06 mai 2019 - 17:01 |

Rebondissement de la guerre commerciale USA/Chine : l'Afrique impactée

C'est un revers majeur et une surprise. En effet, alors que vendredi on s'attendait à un dénouement heureux et proche des discussion commerciales entre les Etats--Unis et la Chine (lire La Chronique matières premières agricoles du 2 mai 2019), faisant grimper la valeur du billet vert et les valeurs financières, les marchés ont ouvert ce matin abasourdis par la déclaration la veille du président américain Donald Trump : il fait grimper d'un bon cran la pression sur Pékin en menaçant d'augmenter les tarifs douaniers américains dès vendredi de 10% à 25% sur des produits chinois représentant en valeur $ 200 milliards. Un mécontentement qui serait dû à ce que, lors des négociations en fin de semaine dernière, la Chine serait revenue sur des acquis antérieurs. Cette hausse des tarifs serait la première depuis septembre dernier, lorsque Donald Trump a imposé un tarif de 10% sur $ 200 milliards de biens chinois, ce qui était venu s'ajouter à la taxe de 25% sur des biens représentant une valeur de $ 50 milliards un peu plus tôt l'année dernière.

 

Alors, certes, chacun connait maintenant la stratégie du président américain qui, bien souvent, menace pour ensuite se rétracter. Ceci étant, non seulement Pékin semble se lasser, menaçant, à son tour, d'annuler les rencontres commerciales bilatérales de cette semaine, mais le géant asiatique continue de tisser sa toile commerciale mondiale ce qui, à terme, pourrait l'inciter à mettre les bouchées doubles sur son Initiative Route et Ceinture vers l'Europe et l'Afrique. "L'atmosphère des négociations a changé", confiait à Reuters ce week-end un responsable chinois proche des pourparlers.

 

En attendant, l'échec des négociations vendredi, s'il s'avérait durable, aurait des retombées négatives sur l'Afrique. Selon la Banque africaine de développement (BAD), les tensions commerciales sino-américaines pourraient faire baisser de 2,5% la croissance de certains pays africains tributaires de l'exportation  de matières premières et de 1,9% pour les pays africains exportateurs de pétrole -au premier chef desquels le Nigeria- d'ici 2021. Rappelons que, pour sa part, le FMI a abaissé ses prévisions de croissance pour l'Afrique sub-saharienne de 3,3% à 3,1% pour 2019, en raison de ces tensions commerciales mondiales, du Brexit et du ralentissement de la croissance chinoise.

 

Deuxièmement, cela ravive une sorte de "guerre froide" sur le continent africain entre la Chine et les Etats-Unis, ce qui n'est jamais bon. "Pékin a utilisé la guerre commerciale pour semer des sentiments anti-américains et booster son image comme étant le partenaire étranger préféré de l'Afrique", selon le think-tank américain Center for Strategic & International Studies (CSIS). Les Etats-Unis, quant à eux semblent délaisser leur récente stratégie africaine fondée sur l'auto-développement pour revenir à une politique plus classique basée sur les invetsissements et le commerce.

 

Autre impact, pour nombre de pays africains, la Chine est devenu le premier partenaire commercial, l'alimentant en matières premières nécessaires à ses industries qui, elles, souvent, exportent vers les Etats-Unis. Ils se trouvent donc, de facto, impactées. Les exportations africaines pourraient baisser de $ 75,26 milliards par an, calcule The Observatory of Economic Complexity. Mais l'impact est très différent d'un pays africain à l'autre : le Nigeria, exportateur de brut, est très vulnérable tandis que le Sénégal, plus dépendant du tourisme, des services et d'un mix de produits agricoles exportés, l'est moins.  Ceci dit, cette guerre n'est as sans impacter les cours mondiaux de matières premières touchées par le protectionnisme montant, l'affaiblissement des secteurs manufacturiers, l'instabilité des marchés monétaires.

 

Ceci dit, les relations entre la Chine et l'Afrique se développent à grand pas et les relations difficiles avec Washington ne peuvent qu'inciter Pékin à mettre les bouchées doubles tant au niveau des investissements que des échanges commerciaux. Lors de la première exposition China-Africa Econcomic and Trade Expo qui se tiendra en juin à Changsa, dans la province de Hunan, un millier de délégués africains est attendu. En 2018, le commerce entre le Hunan et l'Afrique a totalisé $ 2,8 milliards, progressant de 50% pour la quatrième année consécutive ; les investissements en Afrique d'entreprises dans le Hunan frôlent le milliard de dollars. Dans le cadre de son Initiative Route et Ceinture, les investissements en infrastructures de la Chine  en Afrique sont passés de $ 21 milliards en 2015 à plus de $ 100 milliards en 2016, souligne la spécialiste en développement Magda Theodate sur Devex.com. Mais, de son côté, Washington a récemment réaffirmé l'importance de l'Agoa au sein des relations entre les Etats-Unis et l'Afrique, l'Agoa et le SGP représentant $ 13,8 milliards d'importation africaines vers les Etats-Unis sur un total de $ 24,9 milliards entre les deux partenaires, précise le CSIS.

 

Une situation qui peut permettre de vérifier la véracité de l'adage :" Quand deux éléphants se battent, l'herbe en souffre".

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