06 novembre 2015 - 13:15 |

La Chronique Matières du Jeudi (5 novembre 2015)

Les déclarations de la présidente de la Réserve fédérale américaine, Janet Yellen, montrant la possibilité d’une hausse des taux en décembre ont soutenu le billet vert.

CACAO

Le Ghana démarre très fort en ce début de campagne, ce qui a contribué à faire chuter le prix du cacao sur la place de Londres. Il s'agit de sa plus forte baisse en 5 semaines, à £ 2 176 la tonne à Londres et $ 3 244 à New York. Au rebond des volumes ghanéens s'est greffée cette semaine la déception du marché face aux résultats de Barry Callebaut sur son exercice 2014/15 et surtout l'annonce par le n°1 mondial des produits chocolatés d'une révision à la baisse de ses objectifs de croissance de vente à moyen terme, de 6-8% à 4-6%. D'ailleurs, il a annoncé fermer une usine en Thaïlande et réduire sa capacité de production en Malaisie afin de mettre sa capacité de production plus en phase avec le ralentissement de la demande asiatique.

Face à cela et contribuant aussi à la baisse des prix, l'industrie est bien couverte au niveau de ses besoins en cacao et il n'y a donc pas de tension au niveau des approvisionnements. "Les fondamentaux ne sont toujours pas très bons", souligne le directeur financier de Barry Callebaut, Victor Balli." Il y a encore de la surcapacité et il y a encore une demande qui est morne."

Pour revenir à la situation au Ghana, au terme de sa troisième semaine de la campagne 2015/16, soit au 22 octobre, les achats de cacao ont atteint 192 128 tonnes (t), soit un bond de 118% par rapport à la même semaine la campagne 2014/15, selon les chiffres du Cocobod. Ce qui, quelque part, va dans le sens des prévisions du Cocobod qui portent à 850 000-900000 t la récolte cette campagne après les 735 000 t décevantes de 2014/15. Ceci dit, quelques analystes demeurent sceptiques, évoquant toutes les incertitudes qui entourent l'impact d'El Niño ces prochains mois.

En Côte d'Ivoire, les exportations ont atteint 280 000 t entre le 1er octobre, démarrage de la campagne, et le 1er novembre, contre 216 000 t sur la même période l'année dernière, selon des estimations de l'industrie. En outre, de fortes pluies et un bon ensoleillement laissent espérer que la récolte pourrait être aussi bonne que la précédente qui avait été record.

En Indonésie, les exportations de sa principale région de production, la Sulawesi, ont progressé de 16% en octobre, à 3 919 t contre 3 375 t en octobre 2014, selon des sources industrielles. Une bonne nouvelle pour ce pays, n°3 mondial derrière la Côte d'Ivoire et le Ghana, qui se bat contre les maladies et une météo défavorable.

CAFÉ

Le café a terminé en hausse, l'Arabica étant à $ 1,205 la livre à la clôture à New York hier soir et à $ 1 670 la tonne pour le Robusta à Londres. Le Robusta pour lequel les fondamentaux sont plutôt haussiers car il fait très sec actuellement dans la zone de production au Brésil, tendance cependant limitée par l'arrivée de la nouvelle récolte vietnamienne.

En Asie, on attend le café frais du Vietnam et les transactions sont plutôt ralenties car la pluie tombe ce qui complique l'acheminement du café et surtout son séchage. En outre, les producteurs ne sont pas pressés de vendre, espérant que les prix vont encore grimper. Ils lorgnent un prix d'achat de $ 1,70-1,79 contre $ 1,6 actuellement le kilo.

En Inde, la récolte en 2015/16 (octobre/septembre) devrait atteindre 5,3 millions de sacs (Ms) de 60 kilos, selon le département américain de l'Agriculture (USDA), contre 5,4 Ms en 2014/15. Les exportations sont estimées atteindre 5 Ms à des prix sans doute bas car le pays ploie sous les stocks.  A noter que la part du café soluble augmente dans la consommation nationale de café, mais cette consommation demeure stable.

Au plan mondial, l'Organisation internationale du café (OIC) a annoncé que les exportations mondiales avaient baissé en 2014/15 pour la première fois en 5 ans. Une baisse de 3,1% à 110,8 Ms. Les exportations d'Arabica ont glissé de 1,9% à 68,4 Ms tandis que le Robusta enregistrait un net recul, de l'ordre de 4,9%, à 42,35 Ms. Pourtant, le prix du café a chuté littéralement : -40% pour l'Arabica et -20% pour le Robusta.

