10 janvier 2020 - 15:53 |

La Chronique Matières Premières Agricoles au 9 janvier 2020

Après l'épisode de tensions géopolitiques vécu ces derniers jours notamment entre l'Iran et les Etats-Unis, les places financières sont reparties à la hausse et ont connu de nouveaux records hier. En effet, on a constaté un soulagement général sur le dossier USA-Iran après la riposte limitée de l'Iran à l'assassinat du général Qassem Soleimani et du ton mesuré adopté par Donald Trump mercredi sur le sujet. Autre facteur favorable à la prise de risque: la confirmation de la signature la semaine prochaine de l'accord commercial partiel conclu le mois dernier par les Etats-Unis et la Chine, Pékin ayant annoncé que le vice-Premier ministre Liu He se rendrait à Washington entre le 13 et le 15 janvier Aux Etats-Unis, les inscriptions au chômage ont diminué plus qu'attendu la semaine dernière, en Allemagne la production industrielle a rebondi de 1,1% en novembre, sa plus forte progression en un an et demi tandis que plus généralement dans la zone euro, le taux de chômage est resté stable en novembre. L'euro était hier autour de $ 1,11. Quant au pétrole, le Brent était à $ 65,30 dollars le baril et le brut léger américain à $ 59,40, au plus bas depuis le 12 décembre.L'annonce d'une hausse inattendue des stocks de brut aux Etats-Unis s'est conjuguée à la dissipation des craintes sur l'offre du Moyen-Orient.

 

CACAO

La fève reprend de la couleur ! Après avoir atteint mi-décembre son plus faible prix en trois mois sur le marché à terme de Londres, et après avoir démarré 2020 tristement en baisse de £ 9 la tonne entre les 2 et 3 janvier à £ 1 829, la tonne de cacao s'est redressée cette semaine, clôturant hier soir en hausse de £ 41 à £ 1 834. A New York, même début pénible aux lendemains des fêtes, avec un recul de $ 13 entre les 2 et 3 janvier à $ 2 519 la tonne, mais une remontée à $ 2 554 hier soir, ayant gagné $ 53 sur cette seule journée.  

Dans les zones de production en Côte d'Ivoire, le planteurs demeurent prudemment optimistes car les vents secs saisonniers de l'harmattan n'ont pas encore impacté les cacaoyers ; ils sont bien là, balayant du sable du Sahara dans les zones agricoles, mais n'ont pas encore eu d'effet négatif sur la production des cacaoyers. Rappelons que la saison sèche en Côte d'Ivoire va de novembre à mars.

Les arrivages aux ports d'Abidjan et de San Pedro totaliseraient 1 153 000 t entre le 1er octobre, démarrage de la campagne 2019/20, au 5 janvier, estiment les exportateurs, en hausse de 3,6% sur la même période l'année dernière. Au Ghana, les arrivages de sacs scellés et gradés entre le 1er octobre et le 19 décembre totalisent 456 000 t, inchangés par rapport à la même période l'année dernière, selon le Cocobod.

CAFE

Triste démarrage d'année pour le Robusta qui, entre le 2 et le 3 janvier, avait déjà glissé de $ 8 la tonne à $ 1 372, et s'enfonce encore davantage, clôturant hier soir à Londres à $ 1 338. Depuis le 19 décembre, la tonne est demeurée en dessous des $ 1 400. Le café est abondant, le Vietnam ayant maintenant achevé sa récolte.

L'Arabica a également perdu 0,75 cent à New York dès les premières jours de janvier, à $ 1,2635 la livre, loin du pic de deux ans de $ 1,4245 atteint le 17 décembre. Hier soir, elle sombrait à $ 1,1735 après avoir touché en cours de séance un plus bas en un mois et demi à $ 1,1810 ; elle est à son plus faible prix en un mois et demi.

En ligne avec Londres, les marchés asiatiques du Robusta ont enregistré, eux aussi, des baisses de prix. Les producteurs dans les Central Highlands du Vitenam se sont vus offrir 32 600 dongs ($ 1,41) pour leur kilo de café contre 33 600 dongs la semaine dernière. Toutefois, les exportateurs ont vendu à $ 100 de prime sur Londres contre $ 50 la semaine dernière pour du Grade 2, 5% brisures et grains noirs. En Indonésie, le négoce a repris sur le terme mars - même si la demande reste faible- avec un Grade 4, 80 défauts, offert à l'export avec une prime allant de $ 220 à $ 250 la tonne sur le prix à Londres contre $ 250 la semaine dernière.

