04 février 2016 - 18:30 |

La Chronique Matières du Jeudi (4 février 2016)

Le marché est tombé de sa chaise en apprenant qu'il n'y avait que 12% de probabilité pour la que la Réservé fédérale américaine relève à nouveau son taux d'escompte en mars, ce qui a fait chuter le dollar à son plus faible niveau en trois mois par rapport à un panier de monnaie, faisant grimper les prix de l'or notamment, valeur refuge,  à son prix le plus élevé depuis 3 mois également.

CACAO

Les cours du cacao sur les marchés à terme virevoltent à l'image de l'harmattan qui continue à souffler très fort en Afrique de l'Ouest, plus fort qu'on ne l'avait enregistré depuis plusieurs décennies, soulignent certains.  Lundi, la tonne de cacao à New York a caracolé à des niveaux de prix qu'il n'avait plus enregistré depuis 3 ans et demi, mais pour ensuite tomber, très durement, mardi, à $ 2 761 la tonne, et se ressaisir mercredi. Rappelons que sur le mois de janvier, le cacao sur la position mars a perdu 14% de sa valeur, nombre d'investisseurs et spéculateurs se portant à la vente, l'ensemble des marchés des matières premières étant à la baisse.

Ces derniers jours, les arrivages de fèves aux ports ivoiriens d'Abidjan et de San Pedro de Côte d’Ivoire ont été plus volumineux qu'attendus, à 1 063 000 t entre le 1er octobre et le 31 janvier contre 1 093 000 t sur la même période en 2014/15, selon les estimations des exportateurs. Ceci dit, l'harmattan continue à souffler très fort, d'une violence qui n'aurait plus été enregistrée depuis 25 à 30 ans. Selon certains traders, la récolte intermédiaire, qui court d'avril à septembre, pourrait être réduite de 200 000 t. Les analystes de la Commerzbank ont, cette semaine, confirmé cette baisse attendue. En 2014/15, la récolte intermédiaire avait avoisiné le demi million de tonnes.

Au Ghana, où souffle également l'harmattan, les cacaoculteurs se plaignant de l'insuffisance des pluies, Stephen Opuni, directeur général du Cocobod, a annoncé vouloir accroître de 750 000 ha le verger cacaoyer national ; il s'étend actuellement  sur environ un million d'hectares. Il n'a pas précisé comment cette extension du verger sera effectuée ou rendue possible mais il a déclaré avoir identifié 30 000 jeunes hommes et femmes qui sont attirés par la cacaoculture. Il a souligne que ces jeunes recevront l'appui du Cocobod, tant en matériel végétal et intrants qu'en formation et conseils d'agronomes. 

Cette campagne, au Ghana, 60 000 plants seraient distribués gratuitement contre 50 millions la campagne dernière. La production attendue est de 850 000 à 900 000 t contre 740 000 t en 2014/15.

Cette politique du Ghana, conjuguée à celle de la Côte d'Ivoire qui entend également booster encore sa production, conduit l'analyste Alexandre André de BMI Research de voir les prix du cacao baisser jusqu'en 2019 après avoir atteint un pic en 2015. Car, estime-t-il, la croissance de l'offre sera plus rapide que celle de la demande.

CAFÉ

Ce matin , le café est reparti à la hausse sur les marchés à terme de New York et de Londres, soutenu par une bonne demande de café certifié, c'est-à-dire du café entreposé dans les stocks des marchés à terme, et des achats des investisseurs. L'Arabica cotait $ 1,2240 la livre et le Robusta $ 1 412 la tonne. Cet intérêt pour du café entreposé devrait croître en 2016, selon le négoce, car il est nettement moins cher que le café frais dont la prime ne cesse de croître ; en outre, l'ancienneté du café entreposé permet aux industriels d'avoir une décote à l'achat.

Ceci dit, selon un sondage réalisé par l'agence Reuters, on ne devrait pas retrouver un niveau de prix de $ 2 la livre d'Arabica. En effet, certes, les 13 traders et opérateurs sondés estiment que 2015/16 sera effectivement déficitaire et ce, de 3 millions de sacs de 60 kg (Ms), soit le premier déficit depuis les 10 Ms manquants en 2009/10. Mais la faiblesse du real, la monnaie brésilienne, limiterait la hausse des prix; rappelons que le real a perdu 50% de sa valeur en 2015.

La récolte brésilienne 2015/16, qui a démarré en avril, est estimée par les sondés de Reuters atteindre 53,5 Ms, dont 39,5 Ms d'Arabica et 14,5 Ms de Robusta. En revanche, selon l'institut gouvernemental de la statistique, IBGE, la production serait de 49,7 Ms, en hausse de 12,7% sur 2015/16. Pour sa part, Terra Forte, un des plus importants exportateurs du Brésil, estime que la récolte 2016/17 sera de 54,17 Ms, en hausse d e14,6%.

