09 juin 2016 - 22:15 |

La Chronique Matières du Jeudi (09/06/2016)

De l’Arabie saoudite à l’Indonésie, plus d’un milliard de musulmans ont commencé lundi à célébrer le Ramadan, tandis qu'en Chine, les marchés sont fermés aujourd'hui et demain pour le festival du Bateau du Dragon.

 

CACAO

Le cacao termine la période sous revue en hausse, à $ 3 088 la tonne sur l'échéance septembre à New York et £ 2 249 la tonne sur le marché à terme à Londres, alors qu'il était à $ 3 030 et £ 2 226, respectivement, vendredi dernier.

Pourtant, au fil des jours, la Côte d'Ivoire, n°1 mondial du cacao, se résigne à des volumes en baisse sur cette campagne 2015/16 qui s'achèvera fin septembre et qui devrait être inférieure à 1,6 million de tonnes (Mt). Un volume, ceci dit, non négligeable mais décevant par rapport aux deux dernières campagnes record dont 1,8 Mt atteint la campagne dernière. La baisse est estimée entre 220 000 et 250 000 t. En cause ? La météo. Le pire harmattan en trois décennies, puis le manque de pluies entre janvier et avril, période critique pour le développement des cabosses qui sont récoltées durant la campagne intermédiaire qui courre d'avril à septembre. Une baisse des volumes mais aussi une baisse de la qualité et la taille des fèves, ce qui occasionne de très importants rejets de qualité lors de l'export (lire nos dernières chroniques).

Ainsi, entre le 1er octobre, début de la campagne 2015/16, et le 5 juin, les arrivages de fèves aux deux ports ivoiriens d'Abidjan et de San Pedro, ont totalisé 1 326 000 t, estiment les exportateurs, contre 1 469 000 t sur la même période en 2014/15.

Au mois de mai, le Cameroun, 4ème producteur mondial de fèves,  a exporté 3 205 t contre 5 780 t en avril et 7 610 t en mars, une baisse qui s'explique par le démarrage de la campagne intermédiaire, toujours plus faible, selon les chiffres de l'Office national café cacao (ONCC). De ce volume total en mai, Olam a acheté 1 424 t, AMS 551 t et Telcar environ 300 t.

La Russie a fortement augmenté ses importations de fèves de cacao sur les 4 premiers mois de l'année, à 11 400 t contre 8 700 t sur la même période l'année dernière.

CAFE

Le spectre des gelées au Brésil, qui a fait trembler le marché du café des décennies durant, serait-il de retour ? Difficile à dire à ce stade mais la prévision par le service météorologique Somar de cas isolés de gel dans les zones de production au Sud du pays, a fait grimper hier et aujourd'hui les prix tant sur le marché à terme du café que du sucre à New York. L'Arabica a atteint son plus haut en 13 mois, à $ 1,45 la livre contre $ 1,271 vendredi dernier.

En outre, cette semaine le réal brésilien a gagné en valeur, ce qui restreint les ventes et fait grimper les prix. A cela se sont ajoutés des achats spéculatifs sur les marchés du café.

Le Robusta, quant à lui, a emboîté le pas de l'Arabica, touchant $ 1 718 la tonne, son niveau de prix le plus élevé en 10 mois, contre $ 1 641 la tonne vendredi dernier. Certes, hier, il a un peu perdu suite à des ventes de café en Asie, mais il demeure à des niveaux les plus élevés en 9 mois de marché car la demande mondiale est forte face à une offre restreinte. En effet, les torréfacteurs américains achètent habituellement, de préférence, des Robusta du Brésil, les fameux "conilons, mais les stocks de conilons diminuant comme neige au soleil en raison de la faible récolte actuelle au Brésil de Robusta (155 570 t au 7 juin contre 181 790 t au 28 février), les Américains se tournent vers le Vietnam. Ce qui ne fait pas, pour autant, grimper le prix des Robusta vietnamiens puisque cette semaine ils se sont vendus à prime de seulement $ 20 à 30 la tonne par rapport au marché à terme de Londres pour un Grade 2, 5% grains noirs et brisures, contre $ 30 à 40 la semaine précédente.

A noter qu'au Brésil, la récolte suit son cours. Ainsi, 26% est déjà achevée au 7 juin contre 24% en moyenne ces dernières années à pareille époque mais 28% l'année dernière ; 18% des 42,8 millions de sacs de 60 kg (Ms) attendus d'Arabica contre 16% en 2015 et 49% des 13,6 Ms de Robusta en prévision contre 50% en moyenne ces dernières années mais 64% en 2015.

En Colombie, la production en mai a été de 1,16 Ms de café lavé, le même volume qu'en mai 1015, selon la Fédération nationale des planteurs de café. Mais les exportations ont baissé de 8% à 920 000 t. Sur les 12 mois, à fin mai, la production a augmenté de 16% par rapport à mai 2014-mai 2015, à 14,55 Ms. Ceci dit, les camionneurs ont démarré mardi une grève illimitée tandis que les agriculteurs (pas nécessairement les caféiculteurs) ont bloqué certaines routes, demandant une aide pour couvrir leurs coûts croissants.

