09 avril 2010 - 00:00 |

La Chronique Matières du Jeudi

La crise grecque pèse sur l’euro et les marchés des matières premières

(08/04/10)

Pour la troisième journée consécutive, les prix des matières premières ont baissé sur les marchés à terme de New York, réagissant à la fermeté du dollar et à l’inquiétude parmi les investisseurs que les prix ne reflètent pas actuellement la réelle situation de la demande. La crise de la dette grecque continue à peser sur l’euro, ce qui mécaniquement renchérit le dollar. Or, la plupart des matières premières étant cotée en dollars, le renchérissement du billet vert les rend plus onéreuses pour les investisseurs non-américains.

Cacao. La fève a perdu £ 120 la tonne à Londres en une semaine. Non seulement la campagne cacaoyère tire à sa fin dans les principaux pays producteurs, mais l’affaiblissement de l’euro face à la livre sterling et au dollar joue à plein. A noter que le ratio qui détermine le prix du beurre par rapport à la fève est à 1,70 alors qu’il a touché un plus bas de 1,45. Globalement, le marché est dans l’attente de la publication la semaine prochaine des broyages aux Etats-Unis et en Europe : ils pourraient être en hausse, notamment outre-Atlantique. Ceci pourrait réenclencher un franc mouvement haussier car les fondamentaux demeurent bons avec une production ghanéenne en baisse de 6,8% par rapport à la même période l’année dernière. Au 25 mars, les acheteurs privés avaient déclaré 516 468 t au Cocobod depuis le début de la campagne en octobre contre 554 413 t sur la même période en 2008/09. Quant à la Côte d’Ivoire, les arrivages aux ports ont atteint les 881 311 t au 31 mars contre 893 513 t à la même période l’année dernière. Toutefois, une pluviométrie adéquate pourrait donner lieu à une belle récolte intermédiaire.
Côté Indonésie, les opérateurs se précipitent pour exporter avant que la taxe à l’exportation n’entre en vigueur au cours de ce mois. De ce fait, les exportations à partir de la principale région productrice, Sulawesi, ont fait un bond de 58,5% en mars par rapport à il y a un an, avec 18 465 t d’exporter contre 11 648.
A noter que le chocolatier suisse Barry Callebaut a estimé que le marché mondial du chocolat avait franchi le creux de la vague au premier trimestre et il anticipe une légère amélioration au deuxième semestre de cette année. Le numéro un mondial du chocolat industriel a confirmé ses objectifs financiers à trois ans après avoir fait état d’une hausse sensible de son chiffre d’affaires au premier semestre, à fin février. Le groupe a annoncé un bénéfice net semestriel de 145,7 millions de francs (102,5 millions d’euros), en hausse de 1,6% sur un an. Le chiffre d’affaires a progressé de 4,5% en francs et de 8,4% en monnaies locales, à 2,66 milliards de francs après 2,54 milliards un an plus tôt et contre 2,623 milliards attendus. Les volumes se sont accrus de 7,8% à 659 536 tonnes. Le groupe a fait état d’une meilleure utilisation des capacités de production ainsi que d’une diminution des coûts d’énergie, de personnels et de maintenance.

Café. Sur les marchés du café, la semaine a été très calme suite aux fêtes pascales. Les cours ont un peu baissé sur les marchés à terme, par manque d’enthousiasme et sans doute en réaction à la fermeté récente du dollar. Les torréfacteurs demeurent toujours très discrets, à l’exception de quelques opérations d’achat de la « main à la bouche » (« hand to mouth »).
En Arabica, les différentiels évoluent peu, même sur les lavés d’Amérique centrale malgré le manque d’offre. En Robusta, il en est de même. Les cafés asiatiques sont un peu plus attractifs en différentiels mais restent toujours plus élevés que le spot.
Aux ventes aux enchères en Tanzanie qui se sont tenues le 1er avril mais dont le Tanzania Coffee Board (TCB) n’a publié qu’aujourd’hui les prix, ces derniers ont encore baissé face à une offre de qualité relativement médiocre, la campagne touchant à sa fin. Sur les 7 665 sacs de 60 kilos offerts, 6 100 ont trouvé preneurs, le prix moyen ayant baissé de $ 12,78 le sac. Les volumes restant seront présentés à nouveau lors de la dernière vente aux enchères de la campagne qui se tiendra dans deux semaines. Selon les prévisions du TCB, la récolte 2009/10 (juin à avril) baisserait à 50 000 t contre 68 331 t en 2008/09.
Quant à l’Ouganda, également en queue de campagne, les exportations ont baissé de 15% à 217 809 sacs de 60 kgs au mois de mars, selon des chiffres publiés aujourd’hui par l’Uganda Development Authority. Selon ses dernières prévisions, la récolte 2009/10 ne serait que de 3,1 Ms contre les 3,4 Ms initialement attendus.