CAOUTCHOUC

La santé économique de la Chine continue de peser sur le marché du caoutchouc qui enregistrait un plus bas de six ans mercredi et ce après trois séances consécutives de baisse. Le contrat d’avril a clôturé à 155,7 yens ($1,29) par kilo.

Mardi, le gouvernement thaïlandais a engagé une enveloppe de $ 13 milliards de bath ($365 millions) pour aider les agriculteurs et tenter de limiter la baisse des prix.

La Chine  a produit 983 000 tonnes de caoutchouc naturel en août, en hausse de 6,7% par rapport à août 2014. Le pays a importé 291 000 tonnes de caoutchouc sur la même période également en hausse de 6,7%.

COTON

Les cours du coton se sont repliés cette semaine. Mercredi ils clôturaient, pour la troisième session consécutive en baisse, à 61,94 cents la livre pour le contrat de décembre

Le nouveau contrat à terme mondial multi-origine sur le coton sur l’Intercontinental Exchange  - WCT (cf. CommodAfrica ) - a démarré lundi avec un volume modeste, 21 contrats WCT ont été négociés, soit 2 400 balles. Le WCT pour le contrat de mai 2016 a clôturé le 2 novembre à 71,23 cents la livre, ce qui représente une prime de 7,47 cents par rapport au contrat N°2 de mai où 95 300 balles ont été échangées (11 millions de balles pour le contrat le plus actif, celui de décembre). « Il faudra un certain temps pour que le marché soit assez liquide et que cela corresponde vraiment au marché physique » souligne un négociant basé en Suisse. Ajoutant que « dans  les situations extrêmes, cela nous ouvre une porte supplémentaire », des situations qui se sont présentées deux fois ces dernières années et ont fortement échaudé la filière.

Dans son dernier bulletin, le Comité consultatif international du coton (CCIC) estime que si la Chine demeurera certainement le premier pays importateur de coton en 2015/16 mais ses importations devraient chuter de 24% à moins de 1,4 Mt, représentant 17% des importations mondiales contre 55% en 2011/12 et 22% en 2014/15. Toutefois, les autres pays d’Asie devraient partiellement compenser cette baisse. Le CCIC estime que les importations d’Asie hors Chine devraient atteindre 4,5 Mt, soit environ 60% des importations mondiales contre 31% en 2011/12. Les trois principaux importateurs de la région sont le Bangladesh, l’Indonésie et le Vietnam.

L’Inde pourrait exporter 6,8 millions de balles de coton en 2015/16, en hausse de 18% par rapport à 2014/15, avec l’amélioration attendue de la demande en Asie, estimait le commissaire du textile, Kavita Gupta  à l’issue d’une réunion du Cotton Advisory Board. « Nous nous attendons à une plus forte demande en provenance du Bangladesh, du Pakistan et du Vietnam. Cela compensera la plus faible demande de la Chine » a-t-il indiqué. En 2014/15, le Bangladesh était déjà devenu le premier acheteur du coton indien détrônant ainsi la Chine dont les importations de coton indien ont chuté de 51% en 2014/15.

La production de coton en Inde pour 2015/16 pourrait chuter de 4% à 36,5 millions de balles. Ainsi, le regain d’exportation pourrait réduire  de 27% les stocks de clôture à 3,8 millions de balles. Quant à la consommation de coton de l'Inde, elle devrait progresser de 1,7 % à 32,3 millions de balles.

La Cotton Corporation of India (CCI) a dépensé 160 milliards de roupies ($2,44 milliards) pour acheter 8,7 millions de balles de coton à un prix de soutien minimum fixé par le gouvernement (MSP) dans la campagne de commercialisation qui a pris fin le 30 septembre, en hausse d’environ  400 000 balles par rapport à 2013/14. 

En Côte d’Ivoire, le prix au producteur a été fixé à FCFA 250 le kilo pour la campagne 2015/16 avec une production attendue à 484 000 tonnes (cf. CommodAfrica).