Des cours en berne sur les marchés à terme alors que l'Organisation internationale du café (OIC) a révisé à la hausse ses prévisions de déficit mondial sur la campagne 2019/20, à 626 000 sacs de 60 kg contre 502 000 sacs estimé précédemment (lire notre information hier L'OIC anticipe un déficit mondial de café plus important en 2019/20 ). Sur le mois de novembre, les exportations mondiales ont baissé de 9%, à 9,31 Ms.Mais, contrebalançant cette information de l'OIC, le Brésil, n°1 mondial du café, estime que sa production en 2020 atteindrait 56,4 Ms, soit 12,9% de plus qu'en 2019 mais en dessous de son record de 59,9 Ms atteint en 2018, a souligné l'agence statistique nationale IBGE.

Un chiffre qui a surpris plus d'un car cette année étant l'année haute du cycle végétatif biennal du caféière, et de nouvelles superficies (+5% de superficies d'Arabica) plantées devant entrer en production, on pensait que la production brésilienne dépasserait celle de 2018 pour afficher un nouveau record. Sur ces 56,4 Ms attendus, 42,2 millions seraient de l'Arabica, soit 22% de plus qu'en 2019 mais en-deçà du record de 44,9 Ms de 2018. Quant au Robusta, la production est estimée atteindre 14,2 Ms, en baisse de 7,7% sur 2019 et moins que les 15 Ms enregistrés en 2018. Une baisse due à moins de travail effectué dans les champs de Robusta, les planteurs étant découragés par la faiblesse des prix.

CAOUTCHOUC

Le caoutchouc a démarré l’année sur une note positive -après la fermeture de la Tokyo Commodity Exchange (TOCOM) du 31 décembre au 3 janvier  - avec des cours au plus haut depuis trois semaines à 203,5 yens. Les cours ont été ensuite plutôt sur une tendance baissière avec notamment la chute des cours du pétrole consécutive aux moindres tensions entre l’Iran et les Etats-Unis. Les cours ont clôturé hier à 201 yens ($1,84) le kilo sur le Tocom contre 200,1 yens le 30 décembre dernier et sur le marché de Shanghai à 12 965 yuans ($1870) la tonne contre 13095 yuans le 30 décembre.

La perspective de la signature de l’accord de la phase 1 entre la Chine et les Etats-Unis, prévue la semaine prochaine à Washington, devrait apporter un soutien au marché avec une hausse des achats chinois de caoutchouc dans un contexte d’une offre moindre.  Une baisse de 800 000 tonnes de la  production de caoutchouc des trois pays d’Asie – Thaïlande, Indonésie et Malaisie – était attendue  en 2019 suite à des conditions météorologiques défavorables mais aussi les attaques de la maladie fongique du  Pestalotiopsis ainsi que des prix bas prolongés.

De son côté, le  Secretariat de l'International Rubber Study Group (IRSG) indique dans le World Rubber Industry Outlook (WRIO) que la demande de caoutchouc naturel et synthétique a reculé de 1,5% en 2019 à 28,74 millions de tonnes (Mt) mais estime qu’elle devrait rebondir en 2020 à 2,6% tirée par une reprise marginale de l’industrie pneumatique (1,5%) et une croissance des autres secteurs de 4,3%. Pour la demande de caoutchouc naturel, l’IRSG estime qu’après avoir augmenté de 4,1% en 2018 à 13,76 Mt, elle devrait légèrement diminuer en 2019 (-0,1%) à 13,75 Mt tandis qu’une reprise de 1,9% est attendue pour 2020. Même tendance plus accentuée pour le caoutchouc synthétique. Après une hausse de 1,5% en 2018 à  15,4 Mt,  la demande s’est contractée de 2,8% en 2019 à 14,98 Mt et devrait rebondir de 3,4% en 2020.

Côté entreprises, les ventes de véhicules de General Motors en Chine ont chuté pour une deuxième année, les ventes globales d'automobiles ayant diminué dans un contexte de ralentissement économique et en raison de la concurrence dans le segment clé des SUV à prix moyen. Les ventes en 2019 ont chuté de 15% par rapport à l'année précédente pour s'établir à 3,09 millions de véhicules, a déclaré GM, deuxième constructeur automobile chinois en importance dans un communiqué. La tendance au ralentissement devrait se poursuivre en 2020 estime le constructeur.

Le marché automobile chinois devrait se contracter de 2% en 2020, troisième année de repli, selon les prévisions de l'Association chinoise des constructeurs automobiles (CAAM), en raison de la faiblesse de l'économie et du différend commercial avec les États-Unis. Plus de 28 millions d'unités ont été vendues en 2018, en baisse de 3% par rapport à l'année précédente, tandis que les ventes de 2019 devraient baisser de 8% par rapport à l'année précédente, selon la CAAM.

