04 avril 2008 - 17:39 |

Le rendez-vous Matières du Jeudi

Le riz a des niveaux de folie !

(04/04/08)

Cacao. « Je suis un peu perdu », confie un négociant en cacao face à une chute encore de £ 100 le 3 avril, même si les cours sont repartis à la hausse aujourd’hui. Fin mars, le marché a perdu $ 600. Un marché très nerveux et qui devrait le rester, souligne le plus important fabricant de chocolat au monde, Barry Callebaut. Très peu de volumes s’échangent et les prises de bénéfices se poursuivent. Les cours pourraient continuer à stagner voire à baisser jusqu’au 16 avril, lors de l’expiration du terme. Toutefois, la tendance sur le long terme demeure haussière car le déficit en marchandise est bien réel. On devrait revenir vers les £1400-1450 la tonne à Londres d’ici le mois de septembre.

Café. Hier, le marché du Robusta à Londres a terminé en légère hausse, suivant en cela New York après une forte correction ces derniers jours et semaines. Mercredi, la faiblesse a été liée surtout à une légère reprise du dollar.
La position juillet a terminé à $ 2 256, soit bien moins que les $ 2 800 atteints en mars, mais toutefois en hausse de 15% environ depuis le début de l’année. Le café a déjà pris 20% en 2007. Le cauchemar des $ 400 la tonne fin 2001 est bien lointain.
Les exportations indonésiennes ont été multipliées par trois depuis le début de l’année, le pays lâchant de la marchandise de ses stocks. Selon Rachim Kartabrata, secrétaire exécutif de l’Association Indonésienne des Exportateurs de Café, le quatrième producteur mondial pourrait voir ses exportations croître de 8% cette année, à 325 000 t. Toutefois, les autres matières premières attirent beaucoup les paysans et on ne devrait guère dépasser les 450 000 t de production cette année. Aussi le pays devra-t-il importer 80 000 à 100 000 t pour satisfaire ses besoins locaux. Probablement du Vietnam ou du Brésil.

Graines de sésame. $ 250 de hausse la tonne pour des graines de sésame Whitish d’Ethiopie en même pas un mois ! $ 600 de mieux pour les mixed Nigeria/Burkina FOB Lagos sur la même période. En un an, les Whitish d’Ethiopie sont passées $ 990 à 2500 aujourd’hui. Une hausse de 152 % ! A ces niveaux, la Chine a déclaré forfait depuis plusieurs mois : des usines ont fermé et on n’enregistre pas ou peu de transactions. « Il faudrait repasser en dessous de la barre des $ 2 000 pour revoir les Chinois revenir sur le marché », estime un courtier spécialisé. En revanche, le Japon demeure très actif à l’achat.
Côté offre, l’approvisionnement est suffisant : il reste de la marchandise en Ethiopie même s’il est difficile de chiffrer les volumes. On attend la récolte mozambicaine qui devrait démarrer en juin/juillet.

Huile de palme. Ces derniers jours, l’huile de palme a été malmenée sur le marché directeur de Kuala Lumpur. Mercredi, les huiles de façon générale ont tenté de garder la tête hors de l’eau après avoir touché la veille leur baisse maximale autorisée par le marché sur une seule séance : l’huile a perdu 10,6% en une seule séance, balayant ainsi une grande partie de sa progression depuis le début de l’année. Elle a perdu 29% depuis ses pics atteints en mars. Elle l’a fait par contagion avec les autres huiles.
Que s’est-il passé ? Le département américain de l’Agriculture (USDA) a annoncé des stocks plus élevés que prévus de soja et des superficies plantées en forte hausse aux Etats-Unis. Tout le monde se rue à cultiver du soja et autres oléagineux, comme l’huile de palme ! Rien d’étonnant : le prix de cette dernière a progressé de 200% depuis janvier 2002 !
Et cela devrait se poursuivre si on en juge par le bond de 4,4% des cours jeudi à Kuala Lumpur après que l’Inde ait décidé de supprimer la taxe à l’importation d’huile de palme et de soja afin de limiter l’inflation. La taxe sur l’huile de palme raffinée a été ramenée à 7,5%.

Riz. « C’est du jamais vu !», s’exclame Patricio Mendez del Villar, le spécialiste du riz au Cirad, dans sa lettre mensuelle parue ce matin (http://www.cirad.fr/ur/politiques_et_marches; www.infoarroz.org ). « En mars, les cours mondiaux ont fait un bond de presque 60% par rapport au mois précédent. La rareté du produit et la spéculation ambiante sont parmi les causes de cette hausse historique. Le marché réagi fortement aux annonces de nouveaux achats (Philippines 700 000 t, Bangladesh 400 000 t). Les dépenses alimentaires croissantes dans les pays déficitaires risquent d’augmenter les tensions sociales. Aussi, voit-on réapparaitre des mesures d’ajustement telles que la réduction des taxes aux importations et la subvention aux prix à la consommation.»
En mars, l’indice OSIRIZ/InfoArroz (IPO) a rebondi de 56,6 points à 262,7 points (base 100 = janvier 2000) contre 206,1 points en février. En trois mois (1er janvier au 31 mars), l’indice a gagné presque 135 points.
Et hier, sur le marché à terme de Chicago, le riz a encore touché un record à $ 20,69 les 100 livres. La décision du Vietnam d’étendre jusqu’au mois de juin son interdiction d’exporter du riz, a alimenté cette flambée des cours mondiaux. Le Vietnam n’avait guère de choix face à son taux d’inflation à deux chiffres. Selon le Premier ministre vietnamien, les exportations cette année ne seraient que de 3,5 à 4 Mt contre 4,5 Mt embarquées en 2007.
Cette décision du deuxième exportateur mondial de riz derrière la Thaïlande, aura sans nul doute des répercussions en chaine sur de nombreux pays importateurs, notamment africains. Ce d’autant plus que l’Indonésie envisage une pareille mesure. La Thaïlande, quant à elle, ne réduira pas ses ventes à l’étranger, a confirmé hier son ministre du Commerce Apiradi Tantraporn.

Sucre. A l’image des autres matières, le sucre s’est ressaisi ces deux derniers jours à New York comme à Londres après avoir accusé une forte baisse. Le sucre roux à New York est à environ 11,80 cents la livre. Selon les analystes, que ce soit l’Organisation Internationale du Sucre ou le Brésilien Archer Consulting, les cours cette année devraient se maintenir dans une fourchette de 11 à 14 cents. Ils devraient grimper encore l’année prochaine et se situer aux alentours des 15 cents en 2009/10 dans un marché qui devrait voir ses disponibilités se réduire face à une demande dynamique.
Toutefois, à Mumbai où a lieu actuellement une conférence sur le sucre, on s’émeut de l’envolée des nouvelles capacités de raffinage en Afrique, au Proche-Orient et en Asie. Par an, 10 millions de tonnes de nouvelles capacités de raffinage doivent voir le jour. Ce qui est beaucoup trop, soulignent les spécialistes comme Gareth Forber de LMC International.

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