Caoutchouc. Après avoir atteint un plus haut en 20 mois, le prix du caoutchouc naturel sur le marché à terme de Tokyo s’est replié aujourd’hui sur des prises de bénéfice et des prix du pétrole en baisse. Or, un prix du brut en baisse rend plus compétitif le caoutchouc synthétique par rapport au naturel.
En Côte d’Ivoire, l’entreprise SAPH a annoncé aujourd’hui des bénéfices nets en chute libre de 69%, à FCFA 6,29 milliards en 2009 contre 19,97 milliards en 2008.Le chiffre d’affaires n’a été que de 75,60 milliards contre 104,94 milliards en 2008. Une chute qui est plus importante que ce à quoi s’attendaient les analystes.

Huile de palme. L’huile de palme a, elle aussi, subi à sa façon la crise financière grecque ! La situation tendue a touché pêle-mêle l’ensemble des marchés dont l’huile de palme, notamment du fait du renchérissement du ringitt de Malaisie.
Par ailleurs, en France notamment, le débat fait rage autour de l’utilisation de l’huile de palme et l’impact de sa production sur la déforestation en Asie après la publication d’études alarmantes par le WWF. Findus, par exemple, le numéro un du surgelé en France, a déclaré ne plus utiliser d’huile de palme au bénéfice de l’huile de colza. Casino a également annoncé qu’il garantirait sur 200 produits la non utilisation de l’huile de palme d’ici la fin de l’année et 370 autres produits suivraient. Idem chez Auchan. Les Français ne sont pas les seuls : suite au rapport de WWF, Unilever et Nestlé ont mis un terme aux contrats qui les liaient avec Sinar Mas et IOI. Le débat fait cependant rage, les producteurs déclarant pour leur part que le remède risque d’être plus dangereux à terme que la maladie !

Sucre. Les sucre blanc et roux ont terminé à New York et à Londres en légère hausse mais pour des raisons différentes. Les opérateurs sur le roux avaient le regard tourné vers Moscou aujourd’hui où se déroulait une réunion sur la modification éventuelle du mode de calcul des droits d’importation du sucre. Elle pourrait intervenir qu’à partir du 1er juin ce qui signifierait que les importations seraient taxées à $ 50 la tonne en mai et pourraient passer à $ 200 en juin. La taxe est actuellement de $ 140 la tonne. Rappelons que la Russie est le troisième importateur mondial de sucre.
Au Brésil, la récolte a démarré dans la région centre-sud où les pluies suscitent quelques préoccupations.

Riz. En mars, les cours mondiaux ont une nouvelle fois baissé cédant 7% en moyenne, rapporte Patricio Mendez del Villar dans sa note de conjoncture Osiriz. Depuis le début de l’année, les cours ont chuté entre 10% et 20% selon les origines. La demande mondiale reste relativement faible car les importateurs anticipent de nouvelles baisses. Une reprise significative de la demande ne devrait pas intervenir avant le mois de mai. En attendant, les agences publiques de gestion des principaux pays exportateurs achètent massivement du riz pour tenter de soutenir les prix internes. Certaines prévisions indiquent des remontées des prix vers la fin de l’année en raison d’un regain de la demande mondiale et d’une baisse de la production due à des conditions climatiques défavorables que subissent certains pays d’Asie, notamment en Chine.
En Afrique, la reprise de la production 2009/10 tendrait à se confirmer avec une hausse de 5% par rapport à la compagne précédente, essentiellement en Afrique de l’Ouest. En Afrique de l’Est par contre, la production serait en faible progression. Les importations en 2010 devraient pour leur part se maintenir stables grâce à des stocks suffisants.

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