Au Kenya, le prix le plus élevé pour un Arabica grade AA a été de $ 507 le sac de 50 kg contre $ 566 la semaine dernière. Le Grade AB a atteint $ 360 contre $ 365 aux ventes précédentes.

Côté Asie et Robusta, les transactions sont au ralenti au Vietnam car les marchés s'apprêtent à fermer du 6 au 14 février pour fêter le nouvel an. Les dernières transactions étaient avec une prime de $ 30 la tonne sur le marché du Robusta à Londres.

Les exportations de Robusta en Indonésie ont chuté de 52% en janvier par rapport à janvier 2015, à 8 418 t, selon les statistiques gouvernementales. Le n° 3 mondial du Robusta a expédié 17 653 t de Robusta en janvier après avoir exporté 12 046 t en décembre.

Côté entreprise, notons que le géant indien, Tata, veut séduire les jeunes consommateurs et a lancé une nouvelle marque de café, Grand, et une également sur le segment thé, Fusion.

CAOUTCHOUC

La décision des trois pays producteurs majeurs de caoutchouc en Asie de limiter leur offre dans les six prochains mois suffira-t-elle à faire remonter les cours ? Mercredi ils ont touché un  plus bas de trois semaines pour clôturer à 153,6 yens ($1,28) le kilo pour le contrat de juillet. C’est en tout cas ce que pensent les trois pays - la Thaïlande, l'Indonésie et la Malaisie, qui produisent près de 70 pour cent de caoutchouc naturel dans le monde- qui se sont engagés  aujourd’hui à réduire de 615 000 tonnes les exportations de caoutchouc à partir du mois de mars et pour une durée de 6 mois. En parallèle, ils ont décidé d’accroître leur consommation domestique de caoutchouc notamment en utilisant le caoutchouc dans la construction des routes et chemin de fer.  «Les ministres des trois pays estiment que la réduction des exportations et la stimulation de la consommation intérieure en caoutchouc va faire monter les prix et fixer la chute des prix, rendant les prix équitables pour les agriculteurs » peut-on lire dans un communiqué du ministère thaïlandais  de l'Agriculture.

La Thaïlande réduira ses exportation de 324 000 tonnes, l’Indonésie de 238 740 tonnes et la Malaisie de 52 260 tonnes, selon un communique de l’International Tripartite Rubber Council (ITRC). Ces réductions représentent près de 6% de la production mondiale de caoutchouc naturel. « Nous sommes optimistes.  Avec la mise en œuvre conjointe de ces mesures, le prix du caoutchouc va récupérer et il va  à être juste et rémunérateur pour tous les petits exploitants et les autres parties prenantes de l'industrie du caoutchouc naturel», a déclaré l'ITRC.

Les efforts précédents  réalisés par les principaux producteurs de caoutchouc pour réduire les exportations ou la production n’ont eu qu’un impact temporaire sur les prix.

Les importations de caoutchouc naturel de la Chine ont atteint 2,437 millions de tonnes au cours des 11 premiers mois de 2015, soit 5% de plus  par rapport à la même période de 2014, selon les données de l'Administration générale des douanes. Les importations novembre se sont élevées à  264 942 tonnes  en progression  de 25% par rapport à octobre. Quant aux importations de caoutchouc synthétique, elles totalisent  étaient 230 976 tonnes, en hausse de 19 % en glissement mensuel et de 106% par rapport à l’année dernière.

COTON

Après un début de semaine haussier  avec en toile de fonds des inquiétudes sur les dommages sur les récoltes et des réductions de superficies en Asie du Sud tandis que la demande en haute qualité de coton demeure forte, les cours se sont contractés mercredi en dépit de la faiblesse du dollar. Les cours ont clôturé à 61,94 cents la livre pour le contrat de mars.

Le polyester grignote des parts de marché au coton avec des prix qui sont passé de 52 cents la livre en août 2015 à 43 cents en janvier 2016 tandis que ceux du coton se sont stabilisés autour de 70 cents la livre, observe le Comité consultatif international du coton (CCIC) dans son rapport mensuel. Par ailleurs, le Comité estime que les importations chinoises de coton chuteront de 40% en 2015/16 à 1,8 Mt et le Vietnam pourrait alors devenir le premier importateur mondial de coton, le CCIC les estimant à 1,1 Mt. Sur les quatre premiers mois de 2015/16 les importations ont totalisé 327 000 tonnes pour le Vietnam et 247 000 tonnes pour la Chine. Enfin, les stocks mondiaux devraient diminuer de 7% à 20,5 Mt suite à une baisse de 14% de la production mondiale.

En Inde, la production de coton serait susceptible de diminuer de plus de 14% en 2015/16 à 33 millions de balles  (contre 38 millions de balles ne 2014/15). Elle se situerait alors à un plus bas de cinq ans. En cause, la baise des rendements dans le Nord du pays. « À notre avis, la production de coton ne dépassera pas 32,5 millions de balles cette année. Contrairement à la campagne précédente où une ou deux périodes de précipitations ont soutenu la floraison, le développement et la maturation des gousses, le manque de pluie en hiver a heurté le rendement du coton», a déclaré MB Lal, ancien président de Cotton Corporation of India  et directeur de Shail Exports.

