09 septembre 2010 - 00:00 |

La Chronique Matières du Jeudi

La sérenité à rude épreuve

(09/09/10)

L’annonce d’une enquête menée par la China Securities Regulatory Commission dans les transactions sur le marché à terme du caoutchouc de Shanghai a provoqué aujourd’hui un petit vent de panique sur l’ensemble des marchés à terme chinois, entraînant la baisse des cours non seulement du caoutchouc naturel, mais aussi de métaux de base, du pétrole et des huiles végétales.
Selon certains analystes, une firme de négoce aurait constitué une position longue de 60 000 tonnes (t) de caoutchouc qu’elle aurait été sommée par le régulateur chinois des marchés à terme de vendre. Au-delà de l’évènement per se, les opérateurs sur les marchés à terme ont pris peur, voyant en cela le début de contrôles chinois étroits sur la volatilité des prix des matières premières cotées, contrôles qui seraient, selon certains observateurs, guidés par la volonté des autorités chinoises de maîtriser l’inflation des prix des produits alimentaires.

Blé. Les cours du blé sur le marché à terme de Chicago sont repartis à la hausse aujourd’hui, regagnent les 2% qu’ils avaient perdu hier. Rien d’étonnant au vu des perspectives fabuleuses d’exportations américaines de blé qui devraient atteindre 37 Mt cette campagne 2010/11 contre 24 Mt seulement la campagne dernière. Pour sa part, selon la premier estimation de FranceAgriMer pour cette campagne céréalière qui s’ouvre, Paris devrait voir ses ventes hors UE atteindre les 11 Mt contre 10 millions la campagne dernière, année qui avait déjà été record.
La France se taille la part du lion sur les marchés africains, notamment égyptiens. Depuis le début du gel des exportations russes, à la mi-août, le Caire a déjà acheté à la France plus d’un million de tonnes, dont 240 000 t cette semaine, tandis que l’Algérie s’est portée à l’achat de 600 000 t hier, probablement du blé français.
A noter que l’Egypte a pris très rapidement des mesures face à la carence russe afin de ne pas encourir de risques de pénurie de pain dans ce pays de 78 millions d’habitants, premier importateur mondial de blé avec quelque 5,5 Mt achetées par appels d’offres internationaux en 2009/10, sur une consommation moyenne nationale annuelle de 14 Mt.
Le pays disposerait des ressources financières (les réserves en devises de la banque centrale seraient de $ 35 milliards grâce à une croissance économique nationale de quelque 5%) et des stocks de blé nécessaires pour faire face à la situation, assurent les autorités. Elles se veulent rassurantes, emboîtant le pas à la FAO qui affirme que la situation céréalière mondiale actuelle n’a rien à voir avec la crise alimentaire de 2007/08 : on sort de deux très belles récoltes de blé au niveau mondial. Le Caire estime devoir dépenser £E 2,5 à 4 milliards en 2010/11 pour compenser la défaillance russe et assurer à sa population une alimentation céréalière à prix subventionnés. En effet, depuis le début du mois d’août, le Caire paie entre $ 280 et 290 la tonne de blé importé de France, du Canada et des Etats-Unis, contre seulement $ 165 payé à la Russie en juin lorsque ce pays exportait encore. Rappelons que début 2008, l’Egypte a payé jusqu’à $ 480-490 son blé importé.

Cacao. La perspective de belles récoltes en Afrique de l’Ouest pèse sur les cours internationaux du cacao qui ont chuté aujourd’hui de £ 31 à Londres, à £ 1 876 la tonne. Il s’agit de son plus faible niveau en un an.
Dans les pays producteurs, les achats au Ghana ont totalisé 625 936 t au 25 août, soit 9% de moins qu’à pareille époque l’année dernière. La achats durant la campagne intermédiaire n’auraient été que de 38 770 t contre 63 000 t en 2008/09 : en juin, le directeur du Cocobod avaient déclaré tabler sur 50 000 t pour cette petite récolte, ce qui aurait porté la récolte globale à 637 000 t soit déjà en-deçà de l’objectif qui avait été fixé à 710 000 t. La campagne 2009/10 s’est donc officiellement achevée aujourd’hui sur un ton morose face à cette baisse des volumes que les autorités attribuent à la contrebande avec la Côte d’Ivoire.
Au Cameroun, cinquième exportateur mondial, les exportations sur la nouvelle campagne 2010/11 ont démarré il y a cinq semaines. Un total de 3 958 t ont déjà été exportées. Rappelons que 197 000 t de cacao avaient été exportées en 2009/10 (août à juillet), en baisse de 4% sur 2008/09.
Côté industrie, Barry Callebaut a signé un accord d’approvisionnement avec le géant américain Kraft Foods à qui il fournirait l’essentiel du cacao nécessaire à sa production.

