07 juillet 2009 - 20:47 |

Le regard critique de Lionel Zinsou sur les concessions foncières en Afrique

15 milions de terrres agricoles sont en jeu dans les pays émergents

(07/07/09)

Depuis 2006, selon l’International Food Policy Research Institute (IFRI), quelque 15 millions d’hectares de terres agricoles dans les pays en développement, notamment en Afrique, ont fait l’objet de transactions ou de négociations avec des investisseurs étrangers. Ceci, souligne l’Institut, est l’équivalent de la totalité des superficies agricoles en France ou encore un cinquième de ses terres en Europe. Une superficie considérable ! Des transactions qui représenteraient quelque $ 20 à 30 milliards, soit environ dix fois les mesures d’urgence annoncées par la Banque mondiale récemment au bénéfice de l’agriculture et 15 fois plus que le nouveau fonds américain pour la sécurité alimentaire.
La Chine a investi en RD Congo afin de cultiver des palmiers à huile sur 2,8 millions d’hectares, ce qui en ferait la plus grande plantation au monde de palmier à huile. La Chine négocie aussi avec le gouvernement zambien pour cultiver du jatropha sur 2 millions d’hectares pour du biodiésel. Si la Chine est de loin le premier pays à investir dans l’agriculture dans les pays émergents, on trouve l’Egypte et la Corée du Nord au Soudan dans la culture du blé ou encore la Libye au Mali pour 100 000 ha de riz.
Intervenant à une table ronde le 25 juin dernier à l’occasion du lancement du club « Dauphine Alumni Afrique » à Paris, Lionel Zinsou, banquier d’affaires, opérateur économique et co-directeur général de PAI Partners, a jugé ce mouvement « complètement fou ! ». Les prix des commodités agricoles augmentent par la force de la demande, notamment les matières premières agricoles à usage alimentaire, a-t-il poursuivi, car les pauvres sont davantage solvables. Un phénomène nouveau. Or, il y a à travers le monde deux ou trois régions qui disposent de terres arables et l’Afrique non sahélienne en fait partie.
Certes, il est normal que les entreprises investissent dans ce secteur, mais en Afrique le droit coutumier s’applique encore un peu partout. « On n’a pas l’outillage juridique pour donner en concession », a déclaré Lionel Zinsou. « Dans des pays qui ne sont pas des démocraties, dire qu’on concède, c’est aller devant des problèmes politiques évidents. Faire des grands latifundios, ce n’est pas une solution ! »
Il faut déjà, estime-t-il, passer de la houe à la charrue car « cette intensification de la productivité est très importante. C’est ça qui permettra aux gens d’envoyer leurs enfants à l’école. Ce n’est pas en devenant des ouvriers agricoles ».

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