06 novembre 2018 - 15:18 |

Nana Addo Dankwa Akufo-Addo met l'OCDE face à ses responsabilités

L'Afrique doit combattre son habitude de la main tendue et l'Union européenne doit penser autrement qu'aider la "pauvre Afrique". En introduisant, mercredi dernier à Paris, le 18ème Forum Afrique co-organisé par l’OCDE et l’Union africaine, le président du Ghana, Nana Addo Dankwa Akufo-Addo, a rappelé les opportunités que représente une Afrique qui exporte toujours ses matières premières brutes, qui dispose de terres agricoles non utilisées ou sous utilisées, qui a besoin de technologies pour transformer ses produits agricoles, qui représente une population de 1,2 milliard et 2 milliards dans 20 ans, soit un marché considérable pour l'OCDE. Outre ses potentiels, l'Afrique va de l'avant : dans le Doing Business 2018, l'Afrique est considérée comme étant le continent qui réforme le plus.

"Nous devons approfondir les réformes mais nous devons aussi mieux marketer le continent", a déclaré le chef de l'Etat ghanéen.

De son côté, a-t-il souligné, l'OCDE doit focaliser son soutien sur les infrastructures (l'Afrique a besoin de $ 170 milliards d'investissements par an)  et le développement des talents. Surtout, si les pays de l'OCDE veulent garder leurs parts de marché face à des concurrents, ils doivent simplifier leurs procédures pour financer les projets, notamment dans les infrastructures. Un guichet conjoint OCDE-Afrique pourrait être créé pour instruire les projets.

A cette occasion, le président ghanéen -qui revenait d'Allemagne et de la conférence du G20 Compact with Africa (CwA) ou "Pacte du G20 avec l'Afrique"- a salué l'annonce de la chancelière allemande Angela Merkel de mobiliser € 1 milliard pour créer un fonds d’investissement soutenant les PME investissant en Afrique.

Nana Addo Dankwa Akufo-Addo a aussi évoqué le Build Act approuvé début octobre par le Sénat américain et instituant une nouvelle agence d’aide au développement, l'International Development Finance Corporation (IDFC), dotée de $ 60 milliards sur sept ans en appui à des investissements privés dans les pays en voie de développement. La nouvelle agence aura plus d’argent et moins de contraintes que l'ancien Overseas Private Investment Corporation (OPIC) créé en 1971 ; elle pourra notamment investir directement dans des projets, contrairement à l’OPIC qui pouvait seulement inciter des acteurs privés à le faire. Une façon de contrecarrer les initiatives chinoises en Afrique, Donald Trump montrant que la coopération internationale lui tenait à cœur.

L'Afrique de l'Ouest doit être au rendez-vous

Des infrastructures qui bénéficieront à tous les secteurs des économies africains, dont l'agriculture et l'agro-industrie, en pleine effervescence. Selon le rapport Africa's Development Dynamics, Growth, Jobs and Inequalities, publié à l'occasion du Forum, 66% des créations d'emplois en Afrique de l'Ouest entre 2012 et 2015 étaient dans l'agro-alimentaire, soit 82 millions d'emplois, ce secteur  de l'agro représentant 36% du PIB régional.  Une Afrique de l'Ouest qui constitue 24% du PIB africain, rappellent les auteurs du rapport, juste derrière l'Afrique du Nord (38%) et devant les Afrique australe et de l'Est représentant chacune 17% et l'Afrique centrale avec 4%.

D'ailleurs, la demande pour les produits agro-industriels en Afrique de l'Ouest s'est révélée plus dynamique que la moyenne mondiale, notamment du fait de l'urbanisation, mais s'il n'y a pas de transformation  locale des produits bruts, cet important facteur de croissance  pourrait être perdu, met en garde le rapport. Car la classe moyenne régionale est exigeante, voulant des produits et service à forte valeur ajoutée : en moyenne, les dépenses alimentaires représentent 39% des revenus en Côte d'Ivoire et 65% au Nigeria.

S'agissant de l'emploi, le problème est qu'en Côte d'Ivoire, par exemple, 80% de la main d'œuvre est dans le secteur informel, et plus de 90% au Mali ou encore au Burkina Faso. Dans une enquête auprès de 27 multinationales en Côte d'Ivoire, dont 11 dans l'agro-alimentaire, il existe un cruel décalage entre les compétences des jeunes et les besoins du marché du travail.

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