08 mars 2016 - 15:00 |

La BNDE fait bouger les lignes du financement à l'agriculture au Sénégal

La Banque nationale pour le développement économique (BNDE), banque universelle sénégalaise détenue à 34% par l'Etat et le reste par des privés sénégalais, a pour vocation d'aider les PME-PMI à accéder aux financements bancaires. Elle s'est positionnée il y a deux ans sur l'agriculture avec une approche chaîne de valeur "de la fourche à la fourchette", intervenant sur les tomates, puis le riz et ensuite l'arachide, ainsi que sur les fermes agricoles (horticulture, aviculture, …).

Entretien avec Abdoulaye Gaye, chargé de relation d'affaires chaîne de valeur agricole, présent au Salon international de l'agriculture (SIA) à Paris la semaine dernière sur le stand Sénégal.

 

Pourquoi la BNDE a-t-elle jugé utile de s'intéresser au secteur agricole alors qu'il existe au Sénégal une Caisse nationale de crédit agricole (CNCAS) ?

On a constaté que l'accès aux financements des PME et PMI agricoles étaient très faible. Nous avons donc voulu pousser les périmètres de garantie des banques classiques au secteur de l'agriculture et aujourd'hui, sur la commercialisation du riz local, la BNDE a permis de déstocker toute la production rizicole de la Vallée du fleuve Sénégal.

Nous faisons cela depuis un an, février 2015, après avoir constaté l'ampleur de la mévente de la production record dans la Vallée. La BNDE s'est donc positionnée pour accompagner l'Etat au niveau de sa politique rizicole et depuis février 2015, il n'existe plus de stocks de riz blanc en souffrance dans la Vallée

Qu'apportez-vous de plus au producteur rizicole par rapport à la CNCAS ?

C'est notre approche de chaîne de valeur qui est différente. Nous allons "de la fourche à la fourchette". Nous permettons aux producteurs de disposer d'intrants agricoles, de cultiver, de transformer et de pouvoir vendre.

Nous préfinançons les intrants et nous positionnons aussi au niveau des riziers –les transformateurs, et les importateurs. Le transformateur passe des crédits fournisseurs avec des producteurs qui le fournissent en matière première. A ce niveau, il doit disposer de suffisamment de volumes. Dès que la transformation est terminée, nous faisons entrer en jeu les importateurs. Car le Sénégal est un grand importateur de riz ; il dépense chaque année plus de FCFA 200 milliards pour ces  importations. La BNDE a demandé de pouvoir créer une plateforme de mise en marché afin de positionner ces importateurs sur la commercialisation. Ce sont donc les importateurs qui achètent toute la production qui sort des usines et qui la mettent sur le marché. Et ça se passe très bien.

Donc votre garantie est le nantissement du riz…

Oui. Nous avons même innové pour mettre un tiers détenteur en interface qui joue le rôle de régulateur à ce niveau et qui nous permet de réguler la production et la qualité.

L'innovation porte aussi sur le fait que nous avons fait une campagne promotionnelle du riz local et les ménages sénégalais commencent à se l'approprier. Nous combattons ainsi les clichés colportés selon lesquels le riz importé est de meilleure qualité. Alors que sur le plan organoleptique on constate que le riz local est plus digeste, plus facile à consommer.

Quels sont vos volumes de prêts sur le riz?

On est à plus de FCFA 3 milliards sur la chaîne de valeur. Sur le volet collecte et transformation, la BNDE avait dégagé, en mars 2015, FCFA 2 milliards. le Avec cela, les transformateurs ont pu collecter et transformer. Ensuite, on met un crédit d'export sur les distributeurs, ce qu'on appelle communément les importateurs de riz. Les crédits export leur permettent de rembourser le crédit transformation qu'on avait déjà alloué aux industriels. Et, eux, qui ont une surface financière très appréciable, avec des sûretés réelles, remboursent tout le surplus.

Quelles sont vos ambitions pour 2016 ?

Selon les prévisions, on aura un effet volume en 2016. Rien que durant la contre-saison, on espère emblaver plus de 50 000 ha, ce qui permettrait de prévoir un approvisionnement en riz blanc de 300 000 t au Sénégal cette année. Si on multiplie ces 300 000 t au prix à l'unité, nous espérons dégager une enveloppe de FCFA 9 milliards pour accompagner la transformation et la commercialisation.

Le Sénégalais consomme 75 kg par an de riz. Si on atteint l'autosuffisance, le Sénégal pourra améliorer son taux de croissance de 3 points.

Quid des autres spéculations que le riz?

Avant d'intervenir au niveau de l'agriculture, on s'était déjà impliqué dans l'économie rurale et on avait pu constater que 3 céréales souffrent de déficits de financements : le mil, l'arachide, le riz. Aujourd'hui, nous avons pu accompagner la filière arachidière, avec plus de FCFA 3 milliards pour les transformateurs-collecteurs. Nous les avons mis en relation avec des industriels, pour exporter vers la Chine.

Dans le cadre de notre approche chaîne de valeurs, nous avons demandé à ce que ces opérateurs chinois aient des sociétés de droit sénégalais ou des comptes bancaires pour les mettre en relation avec les opérateurs qui collectent, décortiquent car c'est de l'arachide décortiquée qui part en Chine. Donc tous les maillons de la chaine sont accompagnés par des crédits appropriés.

Si je suis petit producteur, pourquoi irais-je vers la BNDE plutôt que la CNCAS ?

C'est la mitigation des risques car nous avons un financement assez innovant. Nous ne demandons pas, comme les banques classiques le faisaient, des garanties sur le terrain. Nos taux d'intérêt sont très attractifs, de l'ordre de 7% hors taxe ce qui, en Europe, peut paraître élevé mais au Sénégal, il n'y a pas de subvention de l'Etat.

Avez-vous d'importants défauts de remboursement ?

Il n'y a pas de problème. J'ai un taux de couverture très appréciable et donc une déperdition de moins de 2% de façon globale car nous accompagnons aussi des fermes agricoles qui font de l'exportation.

 

Sur la BNDE, lire aussi http://www.commodafrica.com/07-05-2015-reprise-de-lactivite-textile-au-s...

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