07 avril 2016 - 23:15 |

La Chronique Matières du Jeudi (07/04/2016)

Les fluctuations du real brésilien ont influencé de nombreux marchés agricoles, l'Arabica notamment suivant de près ses errements. De son côté, le dollar a plongé. Selon des prévisionnistes interrogés par Reuters, la hausse du dollar amorcée à la mi-2014 touche à sa fin et la devise américaine n'enregistrera qu'une progression limitée cette année.

 

CACAO

Après une baisse deux semaines durant, touchant ses plus bas en six semaines, les cours du cacao se sont quelque peu ressaisis cette semaine, certains acteurs voulant profiter de la faiblesse de la livre sterling pour se porter à l'achat sur le marché à terme de Londres, marché directeur. En outre, hier, l'annonce de bons volumes de vente du leader du chocolat et produits chocolatés, Barry Callebaut (voir nos informations), et des arrivages en Côte d'Ivoire en baisse, ont soutenu le marché. Une embellie de courte durée, semble-t-il car, aujourd'hui la fève repartait à la baisse : il pleut en Côte d'Ivoire, ce qui est de bon augure pour sa récolte intermédiaire.

La récolte 2015/16 est attendue en Côte d'Ivoire à 1,6 million de tonnes (Mt), selon une source du ministère des Finances rapportée par Reuters,  soit en nette baisse par rapport au 1,8 Mt de 2014/15. Le pays aurait déjà vendu par anticipation 850 000 t sur la campagne 2016/17, l'objectif étant de vendre 1,1 à 1,2 Mt d'ici fin septembre, soit la fin de la campagne actuelle. Le gouvernement ivoirien a pour objectif de reconduire la campagne prochaine le prix garanti de FCFA 1 000 le kilo, a précisé la source qui a requis l'anonymat.

Toujours en Côte d'Ivoire, à fin mars et ce depuis le début de la campagne, le 1er octobre 2015, les arrivages aux deux ports d'Abidjan et de San Pedro ont totalisé 1 216 751 t contre 1 257 478 t sur la même période en 2014/15, selon des données du Conseil du café-cacao (CCC). Un volume en deçà des estimations des exportateurs qui l'estiment, pour leur part, à 1 239 000 t.

Côté entreprise, le géant  suisse du chocolat et des produits du cacao, Barry Callebaut, a annoncé mercredi une progression de 5,6%, à 3,42 milliards de francs suisses (€ 3,1 milliards), de son chiffre d'affaires du premier semestre, clos le 29 février, de l'exercice 2015/16 (lire nos informations). Son bénéfice net a reculé de 18,5%. "Notre résultat est le reflet de l'impact négatif prévu d'un marché du cacao atone et d'un significatif effet de change négatif", a déclaré Antoine de Saint-Affrique, directeur général de Barry Callebaut. Le groupe a par ailleurs réaffirmé ses objectifs à moyen terme, revus à la baisse en novembre, portant notamment sur une croissance annuelle de ses ventes comprise entre 4% et 6%. Lors d'une conférence téléphonique avec des journalistes, Antoine de Saint-Affrique a précisé que Barry Callebaut visait des acquisitions ciblées dans le haut de gamme, tout en ajoutant que le groupe allait continuer de tailler dans des contrats cacao non rentables. "La bonne performance de nos activité chocolats et chocolats fins nous offre la possibilité de commencer à gérer notre portefeuille de manière proactive. C'est ce que nous faisons", a-t-il dit.

CAFE

C'est encore la perspective d'une bonne récolte brésilienne qui pèse sur le marché de l'Arabica, avec le pic de récolte attendu en juin. Parti de 1,2725 cents vendredi dernier, la livre d'Arabica a clôturé ce soir à 1,2245 à New York. Les prix du Robusta, quant à eux, ont été soutenus par la sécheresse au Vietnam, leader mondial du Robusta, ainsi qu'au Brésil, où la récolte de conilon démarre ce mois-ci,. Mais le Robusta a tout de même cédé du terrain sur l'ensemble de la période, parti de $ 1 485 la tonne pour clôturer à $ 1 478.

