04 février 2013 - 15:18 |

L’ACRAM dote le Robusta africain d’une nouvelle feuille de route

Développer, mutualiser, rajeunir et promouvoir sont les maîtres mots

(04/04/2013)

Après 4 années de mise en sommeil, l’Agence des cafés Robusta d’Afrique et de Madagascar (Acram) entend se donner un nouveau souffle suite à la tenue de son 2ème Forum sur le Robusta africain et de son assemblée générale les 30 et 31 janvier 2012 à Libreville où siège l’organisation internationale. Quelque 220 personnes du monde du café, tant africain qu’européen, étaient présentes au Laico Okoume Palace pour débattre tant de la situation du café Robusta d’Afrique que des nouveaux objectifs de l’association qui regroupe des membres des secteurs public et privé.

Une nouvelle donne

Pourquoi ce sursaut actuel de l’Acram, née en 2007 des cendres de l’Organisation africaine et malgache du café (Oamcaf), et mise en sommeil peu de temps après ? Apparemment, pour des raisons d’hommes et de conjoncture.

La Caisse de stabilisation et de péréquation (Caistab) du Gabon qui abrite le siège social de l’Acram a été dotée en mars 2012 d‘un nouveau directeur général, Léon Paul N’goulakia, qui, très vite, a voulu relancer l’organisation internationale. Non seulement a-t-il doté le siège de l’Acram, logé dans les locaux de la Caistab gabonaise, d’un personnel restreint mais qui de suite a pu se mettre au travail, mais il a rencontré un écho favorable au plan africain et international pour aller de l’avant. Ainsi, Omer Maledy, cheville ouvrière de l’Acram depuis le début, a pris la direction, l’année dernière aussi, du Conseil interprofessionnel du cacao et du café (CICC) du Cameroun ; l’Organisation interafricaine du café (OIAC) a également un nouveau patron depuis novembre 2012 en la personne de l’Ougandais Frederic Kawuma, sans oublier l’Organisation internationale du café (OIC) qui, depuis octobre 2011, a retrouvé un directeur exécutif à part entière, le Brésilien Roberio Oliveira Silva. De son côté, l’Eastern Africa Fine Coffees Association (EAFCA) est devenue en février dernier l’African Fine Coffees Association (AFCA), son patron Samuel Kamau épousant résolument une vocation continentale, sans oublier le retour à la normalité en Côte d’Ivoire qui a longtemps été un producteur majeur de Robusta. Les représentants de ces différentes organisations et pays producteurs majeurs, notamment le ministre d’Etat en charge de l’Agriculture de Côte d’Ivoire, ont tous répondu présents à l’invitation de l’Acram, soulignant par là son second souffle.

Côté marché, l’Acram a voulu tirer partie d’une bonne conjoncture à deux facettes. Tout d’abord, le Robusta a le vent en poupe depuis plusieurs années maintenant sur le marché international. Comme l’a rappelé à Libreville Roberio Oliveira Silva de l’OIC, entre les 11 premiers mois de 2011 et de 2012, les exportations de Robusta ont fortement progressé, représentant 41% des exportations mondiales totales de café contre 36,1% sur la période précédente, le Robusta grignotant des parts de marché à l’Arabica. La production est en hausse, notamment en Afrique où elle s’établit à 7,3 millions de sacs de 60 kilos (Ms), ce qui représente 18,9% de la production mondiale de Robusta.

En outre, dans un contexte général de prix du café en baisse ces 12 derniers mois, le prix indicateur de l’OIC tombant à 131,31 cents la livre en décembre 2012 contre 189,02 cents en décembre 2011, en chute de 30,5%, les prix du Robusta, quant à eux, n’ont perdu que 1,8% sur l’année contre une chute de 34,2% pour l’Arabica, réduisant ainsi le différentiel entre les deux variétés de café.

Deuxième facette, l’Afrique des producteurs entend devenir une Afrique de consommateurs, les belles performances macroéconomiques du continent dynamisant le pouvoir d‘achat des populations et leur goût pour des produits nouveaux.