En outre, selon le Commissaire des Textiles Kavita Gupta les superficies semées sont en recul à 11,76 millions d’hectares contre 13,08 millions l’année dernière. De son côté, le gouvernement indien prévoyait mardi une production de coton de 35,2 millions de balles en 2015/16, en recul de 3,6% par rapport à 2014/15.

HUILE DE PALME

Après avoir atteint un plus haut de 20 mois mercredi, les cours de l’huile de palme ont pliés jeudi sous la force du ringgit et d’une demande faible à l’exportation. Les exportations de Malaisie sont en baisse de 10% en janvier par rapport à décembre. La hausse en début de semaine avait été alimentée par l’anticipation d’une production moindre en février en raison des congés du Nouvel an chinois mais aussi d’un ringgit plus faible.

L’Indonésie via sa ministre des Ressources naturelles et maritimes, Rizal Ramli, a fermement dénoncé la taxe additionnelle sur l’huile de palme adoptée le 19 janvier dernier par le Sénat français (voir nos informations).   « Si la France continue de vouloir imposer la taxe progressive sur les importations d’huile de palme brute, cela pourrait mettre en danger les relations entre les deux pays qui entretiennent des liens amicaux depuis l’indépendance de l’Indonésie » a-t-elle indiqué dans un communiqué. Ajoutant « L’attitude inamicale de la France montre une intention claire et délibérée de tuer l’industrie indonésienne de l’huile de palme ».

RIZ

Les prix du riz en Asie se sont légèrement abaissés cette semaine en l'absence d'acheteurs clés.  En effet, les Philippines n’ont pas encore finalisé leur  plan d'achat pour cette année, tandis que la Chine entre dans la période des vacances du Nouvel An lunaire.

Le riz Viet 25% s’échangeait  entre $330- $340 la tonne contre $340 la semaine  dernière alors que le Viet 5% était inchangé à $350- $355  la tonne. Le Thai 5% est tombé à $365- $375 la tonne, contre $365-$380 mercredi dernier. Un écart de 15 à 20 dollars la tonne entre le  prix du riz thaïlandais et  celui vietnamien pourrait inciter les acheteurs étrangers à s’approvisionner auprès du Vietnam.  

Les Philippines pourraient récolter  moins 18 millions de tonnes de riz paddy cette année contre  18,15 Mt en 2015,  selon le secrétaire à l'Agriculture Proceso Alcala.

La Chine a fixé les prix d'achat minimum du riz jusqu'à 3 100 yuans (€421)  la tonne pour 2016. Selon  la Commission nationale du développement et de la réforme, le prix du riz Indica a été fixé à 2 660 yuans la tonne en début de saison et à 2 760 yuans au milieu de saison, et le riz Japonica à 3 100 yuans la tonne. La Chine garantit un prix d'achat minimum pour les cultures telles que le riz pour encourager la production de denrées alimentaires de base.

En Inde, le National Rice Research Institute (NRRI) a mis au point une nouvelle variété de riz qui contient plus de 10% de protéine contre moins de 7% habituellement. Elle est dans l’attente de l’approbation du Central Variety Releasing Committee. 

SUCRE

La sécheresse dans les régions de production de canne en Inde, 2ème producteur mondial derrière le Brésil,  fait grimper le prix du sucre sur les marchés à terme. Le sucre qui, depuis le début de la semaine avait vu son prix glisser, à l'instar des autres matières premières. Mais la baisse de son cours a suscité des opportunités et des commandes de sucre physique, refaisant repartir à la hausse le prix qui, actuellement, de façon générale, est soutenu par la perspective d'une campagne mondiale 2015/16 déficitaire. Le sucre roux cote environ 13 cents la livre alors qu'il était tombé à 12,66 cents mardi, le sucre blanc tombant à $ 397,30 la tonne.

Selon des analystes et traders, les prix du sucre roux devraient grimper d'un quart d'ici la fin de l'année, selon uen enquête de Reuters.

Lors de la Dubai Sugar Conference qui a fermé ses portes mardi, le directeur général du marché à terme ICE (Intercontinental Exchange), David Farrell, a confirmé  le lancement du nouveau contrat de sucre blanc conteneurisé pour la fin du premier trimestre avec la première échéance sur le mois d'août. Rappelons que l'actuel contrat porte sur du sucre transporté en vrac. Ce sucre pourra être livré dans 20 ports situés dans 17 pays contre 94 ports dans 43 pays pour l'actuel contrat. Selon David Farrell, l'industrie estime que 60 à 80% du sucre raffiné exporté l'est en conteneur actuellement et non plus en vrac.

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