Au Brésil, l'Institut fédéral des statistiques a annoncé aujourd'hui estimer la récolte 2016 à 50,2 millions de sacs de 60 kg (Ms), en hausse par rapport à ses dernières prévisions qui étaient de 49,7 Ms. La récolte d'Arabica est estimée atteindre 39,2 Ms contre 38,9 Ms avancés précédemment, et celle de Robusta à 11 Ms contre 10,8 Ms.

La Colombie, quant à elle, aurait enregistré une progression de 18% de sa production en mars, à 944 000 sacs de 60 kg d'Arabica lavé, selon la Fédération nationale des planteurs. Les exportations ont fait un bond de 37%, à 1,08 Ms. Sur les 12 mois à mars 2016, la production a totalisé 14,43 Ms, en progression de 17% sur la période précédente.

Au Kenya, le prix le plus élevé pour le meilleur grade, le AA, a été de $ 301 le sac de 50 kg alors qu'il avait atteint $ 341 la semaine précédente. Le grade AB a plafonné à $ 280 contre $ 294.

S'agissant des Robusta du Vietnam, leur prime a progressé cette semaine car l'offre est étroite. Les craintes d'un impact de la sécheresse sur la campagne à venir 2016/17 renforce la tendance haussière. La sécheresse aurait réduit les rendements sur quelque 40 000 ha de caféiers dans la ceinture caféière des Central Highlands, soit 7% de la superficie totale de cette culture dans cette région. Les Central Highlands représentent 80% du café vietnamien.

L'Ouganda a exporté 271 941 sacs de 60 kg en février contre 290 475 sacs  en février 2015, selon Uganda Coffee Development Authority (UCDA). Les exportations en mars sont estimées être de l'ordre de 290 000 sacs.

CAOUTCHOUC

Evolution en dents de scie pour le marché du caoutchouc cette semaine. Après un début haussier et quatre séances consécutives d’augmentation sur des considérations météorologiques modifiées par le phénomène El Nino – la durée de l’hivernage -, les cours se sont affaiblis mardi avec des prises de bénéfices après que les cours aient atteint un plus haut de sept mois, dépassant la barre des 180 yens le kilo. La baisse s’est prolongée jeudi avec un dollar glissant à un plus bas de 17 mois contre le yen. Toutefois, la chute a été limitée par l’espoir d’une reprise de la demande chinoise. La tendance à la hausse des stocks de caoutchouc à Dalian, en Chine, semble indiquer une  reprise de la demande pour le caoutchouc. Le contrat pour une livraison de septembre a clôturé jeudi à 180,1 yens ($1,66) le kilo.

COTON

Depuis le début de la semaine, les cours du coton sont sur une pente descendante. Le contrat de mai a clôturé le 6 avril à 58,75 cents la livre.

Dans son dernier rapport,  en date du 1er avril, le Comité consultatif international du coton (CCIC) estime que les  prix du coton vont progresser lors de la prochaine campagne, le marché sera déficitaire en dépit d’une production légèrement plus importante et d’une  consommation qui se stabilisera. L’indice Cotlook A progressera de 2% à 72 cents la livre en moyenne en 2016/17 avec la poursuite de la baisse des stocks mondiaux. Ils baisseraient de 8% après une baisse de 5% en 2015/16. Ce serait la première hausse des cours depuis trois ans.

Finalement, la production de coton au Mali en 2015/16 (clôt au 31 mars) ne sera que de 513 552 tonnes, contre 548 000 tonnes en 2014/15, selon la Compagnie malienne pour le développement du textile (CMDT). « Les perturbations météorologiques ont provoqué une baisse de la production par rapport à l'année dernière ne permettant pas d’atteindre l’objectif fixé  de 650 000 tonnes », a déclaré le conseiller technique de la CMDT, Ousmane Traore.  La production de fibres s’élève à 215 450 tonnes contre 229 479 tonnes en 2014/15.