Au Burkina Faso, le président de l’union nationale des producteurs de coton (UNPCB), Karim Traoré a été interpellé et incarcéré à la prison de Bobo Dioulasso. Il est accusé de détournement de fonds et d’abus de confiance. L’UNPCB réclame sa libération.

HUILE DE PALME

Après un début de semaine baissier avec la hausse des stocks et une demande faible, les cours de l’huile de palme ont rebondi après que l’entreprise publique indonésienne Pertamina ait annoncé avoir sécurisé son approvisionnement en biodiesel. En outre, d’ici la fin de l’année la production devrait baisser, comme chaque année, tandis que la demande devrait rebondir pour le Nouvel An chinois et que l’Inde va reconstituer ses stocks après Divali. Jeudi, les cours clôturaient à 2379 ringgit ($553) la tonne sur la Bursa Malaysia Derivatives Exchange.

L’Indonésie et la Malaisie sont en cours de négociation pour harmoniser leurs normes sur l’huile de palme dans le cadre de la mise en place du Council of Palm Oil Producing Countries (CPOP).  Les nouvelles normes devraient être plus respectueuses de l’environnement et assurer la durabilité de la filière.

Les rendements dans les principales régions productrices  d’huile de palme de l'Indonésie devraient chuter de près de 20 % dans la première moitié de l'année 2016 en raison d’ El Nino.  Toutefois  la production annuelle totale pourrait rester inchangée, de nouvelles plantations entrant en production en 2016,  montre une enquête réalisée par Reuters auprès de huit analystes.

RIZ

Stabilité des prix du riz en Asie cette semaine.

La Thaïlande est en pourparlers avec l’Iran et des pays africains pour vendre du riz, selon le dirigeant de  Thai Rice Exporters Association, Charoen Laothamatas. En outre, l’Indonésie aurait conclu un  accord préliminaire pour importer 500 000 tonnes de riz en provenance de Thaïlande.  La demande de l'Indonésie et de  l'Iran pourrait empêcher la chute des prix, selon un négociant basé à Bangkok qui a ajouté que « Cette nouvelle demande équilibrera la hausse attendue de l'offre de la récolte à venir. Les prix n’augmenteront pas mais cela contribuera à les stabiliser ».

Au Vietnam, alors que les prix ont bondi le mois dernier avec les accords conclus avec l’Indonésie et les Philippines (cf. nos précédentes chroniques), cette hausse des prix pourrait orienter des acheteurs potentiels, comme des pays africains ou la Chine, vers le grain du Pakistan ou de la Thaïlande moins cher.

La Thaïlande ambitionne d’exporter 10 à 10,5 millions de tonnes de riz en 2016, contre 9,8 Mt attendu en 2015. Elle compte aussi réduire de 4 à 5 Mt ses stocks entre la fin de l’année et le début de l’année prochaine.

SUCRE

Cela fait 20 mois qu'on n'avait pas vu une telle glissade! Après avoir caracolé en début de semaine, les cours se propulsant au dessus du seuil psychologique des 15 cents la livre, atteignant mardi 15,53 cents, son plus haut en 9 mois, la retombée a été cinglante mercredi : le sucre roux a perdu 5,5% de sa valeur, les opérateurs sur le marché ayant tiré les conséquences d'une situation de marché survendu. Ils ont vendu, déclenchant les ordres automatiques et l'enchaînement habituel qui s'ensuit. Le sucre roux a terminé hier soir à 14,64 cents la livre et le sucre blanc à $ 396,40 la tonne.

Contrairement aux régions de production du Robusta au Brésil, il pleut un peu trop dans les principales zones de culture de la canne à sucre, dans le centre-sud, chez le n°1 mondial. Ceci perturbe les opérations de récolte et réduit la teneur en sucre.

Une tendance haussière des prix qui devrait se confirmer car l'Organisation internationale du sucre (OIS) a relevé aujourd'hui ses prévisions de déficit sur la campagne 2015/16, à 3,5 millions de tonnes (Mt) contre 2,5 Mt avancé précédemment. Une situation déficitaire, selon l'OIS, qui se poursuivrait en 2016/17. La raison? Une baisse de production dans des pays majeurs comme l'Inde, l'Union européenne ou encore l'Ukraine.

Ce déficit devrait permettre de réduire de 3,16% le ratio stock/consommation au plan mondial, estime l'Organisation, ce qui représentera 47,3% de la consommation.

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