réduit l’impact de la hausse.

Sucre. Le sucre roux a glissé en cours de séance aujourd’hui après avoir atteint un plus haut en six mois, à plus de 20 cents la livre. Selon l’analyste Wang Tao à New York, il pourrait grimper à 21,70 cents la semaine prochaine et ce pour, notamment, deux raison majeures : le Brésil a revu à la baisse sa récolte sucrière 2010/11 en raison de l’impact que pourrait avoir la sécheresse qui sévit dans les zones de production ; l’union douanière qui regroupe la Russie, la Biélorussie et le Kazakhstan ont diminué à $ 140 la tonne la taxe à l’importation de sucre contre $ 171 auparavant.

Thé. Les prix moyens du thé aux ventes aux enchères de Nairobi mardi ont glissé à $ 3,41 le kilo contre $ 3,78 la semaine dernière. Les Best Broken Pekoe Ones se sont vendus à $3,70-$3,12 le kilo contre $4,25-$3,30 la semaine précédente, selon Africa Tea Brokers (ATB). Les meilleurs Pekoe Fanning Ones se sont inscrits à $3,40-$3,12 contre $3,30-$3,20 précédemment.
A noter que la production indienne de thé a baissé de 3,15% en juillet pour le deuxième mois consécutif, à 123 000 t, suite à l’attaque d’insectes dans une des régions majeures de production.

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