09 mars 2015 - 00:00 |

Les premiers chargements de coton béninois acheminés au Togo

Le gouvernement béninois a donné son feu vert pour que le coton puisse être égrené dans des pays frontaliers comme le Togo, mais aussi le Niger et le Burkina Faso, rapporte aujourd’hui la presse locale.

Pour cette sortie de l’or blanc du Bénin, le premier convoiement de camions est parti dans la soirée du samedi 7 mars, est passé de Kprêkêtê pour le Togo. Au total, 7 camions titans chargés de coton, dont 4 le samedi et 3 dimanche 8 mars, sont entrés sur le territoire togolais _via la frontière de Kprêkêtê. C’est l’usine de Talo à Atakpamé au Togo qui serait chargée d’égrener ce coton béninois, souligne actubenin.com.

Sur cette campagne, 20 000 t de coton béninois seraient acheminés vers le Togo. Une décision, comme souvent celles liées au secteur coton, qui soulève une très forte polémique dans le pays, certains préférant rester fidèle en matière d’égrenage aux usines du groupe Talon et à la Sodéco face au nouvel entrant Fludor Bénin détenu par des capitaux indiens via sa holding en Irlande Tropical General Investment (TGI).

La production béninoise de coton graines est estimée entre 350 000 t et 400 000 t,, selon le directeur général de la Société nationale poru la promotion agricole (Sonapra). Elle aurait été de 310 000 t en 2013/14, en hausse de 22%, selon Ecobank.

Une filière toujours très polémique

Cette exportation de coton brut s’inscrit dans un contexte cotonnier, traditionnellement, très polémique au Bénin. Rappelons que depuis avril 2012, l’Etat a repris en main (provisoirement mais sans donner de date butoir) la filière. Il avait alors rompu les contrats le liant au groupe Talon accusé de détournement de deniers publics (en conseil des ministres du 25 septembre 2013, l’Etat a ramené de 51% à 33,5% la participation de Patrice Talon dans le capital de la Société pour le développement du coton, Sodeco), suspendu l’accord-cadre délégant la gestion de la filière au secteur privé via l’Association interprofessionnelle du coton (AIC) et pris le contrôle de la gestion de la filière par l’intermédiaire de la Sonapra, en excluant l’AIC et la Fédération des unions de producteurs (Fupro). Le gouvernement avait alors décidé que les égreneurs travailleraient dorénavant à façon, c’est-à-dire qu’ils percevraient une rémunération à la tonne; auparavant, ils achetaient le coton pour le revendre. Un bouleversement qui n’a jamais été accepté par les égreneurs qui estiment la rémunération insuffisante.

Au-delà, le cabinet Mazars, dans son audit de la filière en 2012, avait fait état de nombre de dysfonctionnements, rappelle un observateur financier interrogé par commodafrica. C’est, d’ailleurs, ce qui a conduit deux banques, la Société générale et Orabank, à quitter le pool bancaire finançant la campagne cotonnière.

L’audit souligne, notamment, l’absence de chiffres précis dans les comptes d’exploitation et de trésorerie de la filière, l’absence de systèmes comptable et financier formalisés et de documents probants retraçant la situation des dettes et des créances pour l’ensemble de la campagne, des problèmes d’organisation et de transparence à tous les niveaux, d’absence de coordination entre intervenants.

Le rapport fait part aussi de l’absence de fiabilité des prévisions d’emblavure, donc de surdimensionnement des achats d’intrants, alors que parallèlement on a assisté à une baisse de productivité : selon Mazars, on serait passé de 1052 t/ha en 2008/09 à 684 t/ha en 2012/13) et de baisse de qualité de façon générale.

Au total, le déficit de la campagne 2012/13 était estimé à FCFA 18,3 millions sous réserve de la valorisation à FCFA 13,5 milliards du stock d’intrants restants. Il ressortirait un gap de trésorerie deFCFA 29,4 milliards en fin de campagne sur l’ensemble de la filière, poursuit l’observateur interrogé.

Quant à l’usinage, il semble difficile d’avoir une idée précise de la situation actuelle des relations entre les égreneurs et l’Etat. ” Fludor a fait une proposition pour une expérience de zonage pour usiner le coton dans une zone du Sud Bénin qui a été mal pris par le groupe Talon et un certain nombre d’autres acteurs, mais les difficultés de l’Etat avec les égreneurs sont antérieurs à ce problème.

Le modèle de zonage, c’est-à-dire la gestion d’une zone de coton par un seul opérateur qui a l’ensemble des attributs de la filière à savoir l’achat et la distribution des intrants, l’achat du coton graine, l’égrenage et la revente, est un modèle qui a été expérimenté avec un certains succès dans certains pays et la Banque mondiale y réfléchissait. Mais ce qui étonnerait certains, s’agissant du Bénin, est le zonage limité à une seule région.

En réalité, il existe peu d’éléments tangibles sur la situation précise de la filière. ” En terme de bon sens, on se dit que les relations avec les égreneurs ne doivent pas être totalement clarifiées puisqu’on est obligé d’aller égrener ailleurs. Après il faudrait avoir une analyse fine : est-ce que pour certaines régions, il n’est pas plus facile d’aller au Togo pour des raisons d e proximité ? En tous les cas, cela semble être une première dans les années récentes.

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