07 octobre 2010 - 00:00 |

La Chronique Matières du Jeudi

Des marchés nerveux

(07/10/10)

Bois. La situation du marché du bois en Afrique centrale et de l’ouest demeure assez stable et on ne devrait guère connaître de grands bouleversements ces prochains mois, souligne-t-on dans la publication bimensuelle sur l’état du marché de l’Organisation internationale des bois tropicaux (OIBT). Ces derniers mois, les évolutions de prix ont surtout résulté d’une demande en hausse pour des essences bien précises, cette tendance étant confirmée au cours des deux dernières semaines. Les grumes d’Iroko sont encore très demandées et les prix ont grimpé à nouveau de quelque 10 euros depuis la mi-septembre. A noter que les sciages d’Iroko n’ont pas encore totalement rattrapé la hausse enregistrée par les grumes.
Les carnets de commandes dans la plupart des scieries en Afrique de l’Ouest et du Centre sont relativement biens remplis jusqu’à la fin de l’année. Si des opportunités se dessinent pour le début de l’année prochaine, les opérateurs demeurent très prudents ce qui se traduit par des hésitations à investir dans leurs capacités de production.
Au Gabon, l’interdiction d’exporter des grumes étant maintenue, les opérateurs semblent s’intéresser à la zone de libre échange où pourraient se développer des activités de transformation de bois. Du côté du Cameroun, du Congo Brazzaville et de la Guinée équatoriale, les exportations de grumes semblent suffisantes pour répondre aux besoins actuels du marché avec pour principales destinations toujours la Chine et l’Inde. En Europe, la demande est morne mais stable. Les sciages d’Iroko et d’Ayous sont les plus recherchés, les prix des autres essences demeurant inchangés ces deux dernières semaines et même au-delà. Avec l’hiver qui approche en Europe et les coupes budgétaires importantes dans tous les pays, on s’interroge sur les perspectives du BTP et donc sur la demande en bois.

Cacao. Sur le marché du physique, le cacao a perdu plus de 90 euros la tonne en une semaine, à 2200 euros pour les fèves de Côte d’Ivoire, ou encore quelque £ 60 s’agissant de l’origine Ghana, à £ 2020 : la récolte 2010/11 démarre dans tous les pays producteurs africains et les volumes vont abonder. Une récolte qui s’annonce belle même si certains spécialistes révisent légèrement à la baisse leurs perspectives de récolte du fait de l’existence de la maladie de la pourriture brune (« black pod »).
En cette période de transition entre les deux campagnes, certains planteurs en Côte d’Ivoire font de la rétention, ce qui a conforté à la hausse les prix qui leurs sont payés, soutenus également par un regain d’intérêt de la part des exportateurs. Les prix versés au port d’Abidjan ont été de FCFA 960-990 contre 950-980 la semaine précédente. Dans la région de Soubre, à l’ouest du pays, le prix bord champ a atteint les FCFA 800 le kilo contre 650-700 précédemment. Hormis l’impact de la rétention, la qualité du cacao vendu s’est améliorée : les fèves seraient moins humides, mieux séchées, soulignent certains opérateurs.
La Bourse café cacao (BCC) a fixé à FCFA 1 100 le kilo le prix indicatif pour la campagne 2010/11, soit bien au-dessus des prix de fin de campagne 2009/10, à FCFA 960-980 la semaine dernière.
Au Brésil, la maladie du « balai de sorcière » s’estompant, la récolte principale de cacao (octobre à avril) dans la principale zone de production, l’Etat de Bahia, devrait augmenter de 10 à 30%, et atteindre 51 000 à 60 000 t ou encore 850 000 à un million de sacs. Rappelons que le Brésil est numéro six mondial sur la scène cacaoyère après avoir été longtemps au second rang derrière la Côte d’Ivoire.