Le Nigeria  tente de relancer son secteur textile par la création d'emplois a déclaré mardi le  ministre de l'Industrie, du commerce et de l'investissement, Aisha Abubakar. Dans les années 1980, le secteur du coton, du textile et de l'habillement était le plus important employeur au Nigeria avec à son apogée plus de 175 usines opérant à travers le pays. Les défis du secteur sont le coût élevé du financement, une offre d’électricité instable, des usines et machines obsolètes et  la contamination du coton, a précisé Aisha Abubakar.

En Egypte, la production de fibre de coton devrait croître de 23% en 2016/17 à 395 000 balles en raison d’une hausse anticipée de 20% des superficies à 120 000 hectares en 2015/16 et d’une amélioration des rendements de 3,2 balles/ha à 3,3 balles /ha, selon le département américain de l’Agriculture (USDA).  En revanche, la consommation devrait baisser de 6% à 500 000 balles en 2016/17 et les importations reculer de 11% à 400 000 balles. Les exportations devraient augmenter de 33% à 200 000 balles.

Au Vietnam, les importations de coton devraient augmenter de 25% en 2015/16 et atteindre 1,17million de tonnes pour alimenter l’industrie textile vietnamienne en progression. Les exportations de textile se sont élevées à $27,2 milliards en 2015, en hausse de 9,43% et devraient progresser de 12% en 2016, selon l’USDA. Les cinq principaux fournisseurs de coton du Vietnam sont les Etats-Unis (432 000 t en 2015), l’Inde (137 000 t.), le Brésil (136 000 t.), l’Australie (48 000 t.)  et la Côte d’Ivoire (28 000 t.).

En Inde, la production de coton est attendue à 28,5 millions de balles en 2016/17 contre 27,3 millions de balles en 2015 /16, selon l’USDA.  Les exportations sont attendues à 5 millions de balles et les importations à 900 000 balles.

Au Brésil, l’USDA estime que les superficies en coton vont progresser de 980 000 hectares avec des prix intérieurs plus élevés (dévaluation du real) et la demande d’exportation. La production atteindrait 7 millions de balles en 2016/17, soit 3% de plus qu’en 2015/16.

La crise économique au Brésil continuera d'exercer des pressions à la baisse sur la demande intérieure et à rendre le marché d'exportation plus attrayant pour les producteurs, note l’USDA.

HUILE DE PALME

Les cours de l’huile de palme se sont abaissés jeudi, annulant les gains antérieurs, une demande plus faible ayant pesé sur les prix tandis que les  investisseurs ont pris leur bénéfice dans la perspective de la publication de données officielles la semaine prochaine. En effet, les stocks d’huile de palme en mars devraient tomber pour la première fois en un an en dessous de 2 millions de tonnes (Mt) avec une production à son plus faible niveau depuis 2007, selon une enquête réalisée par l’agence Reuters. Ils s’établiraient à 1,95 Mt, en baisse de 10,3%. Le Malaysian Palm Oil Board (MPOB) donnera les chiffres lundi prochain. Le contrat pour une livraison juin a clôturé à 2 710 ringgits ($693) la tonne.

Les investisseurs s’attendent à un ralentissement de la demande en avril après que la Malaisie a relevé sa taxe à l’’exportation à 5% contre 0% pour la première fois de l’année.

Côté entreprise Unilever a annoncé la semaine dernière qu’il allait suspendre au cours de trois prochains mois  ses approvisionnements en huile de palme  auprès du malaisien IOI Loders Croklaan. La certification de IOI a été suspendue par  Roundtable on Sustainable Palm Oil (RSPO) pour non conformité. IOI a été l’un des fondateurs historique de la RSPO. Unilever ne ferme pas totalement la porte en déclarant dans un communiqué de presse : «Nous espérons que toutes les parties prenantes travailleront ensemble pour définir comment IOI pourrait remédier aux plaintes et changer fondamentalement et de façon transparente sa façon de développer l'huile de palme durable, afin qu'elle réponde aux plus hautes attentes sociales et environnementales. Il s'agit d'une étape cruciale dans la transformation de l'industrie ».