Tirer partie d’une bonne conjoncture

Toutefois, le défi à relever pour la filière africaine est de taille que ce soit en matière de qualité et d’inconstance de cette qualité, d’irrégularités de livraisons liées notamment à des infrastructures inadaptées, de faiblesse de la recherche, de mauvaises pratiques culturales et de récolte avec des planteurs la plupart du temps mal formés et peu motivés en raison de leur faible rémunération. Les rendements africains en Robusta sont parmi les plus faibles au monde et ce, notamment, parce que les vergers mais aussi les planteurs sont vieillissants. Des planteurs qui, eux-mêmes, ne sont pas des consommateurs et qui, par conséquent, ne peuvent pas discerner si leur propre café est ou non de qualité. Sans oublier les déficiences en terme de présentation, de marketing, du café. Bref, l’Afrique du Robusta entend se réapproprier une filière et un produit qui a longtemps été de rente, entièrement tourné vers l’exportation.

Depuis plusieurs années, les pays importateurs de café s’accaparent une proportion croissante des revenus totaux dans la chaine de valeur. Trois acteurs détiennent l’essentiel du pouvoir ; il s’agit des importateurs, des torréfacteurs et des détaillants. Ils se font certes concurrence pour accroitre leurs parts respectives de la chaine de valeur, mais savent néanmoins s’entendre pour que celle des agriculteurs, des intermédiaires ou des gouvernements des pays producteurs soit réduite”, a souligné d’entrée de jeu Jacques Anguilet du secrétariat permanent de l’Acram.

Mais pour se réapproprier la filière et la dynamiser, encore faut-il que la culture du café présente un attrait pour le planteur car il est de plus en plus attiré vers d’autres cultures, plus rentables car plus maitrisables. Non seulement des cultures destinées à la grande exportation mais aussi des produits vendus sur les marchés nationaux et sous-régionaux. En outre, cerise sur le gâteau, le café ne se récolte qu’une fois l’an, et donc ne procure des revenus que très ponctuels, alors que d’autres cultures peuvent s’étaler sur plusieurs mois, voire sur toute l’année.

Aussi la rencontre de Libreville a-t-elle permis à l’Acram de se structurer et d’établir une feuille de route. Doté d’un budget de FCFA 40,1 millions (hormis les frais de fonctionnement pris en charge par la Caistab du Gabon), l’Agence entend contribuer à la mise en place au niveau de chaque Etat de plans de développement durable du Robusta et de cadres de concertation au sein des filières nationales. L’Acram veut aussi soutenir les efforts de rajeunissement tant du verger que des caféiculteurs et porter une attention toute particulière au rôle des femmes dans cette filière. Un rôle majeur puisque ce sont elles qui, dans la plupart des pays, effectuent notamment la cueillette et le tri. Les questions de qualité et de productivité reposent, par conséquent, très largement entre leurs mains alors que, pour l’instant, elles n’ont guère voix au chapitre.

Les interventions très pointues à Libreville ont donné le ton à l’Acram, une organisation qui se veut avant tout technique et professionnelle, appelant les différents acteurs à se rallier afin de constituer une force de marché. Il a ainsi été recommandé dans un premier temps de dresser un état des lieux des vergers et des producteurs dans les Etats membres, des données à ce jour très mal connues, d’améliorer la qualité pré et post récolte et la mise en marché, de mettre l’accent sur la recherche, d’identifier les industriels et les marchés de niche mais aussi de privilégier le marché local. Surtout, une volonté nette de renforcer la concertation entre acteurs de la filière africaine du Robusta s’est nettement ressentie à Libreville.

D’un point de vue institutionnel, cinq comités permanents ont été créés : les comités du genre, de la promotion et du marketing, de la production et du transfert de technologies, de la concertation, et de l’administration et des finances. Le Togolais Enselme Gouthon, secrétaire général du Comité de coordination pour les filières café et cacao (CCFCC) de son pays, a été élu président de l’Acram avec pour vice-présidents l’Ivoirienne Massandje Touré-Litse, directrice générale du Conseil du café-cacao, le Suisse John Schluter de Café Africa et le Sierra léonais Ibrahim Keh Turay, secrétaire exécutif du Commodity Market Monitoring Unit. Le secrétaire général de l’Acram revient à Léon Paul N’goulakia, directeur général de la Caistab du Gabon.

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