05 juin 2019 - 21:30 |

La graine de coton, cause de tous les maux d’Olhéol Industries en Côte d’Ivoire ?

«Aujourd’hui je prends la parole car je suis amer, je vis l’invraisemblable en Côte d’Ivoire. Au moment où je vous parle l’usine dont je suis propriétaire en Côte d’Ivoire depuis dix ans est occupée illégalement par l’entreprise Sipef-Ci » informe Alexandre Keita, PDG d’Ohéol Industries lors d’une conférence de presse la semaine dernière à Paris.

Alexandre Keita, un Français d’origine ivoirienne, entrepreneur installé au Havre en France depuis ses études, a racheté en 2009 lors d’une vente aux enchères publiques pour un montant de FCFA 480 millions l’ex-Trituraf, située à Bouaké, spécialisée dans la trituration des graines oléagineuses d’une capacité de 200 000 tonnes. Est alors créée la société de droit ivoirien Olhéol Industries, détenue par la société holding de droit français Olhéol Investissement SAS. Après des investissements de près de FCFA 8 milliards dans l’outil de production, la société entre en production en 2013 avec la trituration de 20 000 tonnes de graine de coton.

Depuis lors l’usine tourne au ralenti, voir est arrêtée. La cause ? Le manque d’approvisionnement en graine de coton et son corolaire le non respect de l’engagement de l’Etat à l’assurer via la réactivation de l’accord d’approvisionnement en vigueur avant 2002 selon Alexandre Keita. Pour atteindre le point mort, l’usine doit au moins triturer 90 000 tonnes de coton graine par an. « Je suis devant vous aujourd’hui pour vous dire que j’ai respecté de mon côté tout ce que j’ai signé dans un protocole avec l’Etat ivoirien en 2009. Mais l’Etat n’a pas respecté sa parole en garantissant l’approvisionnement en matières premières. Depuis 9 ans nous perdons entre FCFA 800 millions et FCFA 1 milliard  par an » affirme le président.

Alors certes, avec la fermeture de l’unique usine de trituration en Côte d’Ivoire pendant près de dix ans, les graines de coton ivoiriennes ont trouvé un débouché à l’exportation, principalement au Mali pour l’huile et l'alimentation du bétail. Des acheteurs maliens qui sont de bons partenaires commerciaux, payant en avance la graine. Du côté des égreneurs ivoiriens, Jean-François Touré, président de l’Association professionnelle des sociétés cotonnières de Côte d’Ivoire (Aprocot Ci) souligne qu’il n’y a aucun problème pour vendre à l’industrie locale si un contrat commercial en bonne et due forme est signé assurant le financement et le paiement de la graine. La société Cotraf créée en 2015 à Korhogo avec une capacité de 90 000 tonnes dispose chaque année entre 40 000 et 50 000 tonnes de graine de coton pour faire fonctionner son usine remarque-t-il.

L’essentiel pour les sociétés cotonnières est de vendre la graine que cela soit à l’étranger ou à l’industrie locale, directement ou via les exportateurs agréés par le Conseil Coton Anacarde. Car la graine de coton est périssable, peu stockable et est l’un des éléments d’équilibre de la filière coton, sa vente servant aussi à payer le coton-graine aux cotonculteurs. En outre, contrairement au cajou ou au cacao, les graines de coton ne sont pas une matière brute mais issues d’un process industriel. Jean-François Touré ajoute que les égreneurs sont prêts à négocier le prix des graines et à faire une ristourne pour soutenir l’industrie locale.

Au delà de l’approvisionnement en graines et de l’occupation illégale de l’usine, qui relève d’une procédure avec la Banque Atlantique de Côte d’Ivoire (BACI), Alexandre Keita estime « Je ne sais pas qui il y a dernière. Juste, il existe des mains obscures que je ne peux désigner mais tout porte à croire que certaines personnes ne veulent absolument pas que cette usine démarre ou tout du moins veulent nous exproprier pour en faire sienne ».

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