COTON

Optimisme sur le marché du coton avec des cours qui ont atteint un plus haut de huit mois hier avec une clôture à 70, 69 cents la livre contre  à 69,2 cents la livre vendredi dernier. Un optimisme alimenté par la signature de l’accord américano-chinois  de phase 1 prévu le 15 janvier prochain à Washington et la perspective de négociation sur la deuxième phase de l’accord mais aussi par l’anticipation d’une production moindre de coton aux Etats-Unis dans le prochain rapport sur l’offre et la demande mondiale  de produits agricoles  du département américain de l’Agriculture (WASDE). Et bien sur les fonds qui sont très présents.

Le marché a passé la barre des 70 cents la livre. Une suite logique de l’accord entre les Etats-Unis et la Chine qui a entrainé un gain de 20%. Le marché peut-il aller plus haut ? « Il pourrait aller jusqu’à 72,5 cents la livre » indique un négociant qui estime qu’il est un peu suracheté.  Si le rapport Wasde confirme une récolte américaine moindre, le monde ne manquera pas de coton au contraire. Des tensions devraient toutefois se faire sentir sur les hauts grades, souligne le négociant. Une situation qui profite à l’origine africaine, qui bénéficie toujours de bases élevées et qui se maintiennent en dépit de la hausse des cours.

Au Bangladesh, les importations de coton en 2019/20 sont réduites à 7 millions de balles, heurtées par la baisse drastique des exportations de l’industrie  des vêtements et prêt à porter au premier semestre 2019 /20 et par la concurrence accrue des autres pays, comme le Vietnam, indique le département américain de l’Agriculture (USDA). Selon les données des douanes, pour le mois de juillet 2019, le Bénin était le premier exportateur vers le Bangladesh avec 107 163 balles. Pour le mois d'août 2019, le Bénin était à nouveau le premier exportateur avec 89 068 balles, portant ses exportations totales de coton en balles à 196 231 balles pour les deux premiers mois de la campagne de commercialisation 2019/2020. Les États-Unis ont exporté environ 151 730 balles  au cours des deux premiers mois, ce qui représente 13,5% de part de marché sur la même période. Les autres grands exportateurs sont le Mali (13%), le Cameroun (10%), le Burkina Faso (9%), le Brésil (9%) et l'Inde (8%). L’USDA ajoute que pour la 2018/19, les importations ont été révisées à la baisse à 6,8 millions de balles sur la base des données des douanes. Cette baisse est le résultat d'une demande accrue de fibres synthétiques et d'une concurrence croissante de l'étranger.

HUILE DE PALME

Les tensions au Moyen-Orient  et les exigences de marge plus élevées en vigueur à la Bursa Malaysia Derivatives Exchange ont pesé sur le marché de l’huile de palme cette semaine. Mais la désescalade dans le conflit entre les Etats-Unis et l’Iran ainsi que la décision de l’Inde de restreindre les importations d’huile de palme raffinée ont permis au marché de récupérer une partie de pertes enregistrées cette semaine avec une clôture  jeudi  à 3108 ringgits ($762,27) la tonne contre 3 117 ringgits vendredi dernier. La restriction des importations d’huile raffinée de l’Inde devrait permettre d’améliorer la demande en huile de palme brute dans un cycle de production plus faible, a déclaré Anilkumar Bagani, directeur de la recherche de Sunvin Group. Mais cette décision devrait défavoriser la Malaisie et favoriser l’Indonésie (voir ci-dessous).

Rappelons que  les prix de l’huile de palme ont gagné 47%  en 2019 (Lire : Cacao, café, coton, huile de palme, riz, sucre : la santé des marchés en 2019).

Les tensions politiques entre l’Inde et la Malaisie sont toujours palpables. Une situation qui aurait conduit New Dehli à imposer en représailles sur les positions de la Malaisie sur le Cachemire et la nouvelle loi sur la citoyenneté des restrictions sur les importations d’huile de palme raffinée selon plusieurs sources recueillies par Reuters. Le ministère indien du Commerce et de l'industrie aurait publié mercredi une notification déclarant que l'importation d'huile de palme raffinée est passée de "Libre" à "Restreint". Ainsi l’Inde ne pourrait plus importer que de l’huile de palme brute, ce qui devrait surtout frapper la Malaisie, principal fournisseur de l'Inde d'huile de palme raffinée, mais devrait aider l'Indonésie, le plus grand exportateur d'huile de palme brute. La décision de restreindre toutes les importations d'huile de palme raffinée devrait également stimuler l'activité des raffineurs indiens d'huile végétale.

