04 février 2019 - 19:13 |

Philippe Chalmin « L’agriculture est plus que jamais redevenue politique »

Lors de Paris Grain Day, le rendez-vous international des professionnels des marchés des grains, Philippe Chalmin, président de Cyclope, est revenu sur l’évolution des matières premières sur l’année 2018 et s’est aventuré à prévoir ce qui se dessinait pour 2019.

 

L’année 2018 a démarré en fanfare pour les matières premières, en particulier pour les métaux et l’énergie, et ce en dépit d’un dollar fort dans un contexte de perspectives économiques mondiales positives. Et puis, à l’autonome, les nuages ont commencé à s’accumuler. « Une année en cloche » souligne Philippe Chalmin. Le pétrole l’illustre parfaitement avec un cours moyen du Brent de $70,99 en 2018 contre $54,85 en 2017 mais qui s’affiche à la fin de l’année à $53 le baril et a atteint jusqu’à $85 le baril début octobre, évoluant au gré des soubresauts géopolitiques.

En moyenne annuelle, l’indice Cyclope a grimpé de 20% en 2018, de 4% si l’on exclut les métaux précieux et l’énergie. Pour les produits agricoles,à l’exception de quelques uns comme le blé, le cacao ou la laine, la tendance était plutôt baissière avec pour les chutes les plus importantes, l’huile de coprah (-40%), le sucre (-22%), le caoutchouc (-17%), le porc du Brésil (-15%), le café (-14%) ou l’huile de palme (-13%).

 

Morosité pour 2019

«Lorsqu’il y a des bruits de bottes commerciales, ce sont les matières premières, les commodités et surtout les produits agricoles qui sont en première ligne » remarque Philippe Chalmin. Cela a été le cas du pétrole avec l’embargo des Etats-Unis sur l’Iran, l’acier, l’aluminium mais aussi le soja, le porc, le coton, etc.

Le soja a été « la denrée à plus politique cette année », constate-t-il, conséquence de la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine. Les importations chinoises ont baissé de 8% en 2018 à 88 millions de tonnes. On observe une certaine reprise du commerce avec des embarcations en décembre et janvier à destination de la Chine. «Les exportations vont manifestement reprendre mais il n’est pas impossible d’imaginer que ces mesures puissent ressembler à ce qui fut l’embargo américain sur les exportations de soja en 1973,  ce qui a mis le pied à l’étrier au complexe soja au Brésil puis en Argentine » souligne Philippe ChalmIn. Un avis que partage Pedro H. Dejneka, co-fondateur de MD Commodities, qui estime que le Brésil va renforcer ses parts de marché gagnées en 2018 et sera capable d’exporter  plus 90 millions de tonnes de soja d’ici à 2023. Joe Nicosia, responsable de la plateforme cotonnière de Louis Dreyfus Co, faisait la même analyse pour le coton avec une remise en cause de la suprématie américaine (voir notre chronique du 31 janvier 2019 ).

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Pour 2019, Philippe Chalmin estime qu’il ne faut pas céder au vent de pessimisme qui s’est répandu avec un bémol, le dollar fort, qui ne devrait que légèrement s’abaisser cette année au cours moyen de $1,15 pour un euro. « L’agriculture plus que jamais est redevenue politique. Ce n’est pas parce que nous sommes en train en Europe de bazarder les derniers restes de notre politique agricole commune que l’agriculture n’est pas politique. Que fait Trump lorsqu’il y a des problèmes, il donne des aides directes aux producteurs de soja. Que fait le gouvernement Modi en Inde ? Il donne des subventions à l’exportation pour les producteurs de sucre. On peut ajouter les questions sur le biodiesel, sur le glyphosate, etc. Il me semble que nous avons assisté au grand retour des politiques agricoles » conclut Philippe Chalmin.

Le cycle baissier de fin 2018 devrait se poursuivre en 2019, avec une baisse anticipée  de 10% de l’indice Cyclope, de 2% hors énergie et métaux. Peu de matières premières s ‘apprécieront en 2019 tandis que certaines matières premières agricoles poursuivront leur baisse comme l’huile de palme, le caoutchouc ou le café.

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