Au Kenya, les prix les plus élevés se sont inscrits en hausse aux ventes aux enchères qui se sont tenues mardi. Le Grade AA a trouvé preneur dans une fourchette de prix allant de $ 51 à $300 le sac de 50 kg contre $ 46 à $263 la semaine précédente. Pour le Grade AB, les prix ont été de $ 50 à $262 contre $ 34 à $257.

Les importations russes de café ont augmenté, passant de 46 400 t entre janvier et avril 2015 à 55 600 t sur ces 4 mêmes mois cette année.

CAOUTCHOUC

Le caoutchouc a continué à plonger aujourd'hui sur le marché de référence de Tokyo, tombant à son niveau de prix le plus bas en 4 mois, à 150,8 yens ($ 1,42) le kilo. Une des raisons? Le raffermissement du yen qui, de facto, provoque une baisse des achats car il les renchérit, et donc une baisse des prix. Mais cela n'expliquerait pas tout, souligne un trader à Tokyo : les agissements de spéculateurs seraient aussi à l'origine de la baisse, des spéculateurs qui veulent profiter d'un marché plutôt calme en l'absence des opérateurs chinois qui fêtent le Bateau du Dragon. Troisième facteur baissier : des chiffres macro-économiques décevants en Chine, avec une baisse des exportations en mai plus élevée qu'anticipée. Sans oublier que l'offre de caoutchouc est plutôt élevée.

Une situation plutôt déprimante à laquelle il faudra s'habituer, du moins ces 3 prochains mois, estime l'Association des pays producteurs de caoutchouc naturel (ANRPC). Selon son rapport mensuel publié mardi, l'offre mondiale de caoutchouc naturel augmentera de 0,3% en 2016, soit nettement moins que les 0,8% en 2015 ou encore les … 5% en 2014 ! L'offre des pays membres de l'ANPRC, qui représentent 92% de l'offre mondiale de caoutchouc naturel, devrait être de 11,07 Mt en 2016, en hausse de 1,1% sur 2015. En réalité, souligne Sheela Thomas, secrétaire-général de l'ANRPC, la baisse des rendements a compensé la hausse des superficies.

En outre, des taxes anti-dumping et compensatoires que les Etats-Unis imposent sur certains pneus de fabrication chinoise vont impacter la demande de Pékin en caoutchouc naturel. A ceci s'ajoutent des perspectives globales incertaines quant à l'évolution des cours du pétrole et la faiblesse de monnaies d'un certain nombre de pays producteurs de caoutchouc naturel, ce qui impacte la filière. Rappelons que la Thaïlande représente 36% de la production mondiale de caoutchouc naturel, l'Indonésie 26%, puis viennent le Vietnam, la Chine, la Malaisie et l'Inde.

A Sumatra, le gouvernement entend régénérer les plantations d'hévéa en cultivant du maïs en interlignage. Un projet pilote a été lancé cette semaine sur une superficie de 10 ha dans le district de Banyuasin au Sud de Sumatra.

COTON

Le prix du coton ne cesse de grimper sur le marché à terme de New York. Hier, pour la quatrième séance consécutive, la fibre a encore gagné en valeur, touchant son prix le plus élevé en 9 mois, à 65,96 cents la livre. La raison? Les inondations dans les zones de production aux Etats-Unis. A ceci se greffent un dollar en baisse et une bonne demande pour la fibre sur le marché international.

Face à cela, les exportations du n°1 mondial, l'Inde, sont quasiment à l'arrêt car les prix sur le marché local ont fortement augmenté (+10% en 1 mois) en raison de la sécheresse ; la mousson vient de s'amorcer dans l'importante région de production au Kerala, avec un jour de retard sur les prévisions et surtout alors que la sécheresse impacte fortement la filière. Des importateurs majeurs de coton, comme le Bangladesh, le Pakistan ou encore le Vietnam se sont tournés vers d'autres fournisseurs que l'Inde, notamment vers le Brésil, l'Australie et les Etats-Unis. Une situation qui est loin de les arranger car les coûts de fret sont beaucoup plus élevés du fait de la distance accrue.

L'Inde devrait produire 34,1 millions de balles de coton en 2015/16 qui a démarré le 1er octobre contre 38,3 millions la campagne dernière, selon l'Association du coton d'Inde (CAI).

HUILE DE PALME

Pour la quatrième séance consécutive, l'huile de palme sur le marché à terme de Kuala Lumpur a baissé aujourd'hui. Sur la semaine, elle devrait avoir perdu près de 3% de sa valeur. A la clé, un ringitt, la monnaie malaysienne, en hausse face au dollar, ce qui renchérit de facto l'huile de palme face à ses concurrentes, notamment le soja.

