07 décembre 2017 - 12:00 |

L'Italie joue la carte du protectionnisme en matière de riz, pâtes, tomates

L'Italie et sept autres pays européens - la France, l'Espagne, le Portugal, la Hongrie, la Grèce et la Roumanie- ont invoqué, le 24 novembre dernier, la clause de sauvegarde et demandé à la Commission européenne de les autoriser à limiter l'importation de riz du Cambodge. Motif : "protéger l'industrie rizicole italienne et européenne".  L'Italie l'aurait déjà invoquée en 2016, demande restée sans réponse, rapporte Euroactiv. Des positions qui rappellent celles africaines, notamment du Sénégal, qui voudrait protéger leur filière rizicole en plein essor (lire nos informations) et ce d'autant plus que l'échéance de l'autosuffisance vient d'être repousée de deux ans.

En effet, les importations de riz du Cambodge auraient doublé ces cinq dernières années, selon Eurostat, des importations qui se font libres de droit en vertu du régime commercial européen "Tout sauf les armes" à l'égard des pays en développement. Il en serait de même du riz birman, note aussi Euractiv, dont les achats européens auraient bondi de 700% entre janvier et août 2017.

Ces importations d'"Indica", ce riz à long grain, s'effectuent au tiers du prix du marché européen, incitant les producteurs européens, au fil des années, à se tourner vers la culture du riz à grain court, le "Japonica", selon le ministre italien de l'Agriculture. L'excédent de production de ce dernier n'a pas tardé, engendrant une chute des prix allant jusqu'à 60%, souligne-t-on.

Il existe en Italie 200 types de riz répertoriés, dont une centaine sont cultivés sur plus de 210.000 hectares, essentiellement dans les régions du nord du pays, dans le Piémont, en Lombardie et en Vénétie. Une vingtaine représente la majeure partie de la production qui totalise environ 1,4 million de tonnes (Mt) de riz, soit la moitié des 2,8 Mt produites dans toute l'Union européenne, précise Euroactiv.

Le travail de dentelle de l'Italie

Suite aux mesures italiennes d’étiquetage des produits laitiers prises en 2016, dans le cadre d’un projet pilote approuvé par la Commission, Rome a introduit toute une série de décrets afin d’étendre l’obligation d’indication du pays d’origine au riz et aux pâtes, et maintenant aux produits à base de tomates. Mais, cette fois, Bruxelles n’a pas été informé à l’avance de ces mesures, censées protégée l’image de marque du « Made in Italy ».

Les mesures de protection du riz européen sont réclamées par les producteurs, via Coldiretti, la plus grande association d’agriculteurs italienne. Notons que la justice italienne a approuvé récemment le décret des ministères de l'Agriculture et du développement économique qui obligera, à compter de février 2018, de spécifier sur l'étiquetage des céréales et du riz, dont les pâtes, l'origine du blé dur. Aipedi, l'association italienne professionnelle représentant plus de 20 producteurs de pâtes dont le géant mondial Barilla, s'y était opposé, mais en vain. Car 30% du blé italien ne répondrait pas aux normes très strictes pour la fabrication de pâtes.

Rappelons, si besoin, que l’Italie est le plus grand producteur de pâtes au monde avec 3,4 millions de tonnes, la moitié étant exportée. .

A l'instar du blé, du riz mais aussi du lait, le gouvernement italien envisage de rendre obligatoire la spécification de l’origine des ingrédients principaux aux produits à base de tomates, afin de valoriser le "Made in Italy" et les agriculteurs italiens. L’initiative survient après la fusion de deux grands exportateurs de tomates : Pomi (connu à l’étranger par la marque Pomito) et De Rica – pour faire face à la concurrence internationale.

* Egalement "L'amélioration de la production de riz en Afrique de l'Ouest n'enrayera pas la hausse des importations ",  "La politique rizicole en Afrique de l'Ouest s'avère payante", et autres articles dans notre onglet "Riz"

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