06 mai 2015 - 00:00 |
à Yaoundé

La restructuration des filières café et cacao au Togo s'achèverait en 2016

La restructuration des filières café et cacao au Togo devrait être achevée l'année prochaine, mais d'ores et déjà les productions sont attendues en hausse et les producteurs se remobilisent. Entretien de CommodAfrica avec Enselme Gouthon, secrétaire général du Comité de coordination pour les filières café et cacao (CCFCC) du Togo.

Comment se présente la campagne caféière au Togo?

La production de café au Togo se présente mieux cette campagne car nous sommes parvenus à bien sensibiliser les paysans à accepter le recépage –on coupe les anciens caféiers et on replante de jeunes plants– ce qui permet d'améliorer la productivité.

Quelle est la productivité au Togo actuellement?

Entre 300 à 400 kg à l'hectare, ce qui est extrêmement faible. Nous avons fait de premiers essais l'année dernière et nous nous sommes rendus compte que dans des champs pilotes, identifiés, nous pouvions doubler la production grâce à de meilleurs rendements. Le paysan était inquiet car lorsqu'il recèpe, il y a une période intermédiaire au cours de laquelle il n'y a pas de production et donc pas de revenus. C'est à ce niveau que le Comité de coordination pour les filières café et cacao (CCFCC) intervient pour apporter un soutien aux caféiculteurs, ce qui les motive à accepter le recépage.

Les financements nécessaires sont de quel ordre?

Nous n'avons pas de budget identifié, c'est plutôt au cas par cas, zone par zone. Nous sommes prêts à apporter tout le soutien nécessaire car, au niveau du CCFCC, nous avons les ressources  et nous bénéficions de l'appui d'institutions et des bailleurs. Les montants nécessaires ne sont pas énormes mais quelque soit le montant, nous pouvons y faire face.

Vous attendez quel volume de production cette campagne ?

Nous attendons environ 10 000 à 11 000 tonnes (t) alors que l'année dernière, nous étions plutôt aux alentours des 5 000 à 6 000 tonnes. Nous devrions doubler la production essentiellement pour deux raisons: de meilleures conditions climatiques et une amélioration de l'état des champs caféiers. Notre programme de recépage a démarré il y a deux ans et nous devrions commencer à voir les résultats cette année.

L'intégralité de la production est exportée?

Quasiment. Mais contrairement au cacao où, en général, tout est exporté, pour le café, on peut avoir 2 000 à 3 000 t en stock, le temps d'avoir un marché favorable. Le cacao se porte actuellement mieux que le café sur les marchés mondiaux. Mais, à terme, on parvient toujours à exporter l'intégralité.

Avez-vous de nouveaux marchés?

Le marché marocain s'ouvre actuellement et nous exportons aussi vers l'Algérie. Mais l'Allemagne demeure notre marché traditionnel avec l'Italie, bien sur.

Quel est le niveau de prix au planteur au Togo actuellement?

Il n'existe pas de prix minimum garanti comme en Côte d'Ivoire. C'est le prix du marché avec, bien sur, un prix indicatif au producteur. Il est calculé tous les 15 jours, mais actuellement (NDLR, au 24 avril), il est de FCFA 600 à 650 le kilo. Nous avons des enchères bord champ où actuellement le kilo peut grimper à FCFA 700-750.

Comment se porte la filière cacao au Togo ?

Le cacao est très visible au Togo actuellement avec un programme de relance qui a démarré il y a 2 à 3 ans. Nous sommes partis de 3 800 t en 2008 et nous sommes à 9 000-10 000 t de cacao actuellement.

Nous avons négocié avec le Ghana du matériel végétal et lui avons acheté environ 50 000 cabosses car c'est notre voisin et le cacao ghanéen est très proche du cacao togolais. Nous les revendons à un prix subventionnés aux paysans. Mais nous sommes en train de financer des champs semenciers pour disposer de notre propre matériel végétal et accroître nos superficies cacaoyères. Nous développons notre recherche contrairement au café où nos chercheurs disposent déjà de l'expertise suffisante pour relancer le programme recherche sans aller chercher ailleurs. Nous avons une belle tradition caféière au Togo.

