03 octobre 2019 - 15:54 |

Thierry Devilder « le coton d’Afrique bousculé par la chute des cours »

Depuis le précédent diner de l’Afcot il y a une année, le marché du coton a été fortement bousculé perdant plus de 25% de sa valeur. Analyse du marché par Thierry Devilder, président du directoire de Devcot. 

Quelle est votre analyse du marché du coton ?

On a vécu une Annus horribilis. Personne ne pensait que le marché tomberait aussi bas. On est passé d’un indice A Cotlook de 100 à 72 cents la livre. Depuis le début, la demande a été surestimée avant même le conflit américano-chinois. Lorsque l’on atteint un certain niveau de prix, on consomme moins de coton. Il n’y a rien à faire le marché se rationnalise de lui même et se tourne vers d’autres fibres concurrentes moins chères comme le polyester. Il y a eu vraiment une destruction de demande. On aurait pu penser que la Chine en tant que premier fournisseur de textile vers les Etats-Unis serait compensée par le Bangladesh, le Vietnam. Or, non. Il y a naturellement un peu plus d’importations de ces deux pays mais aujourd’hui c’est le statu quo. On attend une solution au conflit. Un conflit entre deux géants économiques, comme les Etats-Unis et la Chine ne peut pas durer éternellement car ils en pâtissent tous les deux. Aujourd’hui, ils montrent leurs muscles mais à un moment ils vont devoir s’asseoir et trouver une solution raisonnable. Peut être pourront-ils trouver lors de la prochaine réunion en octobre un accord à minima,  au moins sur les matières premières. Le coton en fera-t-il partie ? Rien n’est moins sur…

La baisse a alimenté la baisse. Le coton vendu mettons à 90 cents/lb dans les ports asiatiques ou ailleurs s’est retrouvé de nouveau sur le marché – les acheteurs ne le prenant pas - se rajoutant au coton déjà disponible. C’est la première raison. Ensuite, les fonds sont aujourd’hui tellement puissants que lorsqu’ils sentent qu’il y a une crise à venir, une menace de récession ou autre, ils vendent la plupart des commodités agricoles dont le coton. Pas grand-chose ne leur résiste. Le phénomène est aggravé par le manque de demande de la filature mondiale qui n’achète pas ce qui pourrait adoucir la chute. Quant à la spéculation, elle est confortablement installée sur ses positions et ne compte pas en bouger pour l’instant.

Aucune raison objective aujourd’hui pour un redressement du marché ?

Je n’en vois pas. En revanche, je ne le vois pas baisser plus. L’Inde va avoir une énorme récolte, sans doute entre 37 et 38 millions de balles mais ils ont le MSP qui va rentrer en ligne de compte et peuvent apparemment stocker 10 millions de balles (lire L’inde à la rescousse pour relever les prix du coton). Aux Etats-Unis, le farm loan offre aux fermiers américains du temps et leur permet donc d’attendre. Il semblerait que le marché consolide depuis plusieurs semaines autour de 60 cents la livre pour le contrat décembre 2019.

Le fait que le marché à terme se situe à New York et traite le seul coton américain ne va-t-il pas pousser les prix à la baisse avec des stocks américains de report de plus 1,5 million de tonnes anticipées en 2019/20 ?

Ou va se vendre ce coton américain ? S’il n’y a pas la Chine, où va-t-il aller ? En Turquie ? Elle a déjà une bonne récolte qui va démarrer. Au Bangladesh et au Vietnam oui car ce sont de gros importateurs. Mais cela n’empêche que les Américains ont une immense récolte et il faut qu’ils exportent encore environ 17 millions de balles cette année. Cela va forcement peser sur les prix.

Comment se positionne l’Afrique dans ce contexte ?

L’Afrique, bien qu’étant un acteur majeur à l’export, n’est malheureusement pas le premier choix de la filature mondiale.

Tout le monde connait ses atouts mais la puissance montante actuelle est le Brésil. Il va faire quasiment 3 millions de tonnes (Mt) et en exporter 2 Mt et ils ont la logistique pour le faire. C’est un coton très compétitif : machine picked donc peu contaminé, de qualité constante aux caractéristiques techniques reconnues égales aux meilleurs cotons d’Afrique francophone, 100% classement HVI, disponible 12 mois sur douze. De plus, il bénéficie d’un prix de revient actuellement favorisé par une parité real/dollar qui lui permet de rester rentable même au niveau actuel des prix.

L’Afrique a toutefois de la chance ! La concurrence entre acheteurs négociants jouant à plein, certains ayant des parts de marché à défendre et pour des raisons que j’ignore veulent capter du volume sur l’Afrique de l’Ouest. Résultat, ils payent des bases très élevées nettement supérieures à celles sur le Brésil à qualité égale ce qui profite ainsi aux producteurs africains aidés également par le haut niveau du dollar par rapport a l’euro.

2019/2020 bien que moins profitable que les précédentes, pourrait ainsi être moins douloureuse que certains ne le craignaient.

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