Café. La semaine a commencé par une baisse de 10 cents la livre de café Arabica sur le marché à terme de New York et de $ 100 la tonne de Robusta à Londres : la sécheresse au Brésil n’étant plus d’actualité, quelques fonds sont sortis du marché. En outre, la baisse régulière du dollar se ressent dans les pays producteurs, entrainant notamment une légère hausse des différentiels du Brésil, souligne un trader. Mais dans l’ensemble, l’activité reste faible et toujours à court terme.
Sur le segment des Arabica nature, l’activité est bonne, surtout sur les belles qualités, les « fine cups », difficiles à trouver sur le marché spot. A noter quelques bonnes affaires à réaliser sur les Arabica lavés de bonne qualité pour le début 2011, avec des différentiels qui restent largement positifs. Le café de Colombie, l’origine de référence, demeure stable avec un différentiel de +40 /+41 cents, reflet de quelques inquiétudes sur
les pluies persistantes dans cette zone.
« Le marché du Robusta est très calme, avec des couvertures à faire pour le début de 2011, sans signe de précipitation de la part des torréfacteurs », note encore le trader.
Au Vietnam, de sources officielles, les exportations de café en 2010 seraient de 19,5 millions de sacs de 60 kilos (Ms) ou encore de 1,17 millions de tonnes (Mt), soit en nette hausse par rapport aux prévisions initiales qui étaient de 16,7 Ms. Toutefois, malgré la révision à la hausse, les exportations au quatrième trimestre seraient tout de même de 7,8% inférieures à celles enregistrées l’année dernière à pareille époque, à 259 600 t.
Des chiffres officiels que le marché prend avec beaucoup de précaution, et ce d’autant plus que le quatrième trimestre est précisément le moment où la nouvelle récolte arrive. Certes, les exportateurs pourraient être récalcitrants à vendre de la nouvelle récolte, espérant que les prix vont augmenter, d’autant plus que les fortes fluctuations de prix et la baisse en début d’année ont dissuadé les opérateurs à signer des contrats qui les engagent trop longtemps à l’avance. Rappelons qu’en 2009, le pays a exporté 19,5 Ms, en hausse de 10,2% sur 2008. Selon l’Organisation internationale du café (OIC), la production vietnamienne 2010/11 augmenterait d e4% à 18,73 Ms contre 18 Ms la campagne dernière.
Enfin, dans le monde caféier international, signalons que la Swiss Coffee Trade Association (SCTA), l’Association suisse des négociants de café, organise à Genève demain vendredi 8 octobre son premier grand dîner de la profession, le « SCTA Diner & Dance ». Il devrait rassembler quelque 530 invités venus de Suisse bien sur mais aussi d’Europe, du Brésil, des Etats-Unis, du Japon, etc.
A l’origine, l’association, qui compte 28 membres, avait suggéré alterner une année sur deux le dîner annuel, traditionnel dans le monde du café, de Londres qui se tient cette année le 12 novembre, avec un dîner à Genève, cette ville étant de plus en plus une plaque tournante en matière de négoce de café mais aussi de la plupart des matières premières traitées dans le monde. Une idée qui, semble-t-il, n’a pas fait recette auprès de Londres. Du moins pas encore…

Caoutchouc. Sur le marché à terme de Tokyo, le caoutchouc naturel était aujourd’hui au plus haut en cinq mois sur fond de production mondiale en baisse et de dollar faible : le billet vert est au plus bas depuis 15 ans face au yen !
Les producteurs ont entamé un vaste programme de remplacement des hévéas : il faudra attendre deux ans environ avant qu’ils ne donnent. Parallèlement, des pluies excessives devraient réduire de 9% et de 7,7 % respectivement la récolte chez les deux premiers producteurs mondiaux que sont la Thaïlande et l’Indonésie. Selon l’Association des pays producteurs de caoutchouc naturel (ANRPC de son sigle anglais), la production en 2011 devrait être stable, voire en légère baisse.

Coton. Le coton a connu des soubresauts cette semaine, les fonds étant intéressés par d’autres marchés, des rumeurs sur la Chine laissant planer un doute sur ses intentions et le dollar affectant l’ensemble du marché. Lundi, le coton est passé en dessous de la barre des 100 cents, à 97,83 cents sur la deuxième position, son plus bas depuis la mi-septembre, tout en demeurant à un niveau très élevé. Rappelons que la fibre a fait un bond de 33% au troisième trimestre, sa meilleure performance depuis 1994.

