04 décembre 2020 - 10:14 |

Mars se distingue de Hershey dans le bras de fer cacao avec la Côte d'Ivoire et le Ghana

Le bras de fer se poursuit. Hier, dans la capitale politique de Côte d’Ivoire, plus de 500 représentants d’organisations de planteurs de cacao se sont réunis avec le Conseil du café et cacao (CCC). Et aujourd’hui doit se tenir à Abidjan une nouvelle réunion du négoce avec les autorités.

Hier, à Yamoussoukro, ce sont donc les planteurs qui ont menacé de se retirer des programmes de durabilité conclus avec les multinationales si celles-ci persistaient à vouloir contourner le paiement du différentiel de revenu décent (DRD ou LID en anglais).

"Nous boycotterons les activités de tous les industriels qui s'opposeront à la DRD", ont déclaré dans un communiqué commun quatre importantes organisations de cacaoculteurs (FOPCC, ANACACI, APROPAM et FNFPCC). Outre suspendre leur collaboration aux programmes de durabilité et certification, ils sont allés jusqu’à menacer d’arrêter de produire du cacao. "C'est une question de survie. Nous sommes prêts à aller jusqu'au bout. Nous pouvons suspendre notre production de cacao pendant un an ou deux et nous tourner vers d'autres cultures", a déclaré à l'AFP Soro Penatirgué, président de l'Association nationale des coopératives agricoles de Côte d'Ivoire (Anacaci).

Pour les faîtières de la filière cacao "le différentiel de revenu décent touche 100% des producteurs ivoiriens et ghanéen contrairement au programme de durabilité et de certification", reprenant l’argumentaire développé le 10 octobre 2019 par le CCC dans un communiqué : « Le Différentiel du Revenu Décent vise l’amélioration des revenus de tous les producteurs de cacao sans exception  tandis que les programmes de durabilité et de certification mis en œuvre par les chocolatiers ne touchent qu’une minorité de producteurs. Il a été constaté que les chocolatiers insistent davantage sur leurs programmes de durabilité et de certification au détriment du Différentiel du Revenu Décent qui a pourtant un impact plus important sur l’ensemble des producteurs. »

Mars se distingue de Hershey

Rappelons que la Côte d’Ivoire et le Ghana ont annulé les schémas de durabilité de Hershey après que la multinationale ait acheté d’importants volumes de cacao filiérisé (lire nos différents articles cacao cette semaine), c’est-à-dire détenus dans les entrepôts certifiés des marchés à termes, pour éviter ou du moins réduire ses achats de cacao en Côte d’Ivoire et au Ghana où une taxe supplémentaire de $ 400 la tonne est imposée depuis le 1er octobre, date de démarrage de la nouvelle campagne 2020/21. Hershey n’étant pas seule dans ce cas, Abidjan et Accra ont également annoncé leur retrait de l’association industrielle du cacao des Etats-Unis et envisageraient de faire de même de la fédération du commerce du cacao européen.

Dans une interview accordée mercredi à Just Food, Hershey a rappelé « Il est dommage que la Côte d’Ivoire et le Ghana aient décidé de publier une déclaration fallacieuse… et mettre en péril de programmes si importants qui bénéficient directement aux producteurs de cacao. » Et la multinationale de préciser que l’arrêt des schémas de durabilité signifiait que les producteurs ne reçoivent plus la prime liée à la production de ce cacao certifié. Hershey a voulu rappeler qu'il s’était toujours approvisionné en cacao à partir de sources diversifiées venant du monde entier. Et il a réaffirmé son engagement au DRD.

Quant à l’autre géant américain, Mars, accusé aussi par la Côte d'Ivoire et le Ghana d'avoir modifié ses achats de beurre de cacao, il préfèrerait prendre ses distances par rapport aux autres multinationales, souligne Bloomberg. Dans une lettre adressé mardi aux régulateurs de cacao en Côte d‘Ivoire et au Ghana, Mars a déclaré ne pas avoir modifié ses modes d’achat de cacao. Le géant rappelle avoir été une des tous premières entreprises de chocolat à voir soutenu la démarche du DRD et avoir même démarré ses achats de cacao 2020/21 -soit celui assujetti aux $ 400- il y a déjà un an.  

Quant à la réunion aujourd’hui, le directeur général du CCC, Yves Koné, se voudrait conciliant. "Nous devons travailler ensemble avec les industriels. Je suis confiant. Même s'il y a des réticences, je suis convaincu qu'ils vont accepter qu'on paie mieux les planteurs", a-t-il déclaré à l'AFP.

Pays: 
Secteurs: 

Publicité

Votre publicité sur notre site

En savoir +