Café. On a assisté cette semaine à une nouvelle hausse spectaculaire sur le marché du café à New York : après être redescendu a 181 cents la livre, le marché est aussitôt remonté pour casser les plus hauts (188,50 cents) et atteindre 198,65 cents mercredi. C’est le plus haut atteint en plus de 13 ans de marché.
Les explications sont nombreuses, voire hasardeuses, note un trader: « les fortes pluies en Amérique centrale, un café de Colombie qui est cher, 11 000 lots de call options base 200 à New York, la crainte de sécheresse au Brésil, etc…. Malgré tout le marché à terme reste déconnecté de la réalité de l’offre et de la demande réelle. Ce qui pose un sérieux problème pour les acheteurs et limite considérablement les affaires. Une certaine fatalité s’installe chez les négociants, peu désireux de prendre position, sur des cafés invendus », constate-t-il.
En Robusta, le marché s’éloigne de plus en plus des cotations de l’Arabica à New York avec près de 120 cents d’écart, soit $ 2645. Les acheteurs sont relativement bien couverts jusqu’à la fin de l’année mais on constate, sur le marché du physique, quelques nouvelles demandes liées à l’écart de prix avec l’Arabica.
Dans sa lettre mensuelle de marché, Nestor Osorio, directeur exécutif de l’Organisation internationale du café, et qui doit d’ailleurs quitter son poste pour devenir en novembre ambassadeur de Colombie auprès des Nations Unies, a expliqué la fluctuation des prix par les incertitudes qui entourent l’approvisionnement à court terme du café et ce malgré une récolte abondante brésilienne. Toutefois, il maintient ses prévisions d’une production mondiale à 133 ou 135 millions de sacs de 60 kilos (Ms) en 2010/11 alors qu’elle n’avait été que de 120 Ms la campagne dernière.

Coton. Une conférence internationale sur le coton s’ouvre demain en Chine, à Zhengzhou, alors que la fibre est une des matières premières dont le prix a le plus augmenté en août, les spéculateurs s’engouffrant dans ce marché perçu pourtant comme étant déjà survendu. L’indice chinois du prix du coton a progressé de 40% environ depuis un an car les stocks nationaux ne parviennent pas à satisfaire une demande nationale qui s’est soudainement dynamisée. Le gouvernement chinois a vendu 3 Mt de coton de ses réserves depuis le mois de mai dernier, sans pour autant que les prix nationaux ne fléchissent comme attendu, et il ne lui resterait qu’environ 600 000 à 700 000 t s’il vend les 600 000 t lors de ventes aux enchères, comme prévu. La demande des filatures locales a conduit la Chine a importé 1,71 Mt de fibre blanche au cours des sept premiers mois de l’année, soit 97% de plus que sur la même période l’année dernière.

Sucre. Le marché mondial du sucre continue à être perturbé par la longue attente dans les ports brésiliens pour que les navires soient chargés. Cette semaine, 103 navires faisaient la queue contre 106 la semaine dernière. La liste diminue pour la quatrième semaine consécutive mais la situation demeure difficile. En effet, non seulement la demande mondiale en sucre brésilien est forte, mais des pluies se sont abattues sur le pays rendant difficile le chargement des navires.

Riz. Les prix du riz en Asie ont baissé cette semaine face à un manque de demande étrangère car les acheteurs trouvent qu’ils sont encore trop chers. Ils devraient donc encore baisser malgré le relèvement du prix minima au Vietnam.
A noter qu’en août, les cours mondiaux se sont raffermis pour la première fois depuis fin 2009. Des incertitudes planent sur les récoltes asiatiques, note le spécialiste des marchés Patricio Mendez del Villar du Cirad, suite aux inondations qui ont durement touché certains pays producteurs et exportateurs, et non les moindre, notamment la Chine et le Pakistan. Il est cependant encore trop tôt pour mesurer l’impact à moyen terme sur le commerce mondial, note le chercheur. Les disponibilités exportables demeurent relativement importantes dans les pays exportateurs moins affectés par les intempéries. Aussi, l’offre d’exportation devrait être globalement suffisante et les prix mondiaux pourraient connaître des hausses modérées dans les mois à venir, peut-on lire dans la note d’Osiriz.
En Afrique, la demande à l’importation est en progression, mais les approvisionnement en riz asiatiques sembleraient trouver quelques difficultés. Les exportateurs sud-américains pourraient en bénéficier, se positionnant notamment sur le marché des riz étuvés vers l’Afrique australe.

Thé. Les prix moyens des thés proposés aux ventes aux enchères de Nairobi cette semaine ont augmenté à $ 3,47 le kilo contre $ 3,41 la semaine dernière face à une demande relativement bonne.

Publicité

Votre publicité sur notre site

En savoir +