Les américains Mars et Kellogg’s ont également annoncé qu’ils avaient engagé le processus d’élimination de IOI en tant que fournisseur.

RIZ

Les prix  du riz en Asie sont demeurés stables cette semaine avec toujours en toile de fonds des inquiétudes quant à l’impact de la sécheresse sur la production de riz au Vietnam et en Thaïlande.

Le Mali estime que la production de céréales en  2016/17 s’établira à 8,8 millions de tonnes (Mt), soit 10% de plus qu’en 2015/16 selon un document du gouvernement. « Cette production nous permettra de couvrir les besoins de la consommation intérieure avec un excédent céréalier d'environ 3,1 Mt, dont la vente permettra de générer environ FCFA 566,3 milliards (€ 863 millions) de recettes brutes » est indiqué dans le document.

Deuxième plus grand producteur de riz de l'Afrique de l'Ouest derrière le Nigeria, la production devrait  s’établir à 2,712 Mt, en hausse de près de 11 %. Le pays devrait produire également 2,4 Mt de maïs, 2 Mt de mil et 1,6 Mt de sorgho.

En Egypte, l'approvisionnement en riz n'est pas simple. Le gouvernement a annoncé mercredi que le pays allait passer des contrats directs poru acheter du riz si les négociants ne réduisaient pas leur prix dans lre cadre des appels d'offres. La General Authority For Supply Commoditie (GASC) a annulé pour la troisième fois un appel d’offres.

Depuis le 4 avril, le pays a interdit l’exportation de riz afin de préserver un niveau de stocks disponibles pour le marché local tout en contribuant à une stabilité des prix.

La Chine a fait un don de 1 700 tonnes au Sud Soudan pour faire face en partie à la crise humanitaire. Le Sud Soudan souffre d'une pénurie alimentaire due à une mauvaise production agricole. Les organismes des Nations unies estiment à  381 000 tonnes le déficit céréalier cette année dans le pays à, en hausse de 53% par rapport à 2015.

SUCRE

Le sucre roux a terminé en hausse de quelques points mais la semaine a plutôt été maussade. Mardi, il a flirté avec son plus bas en un mois, depuis le 8 mars, à 14,54 cents la livre sur le marché à terme de New York, avant de clôturer à 14,67 cents parti de 14,98 cents vendredi dernier. La météo, plutôt clémente chez le leader des producteurs, le Brésil, pèse sur les cours. En une semaine, le sucre a perdu 9% après avoir touché un plus haut en 17 mois, à 16,75 cents.  

Quant au sucre blanc, il termine à $ 427,90 la tonne, stimulé par l'approche, le 15 avril, de l'expiration de l'échéance mai. Cependant, il est en baisse par rapport au début de la période sous revue, le 1er avril lorsqu'il cotait $ 436,80 la tonne.

 Dans le centre-sud du Brésil, on s'attend ces prochaines semaines à une accélération des opérations de broyages de la canne, souligne Tracey Allen, analyste chez Rabobank. La baisse du real, la monnaie brésilienne, incite également à exporter car le retour financier en real est très intéressant.

Ceci dit, le marché international a également été très attentif à l'évolution de la situation en Inde. Effectivement, il fait très sec chez le deuxième producteur mondial, ce qui fait grimper les prix du sucre sur le marché domestique. Certains s'attendent à ce que les autorités prennent des mesures afin de s'assurer qu'il y aura assez de sucre pour subvenir à la demande nationale.

En Russie, les importations cumulées sur janvier et février ont totalisé 143 000 t contre 145 000 t sur la même période en 2015.

Ces derniers jours, la plupart des analystes ont révisé à la hausse leurs prévisions de déficit. Mercredi, c'était au tour du spécialiste F.O. Licht d'estimer le déficit mondial sur 2016/17 (octobre/septembre) à 4,9 millions de tonnes (Mt) alors que sa dernière estimation n'avait été que de 1,5 Mt.

Publicité

Votre publicité sur notre site

En savoir +