Quelle est la caractéristique principale du cacao togolais?

Nous avons une qualité recherchée. Au Salon du chocolat à Paris l'année dernière, le cacao togolais a été classé troisième en terme de qualité, avant la Côte d'Ivoire et derrière Madagascar et le Ghana. Nous sommes proches du Ghana en terme de qualité. Et puisque nous avons une petite production, nous privilégions cette qualité là.

Le café ou le cacao sont-ils des priorités au Togo actuellement par rapport à d'autres cultures agricoles comme le coton ?

En 1996, les bailleurs de fonds avaient mis beaucoup de pression sur le Togo. Nous avons alors libéralisé les marchés et avons été confrontés à des difficultés. A la suite de cela, le CCFCC a été créé pour soutenir la filière. Aujourd'hui, le Togo a les capacités de soutenir ses filières de rente comme le café, le cacao et le coton.

Le coton est produit sur tout le territoire et c'est une culture annuelle, contrairement au café et au cacao dont la production est plus centrée dans la région des plateaux et qui donne au bout de 3 à 4 ans, même si nous avons développé des variétés à cycle plus court. C'est pourquoi les actions sur le coton ont été plus rapides ou du moins se sont plus remarquées.

Mais, le café et le cacao sont maintenant repartis. Preuve que les choses évoluent, nous avons recensé plus de 30 000 producteurs de café et de cacao. En outre, il y a la volonté politique avec la création d'un cadre institutionnel, le Programme national d’investissement agricole et de sécurité alimentaire (Pniasa), avec sa composante Pasa (Projet d'appui au secteur agricole) qui appuie tous ces programmes.

Vous développez une appellation d'origine contrôlée pour le café togolais ?

Nous sommes obligés de le faire car nous sommes un petit pays et avons développé des marchés de niche. Ceci est vrai tant pour le café que pour le cacao. Il nous faut privilégier la qualité sur les volumes.

Allez-vous revenir à une taxe à l'export sur le café et le cacao ?

On ne peut pas parler d'une taxe, à proprement parler, pour l'instant. Nous sommes très avancés dans la restructuration des filières et nous avons créé, comme au Cameroun, l'interprofession publique-privée, le Conseil interprofessionnel du café-cacao Togo. Le CICC-Togo a été créé en novembre dernier, grâce au soutien des bailleurs de fonds. Il est d'ailleurs présidé par le collège des producteurs, les exportateurs étant à la vice-présidence. Il comprend aussi les transformateurs et les intermédiaires-acheteurs entre autres acteurs.

Comment se coordonne-t-il avec le secteur public?

C'est par l'entremise du CCFCC. Nous le CICC est la première interprofession à être mise en place et à terme nous devons légiférer. Dès que nous aurons légiféré, nous pourrons alors prendre des mesures concernant les taxes. Pour l'instant, il n'y a pas de taxes comme en Côte d'Ivoire –car cela ne pourrait découler que d'un texte de loi– mais des contributions volontaires.

Contributions volontaires?

C'est une contribution qui est retenue à chaque tonne exportée, de l'ordre de FCFA 60 le kilo de café et de cacao. C'est comme au Cameroun. Ces sommes ne vont pas dans les caisses de l'Etat mais au CCFCC, entité para-publique qui regroupe les secteurs public et privé qui cogèrent ces ressources financières. Une partie est affectée à l'interprofession, une partie à la recherche, une partie au fonctionnement du CCFCC. Car le CCFCC deviendra progressivement l'autorité de régulation des filières. Elle sera alors chargée de collecter ces fonds et de faire la répartition. Une partie de ces fonds ira dans un fonds de développement qui financera le secteur.

Quand devraient être achevées ces restructurations?

Nous en avons déjà achevé une bonne partie. Ce sont les finitions qui sont en cours. Tout devrait être achevé d'ici l'année prochaine. Nous avons déjà une interprofession et maintenant, il nous faut aller vers une loi qui permette de soutenir la dynamique que nous avons mis en place au niveau de ces deux filières.

Filières: 
Secteurs: 

Newsletters

Inscrivez vous à notre Newsletters

Publicité

Votre publicité sur notre site

En savoir +