07 juin 2012 - 00:00 |

La Chronique Matières du Jeudi

Rebond des marchés

(07/06/2012)

La journée d’hier, mercredi, a été très agitée sur les marchés mondiaux de matières premières avec le plus fort rebond des prix en trois mois après avoir enregistré la semaine dernière des baisses majeures. Les opérateurs seraient plus confiants dans une éventuelle résolution de la crise européenne, ce qui a renforcé l’euro, rendant le prix des matières premières plus attractif pour les investisseurs autres qu’américains. L’indice Thomson Reuters-Jefferies CRB, qui regroupe 19 produits, a augmenté de 1,25%, son gain le plus élevé depuis le 21 février. Rappelons qe le CRB a chuté de 11% sur l’ensemble du mois de mai.
A noter que les marchés à Londres sont demeurés fermés lundi et mardi, célébrant le Jubilée de la Reine.

Cacao. La reprise de l’activité sur le marché du cacao à Londres a été soutenue, la fève gagnant 4% en une seule journée de cotation, ce qui ne s’était pas vu depuis le début du mois de mars. Les volumes de ventes anticipées en Côte d’Ivoire, conformément à la nouvelle politique initiée en novembre dernier, seraient plus élevés que prévus, ce qui a contribué hier, mercredi, à l’optimisme du marché tant à Londres qu’à New York. Ces volumes élevés de vente signifient que moins sera à vendre ces prochains mois, allégeant ainsi l’offre sur les marchés. En outre, le marché a réagi aux rumeurs d’une maladie, le cocoa canker, affectant le verger au Nigeria.
Dans une interview accordée à Reuters lors de la conférence sur le cacao qui s’est tenue à Davos en début de semaine, Tony Fofie, directeur général du Cocobod, a souligné que la production cacaoyère au Ghana serait d’environ 850 000 t cette campagne, soit bien en-deçà des 950 000 t attendues et ce en raison d’un manque de pluies et des cours internationaux moins incitatifs : rappelons que vendredi dernier, la tonne de cacao sur le mois de juillet a coté $ 2 031 la tonne, son plus bas en 5 mois. Même s’ils se sont quelque peu redressés depuis, ils sont en baisse de 13% depuis le début de l’année calendaire.
Le Cocobod, très vigilant sur sa réputation, s’attend à un écart de 70 000 t de fèves entre les déclarations officielles d’achat de fèves par les acheteurs licenciés et les volumes qui entrent effectivement dans les entrepôts. Tony Foffie a souligné que 10 à 15 entreprises avaient été mises en garde contre un défaut d’exécution, les obligeant à livrer les volumes sur lesquels elles s’étaient engagées au plus tard à la fin de la campagne principale, au risque de se voir infliger une interdiction d’opérer dans leur district pendant une campagne. La date de fin de campagne principale est au 31 mai mais les opérateurs se sont vus accorder une semaine de répit et ont donc jusqu’à demain, vendredi, pour s’exécuter et enregistrer leurs achats de fèves sur la principale. Rappelons que des conditions étroites de crédit et une production en baisse ont conduit un certain nombre d’acheteurs licenciés à gonfler leurs déclarations anticipées de volumes afin de bénéficier des avances de trésorerie du Cocobod.
Au Cameroun, un tournant majeur s’amorce avec l’introduction d’une taxe à l’exportation du cacao. Le ministre de l’Agriculture Lazare Essimi Menye a déclaré à Reuters, lors de la conférence cacao à Davos, en Suisse, qu’il y travaillait : son taux pourrait être de 20 cents par kilo de cacao. Une taxe dont les recettes devraient bénéficier aux broyeurs et aux usiniers. La proposition de loi serait introduite au Parlement en novembre.
Ailleurs dans le monde, le Brésil connaît une activité cacaoyère débordante avec de arrivages cumulés depuis le début de la campagne et à fin mai de 504 754 sacs de 60 kilos contre 336 628 sacs à la même période l‘année dernière.

Café. L’Arabica n’est décidemment pas en forme. Hier, mercredi, il a moins bénéficié de la hausse quasi générale sur les marchés de matières premières que le Robusta, avec 0,1% à New York contre 09% pour le Robusta à Londres. Rappelons que le premier a perdu 30% de sa valeur depuis le début de l’année contre une hausse de 15% pour le Robusta.
En Colombie, la production (Arabica) s’est redressée en mai pour le deuxième mois consécutif, enregistrant une hausse de 2%, ce qui montrerait que la situation du verger se redresse après l’impact néfaste des pluies. Une production qui avait chuté de 12% par rapport à 2000, à 7,8 Ms la campagne suivante, la pire campagne en trois décennies. L’objectif de Bogota est d’atteindre 20 Ms à l’export d’ici le tournant de la décennie, optant pour un accroissement des superficies caféières et des plants de café nouveaux et résistants aux maladies.
Quant au Brésil, les exportations en mai ont été de 1,77 Ms de café vert, en forte baisse par rapport aux 2,4 Ms en mai 2011, tandis que l’Indonésie enregistrerait une forte progression, de l’ordre de 17% en 2012/13, à 9,7 Ms, selon le département américain de l’Agriculture (USDA).