En Malaisie, les chiffres d'export pour le mois de mai seront annoncés officiellement demain, mais on s'attend à des stocks en baisse de plus de 8% à 1,64 million de tonnes par rapport au mois d'avril. En avril, les exportations avaient fait un bond de 13,1%, notamment en raison d 'achats importants pour se préparer au Ramadan qui a démarré lundi 6 juin. Cette demande en hausse de 13,1% est à mettre en parallèle avec une hausse de seulement 3,9% de la production sur ce même mois.

En revanche, sur le marché du physique à Rotterdam, la force du ringitt et la hausse des prix du soja ont soutenu le cours de l'huile de palme hier. L’Union européenne qui a importé environ 6 700 000 tonnes d’huile de palme en 2015, faisant d’elle le deuxième plus gros importateur après l’Inde, a-t-il été souligné lors de la conférence RSPO (Roundtable on Sustainable Palm Oil) qui s'est tenue à Milan cette semaine. La RSPO qui se félicite de l'"augmentation des engagements en matière d’huile de palme durable. Le nombre de rapports annuels soumis a augmenté de 75% cette année, comparé à une augmentation de 68% en 2015". Le nombre d’entreprises participant à la RSPO a augmenté de 15% depuis 2015, la RSPO comptant dorénavant 2852 membres.

Pêle-mêle, notons que la Russie a annoncé, vendredi dernier, sans doute ne pas imposer de taxe à l'importation d'huile de palme. Si ce devait être le cas, ce serait à partir du 1er juillet. D'autre part, côté production, 10 000 palmiers seront plantés à la frontière du Nord-Est du Cambodge avec le Laos, dans la province de Stung Treng ces 5 prochaines années.

RIZ

On a constaté un ralentissement de l'activité cette semaines sur le marché asiatique du riz et ce malgré des prix vietnamiens faibles et donc attirants. Ce qui n'a pas été le cas de la Thaïlande, ses prix faisant un bond et touchant leurs niveaux les plus élevés depuis 20 mois car ses disponibilités sont actuellement étroites sur le marché local : les stocks des exportateurs sont faibles et la seconde récolte décevante. Une situation plutôt délicate car le deuxième exportateur mondial derrière l'Inde, doit vendre aux enchères 2,24 millions de tonnes (Mt) le 15 juin.

Ainsi, les Thaï 5% brisures ont trouvé preneur cette semaine dans une fourchette de prix très large, allant de $ 418 à 437 FOB Bangkok. Ce prix maximum de $ 437, contre $ 420 la semaine dernière, est son niveau le plus élevé depuis octobre 2014.

Au Vietnam, 3ème exportateur mondial, les prix ont baissé cette semaine car la demande est plutôt faible et la qualité médiocre, mais aussi parce que les exportateurs ont maintenant accès à des financements meilleur marché. Les acheteurs chinois et philippins sont relativement absents, la Chine ayant elle-même organisé des ventes aux enchères de son riz stocké le 27 mai ; les Philippines, de leur côté, sont plutôt bien dotées en riz actuellement.

Les 5% brisures du Vietnam de la récolte hiver-printemps ont baissé à $ 375 la tonne FOB Saïgon contre $ 375-380 la semaine dernière, tandis que les qualités plus faibles été-automne ont glissé à $ 365 contre $ 365-370 précédemment.

Ceci dit, la pluie est revenue le mois dernier sur le Delta du Mékong ; la sécheresse et la salinisation y avaient atteint un niveau record depuis 90 ans.

SUCRE

La prévision de cas de gelées isolés du service météorologique Somar a fait grimper aujourd'hui les prix sur le marché à terme du sucre roux à New York à leurs plus hauts niveaux en deux ans et demi. La livre de sucre roux a touché un plus haut de 19,82 cents, tandis que le sucre blanc a atteint un pic de $ 530,40 la tonne. En début de période sous revue, le 3 juin, ces prix étaient respectivement de 18,75 cents et $ 507,30.

Ceci dit, les craintes de gelées ne portent pas sur la ceinture même de production de canne à sucre, et "les pertes seraient négligeables", souligne le courtier James Kirkup d'ABN AMRO Markets. Mais l'annonce vient renforcer un sentiment de déficit de l'offre sucrière qui fait caracoler les cours du sucre depuis fin février.

En effet, ces derniers mois, on évoque un déficit mondial, puis plus récemment des journées de broyage perdues, début juin, dans le centre-sud du Brésil car il pleuvait trop.

En Russie, les importations de sucre roux ont baissé à 185 700 tonnes (t) sur les 4 premiers mois de l'année, contre 371 400 t sur la même période l'année dernière. En revanche, les achats de sucre blanc ont atteint 16 400 t contre 15 700 t de janvier à avril.

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