En Indonésie, le ministère de l'Energie prévoit de lancer des essais routiers pour un programme de biodiesel à 40% de contenu biologique (B40) en avril, a déclaré jeudi Dadan Kusdiana, chef de la recherche et du développement au ministère. Le B30 est le jusqu’à présent le programme qui incorpore le plus d’huile de palme. Le ministre de la Coordination, Luhut Pandjaitan, qui supervise le ministère de l'Energie, a déclaré que le gouvernement prévoyait de lancer le programme B40 entre 2021 et 2022.

RIZ

Les prix à l'exportation du riz dans les principaux pays asiatiques sont restés stables cette semaine, à l’exception du Vietnam où ils baissent.

En Thaïlande, les prix du Thaï 5%  se situaient $425 -$435  la tonne, en grande partie inchangés par rapport à deux semaines plus tôt. Ils demeurent à leur plus haut niveau depuis juin 2018. Ce niveau élevé, alors que la demande est stable, s’explique par la sécheresse qui menace l’offre et l’appréciation  de la monnaie thaïlandaise, le bath. Une sécheresse a été déclarée dans 14 provinces des régions agricoles du centre, du nord et du nord-est.

En Inde, les prix du riz étuvé 5% sont aussi restés stables par rapport à la semaine dernière à $362- $366  la tonne avec une demande toujours faible, en particulier des pays africains. "La demande d'exportations est modérée. Les approvisionnements augmentent à partir de la récolte semée d'été", a déclaré un exportateur basé à Kakinada, dans le sud de l'Andhra Pradesh.

Au Vietnam, les prix du Viet  5% ont en revanche baissé à $355 la tonne contre $360 ​​ la semaine dernière. Une baisse dans un contexte de demande très faible et d’un commerce léthargique.

Le ministère de l'Industrie et du commerce a ajouté cette semaine 47 entreprises à une liste d'exportateurs de riz éligibles, portant à 182 le nombre d'exportateurs vietnamiens agréés, selon un communiqué du gouvernement. Cette décision vise à "faciliter les exportations de riz, promouvoir la production de riz de manière durable et améliorer la compétitivité du riz vietnamien", ajoute le communiqué.

La Chine n'augmentera pas ses quotas annuels d'importation à faible tarif pour le maïs, le blé et le riz afin d'accélérer les achats de produits agricoles aux États-Unis, a déclaré mardi le vice-ministre de l’Agriculture et membre de l’équipe de négociation, Han Jun, selon groupe de médias locaux Caixin. Cette décision pourrait rendre plus difficile pour Pékin de respecter ses engagements à l'égard des importations dans le cadre d'un accord commercial de phase 1 qui doit être signé la semaine prochaine. Les déclarations de Han Junj soulignent le désir de la Chine de protéger ses agriculteurs même si elle est sous pression pour augmenter considérablement ses achats de produits agricoles américains. "S'ils veulent acheter pour au moins $40 milliards de dollars de produits américains, ils devront maximiser tous ces quotas pour les principaux produits de base et tout prendre aux États-Unis. Et là réside le problème",  estime Terry. Reilly, analyste senior des matières premières chez Futures International.

En 2017, avant le début de la guerre commerciale, les achats des trois céréales aux États-Unis s'élevaient à environ $534 millions, laissant la place à une augmentation significative des importations dans les limites des quotas existants. Les contingents annuels de la Chine sont de 9,64 millions de tonnes (Mt) pour le blé, 7,2 Mt  pour le maïs et 5,32 Mt pour le riz.

SUCRE

On n'en est qu'à la deuxième semaine de l'année et visiblement le marché estime que la baisse de 2,2% du prix du sucre roux dès le lendemain du Nouvel An était exagérée ; dès le 3, il remontait à 13,31 cents. Hier soir, la livre (lb) de sucre roux a terminé 13,71 cents, dépassant les 13,67 cents du 13 décembre qui était son plus élevé depuis deux ans. Quant au blanc, parti de $ 357,2 la tonne, il s'est inscrit en hausse à $ 367,40 la tonne hier soir à Londres.

Un marché du sucre qui a surfé sur les fortes fluctuations du marché pétrolier ces derniers jours après l'escalade de violences entre les Etats-Unis et l'Iran. Car, rappelons-le, la canne à sucre peut être utilisée à la production de sucre ou d'éthanol, la demande pour ce dernier variant, notamment au Brésil, au gré du prix de son concurrent le pétrole.

Les exportations brésiliennes de sucre roux ont été faibles en décembre, à 1 286 900 t contre 1696 800 t en novembre et 1 428 700 t en décembre 2018, selon les données statistiques officielles.

En Ukraine, la production de sucre blanc a chuté de 19% en 2019, à 1,48 Mt, en raison d'une récolte plus petite de betteraves. Les raffineries ont transformé 9,84 Mt de betteraves, soit environ un tiers de moins que l'année précédente.

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