Caoutchouc. Contrairement aux autres matières premières, le caoutchouc naturel a chuté mercredi à son plus faible prix en deux ans et demi, la crise européenne inquiétant sérieusement la filière et ne permettant pas d’entrevoir lisiblement les tendances de la demande à venir, même si l‘Association des pays producteurs de caoutchouc naturel (ANRP, de son sigle anglais) estime qu’elle s‘inscrira en hausse. La consommation atteindrait 6,477 Mt, soit en hausse par rapport aux 6,266 Mt de l’année dernière, mais la progression ne serait pas de 4,5% come elle l’avait anticipée en avril mais de 3,4% seulement.
Côté production, elle l’estime à 10,475 Mt en 2012, selon des chiffres publiés hier, en hausse de près de 2% par rapport à ces précédentes estimations d‘avril. La Thaïlande, l’Indonésie, la Malaisie, le Vietnam et l’Inde représentent 57% de la consommation mondiale et plus de 90% de la production et des exportations.

Coton. Le marché du coton hier, mercredi, n’avait pas enregistré une telle hausse depuis avril 2011, emboîtant le pas aux autres matières premières et aux marchés financiers américains, tandis que les investisseurs couvraient leurs positions courtes. Un marché très volatile puisque la veille, à New York – Londres étant fermé, les cours sont tombés à leur plus bas en trois ans pour la troisième session consécutive : l’offre est abondante et les perspectives économiques moroses.
Huile de palme. Après avoir clôturé lundi à son plus bas depuis le début de l’année sur le marché de Singapour, l’huile de palme s’est ressaisie en symbiose avec les autres marchés de matières premières, les investisseurs voulant profiter de l’aubaine de faibles cours, estimant de surcroit que la demande asiatique pour l’huile augmentera prochainement avec les fêtes du Ramadan courant juillet, mais tout en demeurant prudents face à une crise financière européenne qui demeure aigüe.

Riz. Les prix du riz d’Asie se sont inscrits en légère baisse cette semaine face à une faible demande et une hausse significative des disponibilités. Les stocks thaïlandais (13,9 Mt de paddy, soit 8,3 Mt de riz décortiqué) continuent de peser sur le marché et ce d’autant plus que la récolte intermédiaire (estimée à 3 Mt) devrait intervenir ces toutes prochaines semaines. Le 100% B de Thaïlande cotait $ 600 hier contre $ 610 la semaine dernière. Au Vietnam, les disponibilités seront également abondantes avec la région Sud qui devrait commencer à récolter à la fin de ce mois. Les brisures 5% se sont vendues à $ 420 la tonne FOB Saigon, quasiment inchangées par rapport à la semaine dernière ($420-425). Les brisures 25% ont trouvé preneur à $ 380-390 contre $385-$390 la semaine précédente, avec pour clients majeurs des pays africains et la Chine.

Sucre. Le Brésil inquiète. Une vague de froid et de fortes pluies pourraient endommager la production de sucre et cette crainte, conjuguée à l’approche des fêtes du Ramadan en juillet dans les pays très gros consommateurs de sucre, ont propulsé de 5,25% les cours à la hausse, hier mercredi, à 20,08 cents la livre, leur plus forte progression depuis le mois d’août dernier. Ceci, ajouté à la hausse de l’euro et à des perspectives plus attrayantes en Europe, ont entrainé l’ensemble des matières premières agricoles à la hausse.
Mais on retiendra surtout l’extrême nervosité de ce marché qui a touché un plus bas en 22 mois en début de semaine avant, donc, de se ressaisir. Le spread entre les contrats juillet et octobre s’est très fortement contracté hier, de quelque 74%, à 8 cents la livre, indiquant une ruée sur les disponibilités immédiates. Le sucre ne manque pas, souligne un trader, mais les opérateurs sont pressés de charger des navires qui attendent à quai.
Notons que depuis le mois d’avril, les spéculateurs sont très baissiers sur le sucre, réduisant leurs positions longues : selon des informations de marché rendues publiques vendredi, les spéculateurs auraient quasiment doublé leurs positions courtes durant la dernière semaine de mai.

Thé. Le prix moyen des thés vendus mardi aux enchères de Mombassa, au Kenya, a légèrement glissé à $ 3,60 le kilo contre $ 3,64 la semaine précédente. Les Best Broken Pekoe Ones ont trouvé preneurs à $3,96-$3,24 contre $3,98-$3,30 tandis que les Best Pekoe Fanning Ones cotaient $3,60-$3,32 contre $3,69-$3,46. Ont été offerts à la vente 92,295 paquets dont 17% n’ont pas trouvé d’acheteurs, ces chiffres étant respectivement de 87 531 paquets et 22 %. Des opérateurs du Pakistan ont été les plus actifs avec un regain d’intérêt par rapport à la semaine précédente de clients britanniques, le Soudan le Yémen et d’autres pays du Moyen Orient étant toujours très présents.

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