04 juin 2009 - 23:42 |

70% des jeunes africains se trouvent toujours en milieu rural

Il n’est pas question d’empêcher les jeunes de migrer mais de créer les conditions incitatives pour qu’ils veuillent y rester

(04/05/09)

Dans son Rapport 2008/09 sur les Indicateurs de développement en Afrique, la Banque mondiale a mis cette année l’accent sur la Jeunesse et l’emploi en Afrique, donnant comme sous-titre à son Rapport « Le potentiel, le problème, la promesse. » Présentant celui-ci à Paris le 11 mai dernier, Jorge Saba Arbache, coordinateur du Rapport, a expliqué à CommodAfrica les priorités de la Banque mondiale en milieu rural.

Comment la Banque mondiale pense-t-elle pouvoir réhabiliter le « rural » dans l’esprit des jeunes en Afrique ?
Il ne s’agit pas de pousser les jeunes à revenir en milieu rural mais d’essayer à ce qu’ils y restent le plus longtemps possible. Car la plupart d’entre eux soit migrent vers les zones urbaines, soit ont l’intention de le faire à un moment ou à un autre.

Cette volonté s’intensifie-t-elle ?
Oui, cela s’intensifie mais 70% des jeunes se trouvent toujours en milieu rural. C’est beaucoup. La stratégie que nous développons dans le rapport est de trouver des moyens pour maintenir ces populations en milieu rural le plus longtemps possible.

Mais comment ?
En créant des conditions qui les incitent à vouloir y reste. Il n’est pas question d’éviter ou d’empêcher les jeunes de migrer, bien sur que non. L’idée est de créer un environnement plus propice à leur réussite en milieu rural. Nous suggérons plusieurs choses allant de l’accroissement de la productivité dans le secteur agricole, à l’augmentation des opportunités dans les secteurs non-agricoles comme les services et les activités qui dynamisent le milieu agricole.

Par exemple ?
Dans de nombreuses régions rurales et agricoles du monde, des régions dynamiques comme en Amérique latine, vous trouvez des services allant des hôpitaux, aux écoles, aux loisirs, à la machinerie agricole, etc. Par exemple, pour vous montrer à quel point le potentiel est grand, environ 80% de la population rurale dans de nombreuses régions du monde, comme au Brésil, n’est pas liée à l’agriculture mais à des services qui soutiennent ce secteur dynamique. Il existe donc un énorme potentiel. L’agriculture est plutôt un secteur de subsistance. Ainsi, en augmentant la productivité et la production dans le secteur agricole en Afrique, nous pouvons créer des emplois, pas dans le secteur agricole mais dans des secteurs qui soutiennent l’agriculture.

Ainsi, l’intérêt premier n’est pas tant de les intéresser à l’agriculture mais de les maintenir en zones rurales afin qu’ils ne migrent pas vers les villes et au-delà ?
Il s’agit seulement d’essayer de les garder en milieu rural plus longtemps. Encore une fois, il ne s’agit pas de les empêcher de migrer. Mais il y a deux choses : tout d’abord, créer les incitations pour qu’ils y restent et y réussissent ; d’autre part, les former afin qu’ils réussissent leur migration lorsqu’ils partiront.
Car actuellement, les migrations augmentent très rapidement car il existe peu d’opportunités en milieu rural. Il existe des programmes de la Banque mondiale et d’autres bailleurs en milieu urbain afin d’y résoudre le problème du chômage, et cela attire une population croissante des zones rurales vers les villes. Ce qui accroît le chômage en milieu urbain… La plupart des villes en Afrique ne sont pas prêtes à créer des emplois pour tous ces gens qui migrent. Ainsi, en créant ces programmes de formation et autres, on accroît les migrations mais on n’offre pas à ces gens de véritables opportunités.

Mais dans ces programmes en milieu rural, pourquoi carrément ne pas les attirer vers le travail de la terre ?
En créant de meilleures opportunités en terme d’accès à la terre, de nouvelles techniques, en formant, nous pensons que l’agriculture peut produire mieux et davantage. Et deux choses découlent de l’augmentation des rendements : l’agriculture pourrait ne pas créer tous les emplois nécessaires mais en augmentant la productivité, l’agriculture peut devenir un secteur plus dynamique qui, à son tour, nécessitera des services qui eux créeront des emplois.

Mais on peut obtenir une meilleure productivité grâce aux intrants et à la mécanisation…
La mécanisation, la formation, l’accès à l’irrigation, l’accès à plus de terres et à des terres meilleures, l’accès aux marchés… Donc tout ne se résume pas à une meilleure productivité mais aussi à l’accès aux marchés, au capital, aux finances, etc. Tous les éléments nécessaires à rendre l’agriculture en Afrique plus dynamique, non seulement car cela augmentera les revenus mais aussi car cela créera des emplois dans des secteurs non-agricoles, précisément là où on voit le plus grand potentiel en terme de création d’emplois.

Est-ce parce que l’agriculture risque de demeurer encore longtemps un secteur de subsistance ?
Cela est certain. Cela ne changera pas cette réalité à court terme. Mais en remettant l’agriculture à l’ordre du jour et en en faisant une alternative à la création d’emploi, en l’englobant à nouveau dans l’équation de la création de croissance et d’emplois, nous pourrons peut-être voir le secteur rural contribuer davantage au PIB et à la création d’emplois.
L’Afrique est une région rurale : 70% de la jeunesse se trouve dans les zones rurales. Par conséquent, il est difficile d’imaginer créer suffisamment d’emplois en milieu urbain pour tous ces demandeurs d’emplois. Ce n’est pas raisonnable à court et moyen termes. Donc l’agriculture doit être remise à l’ordre du jour, un ordre du jour qui porte sur la façon durable de créer des emplois et d’accroître les revenus en Afrique.

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