07 septembre 2017 - 14:00 |

L'ouverture officielle de l'AGRF 2017 souligne l'importance d'un engagement politique pour l'agriculture

"La moitié du recul de la pauvreté est imputable à la croissance des revenus agricoles, contre 10 % seulement à celle des revenus non agricoles". Hier, dans son discours d'ouverture officielle du 7ème Forum pour la révolution verte en Afrique, après deux journées chargées en pré-évènements, le président ivoirien Alassane Ouattara a tenu de suite à souligner les enjeux de la prise de conscience de l'importance de l'agriculture dans le développement de l'Afrique, en citant ces chiffres de l'OCDE. "Cependant, l’Afrique qui dispose de 65% des terres arables au monde, continue d’importer pour plus de $ 35 milliards pour la nourriture de subsistance de ses populations. Ce chiffre pourrait atteindre 100 milliards en 2030."

Et pêle-mêle, le chef de l'Etat, hôte de l'AGRF2017, de dénoncer en Afrique la faiblesse de la productivité, des modes de production "archaïques", la "préoccupation" que représente "l’accès aux semences à haut rendement, aux engrais, aux techniques d’irrigation et à la mécanisation", le "défi" que constitue "la cohabitation harmonieuse entre agriculture et forêt en vue de contribuer à l'atténuation des effets du changement climatique sur les activités agricoles et à la séquestration de carbone". Sans oublier l'insuffisance des investissements publics et privés dans le secteur agricole et le développement rural.

La Côte d'Ivoire tire relativement bien son épingle du jeu, a souligné son président. Premier producteur mondial de cacao, de noix de cajou, de noix de cola, il est premier producteur africain d'hévéa et premier exportateur du continent d'huile de palme, de banane et de mangue. Ses productions agricoles sont passées de 16 millions de tonnes (Mt) en 2011 à 24 Mt en 2016, et les revenus distribués aux agriculteurs de plus de FCFA 3 000 ($ 5,5 milliards) en 2011 à FCFA 6 000 milliards ($ 11 milliards), "l'équivalent du budget national". L'agriculture qui figure au deuxième rang des secteurs bénéficiaires des investissements étrangers, selon le ministre ivoirien de l'Agriculture Mamadou Sangafowa Coulibaly.

Les $ 30-40 milliards nécessaires existent en Afrique

S'agissant des financements, lors du précédent AGRF qui s'est tenu au Kenya, $ 30 milliards avaient été annoncés, des "annonces suivies d'effets", a tenu à préciser Alassane Ouattara.

C'est une telle somme, $ 30 à 40 milliards,  qui est nécessaire chaque année pendant 10 ans pour transformer l’agriculture africaine, déclare  Akinwumi Adesina, président de la Banque africaine de développement (Bad) qui s'est d'ores et déjà engagée à investir $ 24 milliards par an pendant 10 ans pour la transformation agricole.

Et ces sommes auront un effet boule de neige. " C’est beaucoup d’argent, mais cet argent existe, en Afrique-même, pour peu que les projets soient de qualité", selon Akinwumi Adesina. "Et ces projets le sont", poursuit-il, "car pareils investissements feront émerger de nouveaux marchés qui représenteront $ 85 milliards au moins de recettes annuelles supplémentaires d’ici à 2025. C’est un retour sur investissement potentiel d’au moins 100 %. Mais qui détiendra, influera et tirera parti de ces marchés ? Sans doute des Africains pour la plupart ? Nous devons nous approprier notre développement. Les engagements pris l’an passé lors de l’AGRF nous ont offert un démarrage sur les chapeaux de roue, avec $ 30 milliards sur dix ans."

"La Banque africaine de développement encourage les pays à se doter de mécanismes nationaux de partage des risques pour lever des fonds en faveur de l’agriculture, sur le modèle de ce qu’a fait le Nigeria avec son mécanisme de partage des risques fondé sur des mesures incitatives pour les crédits destinés au secteur agricole (Nigeria Incentive-Based Risk Sharing for Agricultural Lending - NIRSAL)", poursuit le patron de la Bad. "Les résultats de ce programme nigérian conçu pour atténuer les risques associés aux prêts dans les chaines de valeur agricoles ont été impressionnants. En quatre ans, 15 millions d’agriculteurs en ont bénéficié – dont 2,5 millions de femmes – et la production alimentaire s’est accrue de plus de 21 millions de tonnes. Aujourd’hui, plusieurs pays d’Afrique ou d’ailleurs, comme l’Afghanistan, adoptent cette approche"

Passer à la vitesse supérieure

"Pareille transformation de l’agriculture entraînerait une réduction du déficit commercial net de l’Afrique dans le domaine alimentaire, voire $ 100 milliards d’économies nettes par an", précise Akinwumi Adesina, rappelant inlassablement que "l’Afrique ne doit plus produire ce qu’elle ne peut ou ne veut pas consommer et, à l’inverse, consommer ce qu’elle ne produit pas – mais qu’elle pourrait aisément produire."

Pour ce faire, il faut développer les partenariats public privé. "Les technologies requises pour nourrir l'Afrique existent déjà", rappelle-t-il, que ce soit le maïs à haut rendement et résistant à la sécheresse, des variétés de manioc qui peuvent atteindre 80 tonnes/ha, des riz également à haut rendement respectant les normes internationales, des patates douces à chair organe permettant de lutter contre le déficit en vitamine 1A, des variétés de blé tropical qui sont actuellement cultivées au Nigeria, au Kenya et au Soudan.

Mais encore faut-il développer à grande échelle ces cultures et passer à la vitesse supérieure.

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