Oléagineux. Les huiles de soja et de palme devraient s’inscrire résolument à la hausse ces prochains mois, stimulés par de fortes demandes alimentaire et en biocarburants, selon le directeur général d’Oil World, Thomas Mielke. Les cours sur le marché à terme de Chicago devraient inverser leur récentes tendances baissières et atteindre de nouveaux pics à 45 cents la livre d’ici le début de 2011. Cette évolution ne reflète pas une quelconque mauvaise performance de la production de soja mais plutôt une envolée de la demande mondiale en oléagineux, dans les pays émergents certes mais aussi en Europe et en Amérique latine où les politiques en faveur des biocarburants se sont encore affirmées. Une demande ferme qui conduit à puiser dans les stocks et à réduire les disponibilités (production+stocks) globales, explique Thomas Mielke. L’huile de palme, petite sœur de l’huile de soja sur la scène mondiale des oléagineux, suit la même évolution.
Les opérateurs ont les yeux rivés sur cette situation étroite car le moindre incident climatique ou autre qui viendrait perturber la récolte provoquerait de suite une envolée en spirale des cours mondiaux des oléagineux, soja, comme palme, mais aussi colza ou encore tournesol. Tout ceci annonce une grande nervosité sur les marchés et donc une période de grande instabilité des cours, d’autant plus que spéculateurs et investisseurs adorent les marchés nerveux ! L’alarme a déjà été tiré la semaine dernière lorsque l’ensemencement dans certaines importantes zones de production au Brésil a pris du retard, ce qui a fait grimper les graines de soja sur la bourse de Chicago à leur plus haut en 13 mois. De son côté, l’huile retrouvait ses niveaux d’il y a deux ans, à 45,07 cents la livre avant de glisser d’un peu moins de deux points.
A noter que la demande en tourteaux de soja, utilisés comme produit d’embouche, ne devrait pas évoluer à la même cadence que l’huile et son prix devrait s’en ressentir.
De son côté, l’huile de palme de Malaisie, la référence en la matière, s’est inscrite à la hausse hier, stimulée aussi par un dollar au plus bas en 15 ans, ce qui incite les opérateurs chinois et indiens à acheter. La période des festivals achevée, ces deux gros acheteurs, notamment la Chine, doivent reconstituer leurs stocks. Après une semaine de congés, on attendait la réouverture ce vendredi de la bourse de Dalian, en Chine, qui traite les huiles de soja et de palme, ce qui donne le « la » à l’ensemble des marchés mondiaux traitant des oléagineux.

Riz. En septembre, les cours mondiaux se sont une nouvelle raffermis en raison d’une offre d’exportation relativement limitée, souligne Patricio Mendez del Villar dans son bulletin d’information Osiriz. Des incertitudes persistent à propos l’offre à venir compte tenu des mauvaises conditions climatiques qui ont frappé certaines régions rizicoles asiatiques, en particulier dans le Delta du Mékong au Vietnam affecté par une sécheresse et au Nord du Pakistan durement touché par des inondations. Il semble toutefois que les réserves exportables des grands exportateurs mondiaux soient suffisantes pour faire face aux besoins globaux d’importation. Aussi, les hausses actuelles des prix mondiaux pourraient-elles être bien plus limitées que prévu.
En Afrique, la demande d’importation pour la campagne 2010/11 devrait progresser de 7% environ par rapport à la campagne précédente. La production africaine augmente aussi, mais insuffisamment pour faire face aux besoins toujours croissant de consommation, qui progressent de 5% par an en moyenne.

Sucre. Le sucre roux sur le marché à terme de Londres a fait un bond de 4% aujourd’hui sur des achats d’investisseurs et de fonds qui se fondent sur des préoccupations météorologiques dans des zones de production en Afrique du Sud, en Argentine, au Mexique et en Australie. Selon Alex Oliveira, expert sucre chez le négociant américain Newedge, le contrat sucre sur l’échéance mars devrait osciller entre 23 et 24 cents.
Mais le marché a également été porté par les fondamentaux et notamment la nouvelle selon la quelle la raffinerie Al Khaleej à Dubaï aurait acheté 40 000 à 50 000 t de sucre roux à l’Inde pour livraison d’ici novembre.

Thé. Alors que la saison des pluies démarre au Kenya, les prix des thés vendus aux ventes aux enchères de Mombassa ont baissé pour s’établir en moyenne à $ 3,67 le kilo contre $ 3,89 la semaine précédente. Notons qu’une bonne météorologie a boosté les volumes cette année : sur les 9 premiers mois de l’année, 273 800 t ont été vendues aux ventes de Mombassa qui rassemblent des thés provenant de toute l’Afrique de l’Est, soit 28% de plus que sur la même période en 2009. De ce volume global, les thés kényans ont représenté 203 700 t et ceux d’Ouganda 38 700 t contre 153 600 t et 33 000 t respectivement sur cette même période l’année dernière.
En revanche, en Inde, en août dernier, pour le troisième mois consécutif, les exportations de thé ont chuté de 21,5% par rapport à août 2009, à 16 800 t, en raison notamment de l’attaque de ravageurs (helopeltis) en juin et juillet, souligne le Tea Board. La production a baissé à 122 700 t contre 134 400 t un an auparavant. Toutefois, l’industrie n’est pas inquiète car la demande est très soutenue de la part notamment du Pakistan, d’Afghanistan, d’Egypte et même de Russie. A noter que les exportations sur la période janvier-août se sont élevées à 124 100 t contre 114 700 t un an auparavant.

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