10 novembre 2011 - 00:00 |

La Chronique Matières du Jeudi

Un marché toujours excessivement volatile

(10/11/2011)

Les cours des matières premières se font, comme toujours, l’écho des tempêtes sur les marchés financiers et monétaires liées à la crise européenne et plus particulièrement cette semaine à la crise italienne : le forte remontée du dollar hier a entrainé une forte baisse de la plupart des matières premières. Beaucoup de turbulences donc et un manque global de visibilité.

Cacao. Les cours du cacao ont plongé hier au plus bas depuis deux ans pour des raisons tout d’abord techniques puisque la position décembre expire à New York, mais également sur fond de crises monétaire et financière européenne voire mondiale, avec aussi en filigrane une récolte très importante de fèves en Afrique de l’Ouest. Si la campagne en Côte d’Ivoire a démarré lentement avec des volumes plutôt faibles descendant de brousse, elle commence à prendre de l’envergure.
Côté entreprise, Barry Callebaut a enregistré un bénéfice net de 9% sur son dernier exercice et confirme des niveaux de vente de cacao en progression de 6 à 8% sur les six prochains mois. Le numéro un mondial du chocolat et des produits cacaoyers estime que les prix de la fève demeureront élevés et volatiles en 2012. Il a également souligné qu’il regardait du côté de l’Asie pour alimenter la croissance de sa demande en fèves.

Café. Le marché du café est également affecté par la crise financière mais l’Arabica, coté à New York, s’est tout de même inscrit en hausse hier mais globalement on reste dans un range 220/235 à New York. En effet, les cours élevés dissuadent les acheteurs mais en face, les vendeurs ne semblent pas pressés de vendre et les producteurs sont plutôt incités à faire de la rétention : ainsi, en octobre, les exportations de café vert brésilien ont totalisé 2,85 millions de sacs de 60 kg (Ms), en baisse de 11% par rapport à octobre 2010. En outre, les importantes pluies en Amérique centrale incitent les amateurs de belles qualités à chercher plus au Sud et donc au Brésil des « fancy ». De ce fait, les beaux grains brésiliens se vendent à prime par rapport aux Arabica Doux de New York et plsu cher que du Guatemala. Rappelons que depuis décembre 2010, les Arabica cotent au-dessus de $ 2 la livre, ce qui ne s’était pas vu durant toute la dernière décennie.
Il faudra en réalité attendre le 6 janvier prochain pour avoir une première estimation du gouvernement brésilien sur la récolte 2012 qui, selon le cycle biannuel du caféier, devrait être plus importante qu’en2011. Rappelons que la récolte 2010, qui correspond à celle de 2012 en terme de cycle de plante, s’était développée dans d’excellentes conditions météorologiques et avait atteint 48,1 Ms.
En Robusta, souligne un tarder, ”les cafés commencent à être usinés au Vietnam, sans pour cela détendre les différentiels. Pour l’instant, les premiers embarquement se traitent à des niveaux élevés quand on peut trouver un vendeur. On note également toujours une bonne activité sur le spot, et des problèmes avec le LIFFE sur la disponibilité des cafés filiérés en novembre. Pour l’instant, il n’y a pas de réaction officielle de la part des responsables du marché à terme de Londres.

Céréales. Après avoir fait feu de tout bois à l’exportation notamment vers de nouveaux clients hors Afrique comme la Corée du sud, le Japon, le Koweït, Taïwan, l’Italie, l’Espagne, le Mexique, le Portugal ou encore le Venezuela, l’Afrique du sud risque de manquer de maïs dès le mois prochain, a souligné notre confrère de Business Day à Johannesburg, citant le responsable du groupe Grain SA. L’Afrique du Sud pourrait même devoir importer du maïs pour faire la jonction entre les deux campagnes ; selon le South African Grain Information Service (Sagis), elle aurait déjà commencé à le faire en achetant auprès de la Zambie. Rappelons que le pays a récolté 12,815 Mt de maïs en 2009/10, sa plus grosse récolte en trois décennies….

Caoutchouc. Le caoutchouc sur le marché à terme de Tokyo a ouvert aujourd’hui en baisse de 5%, touché par la crise européenne et les craintes de répercussion sur le monde, la baisse des cours du brut et de l’euro.
A noter que la consommation de caoutchouc naturel en Inde a baissé pour le troisième mois consécutif à 76 000 t contre 81 800 t en octobre 2010, selon le Rubber Board, en raison de la chute de 23,8% des achats de voitures ce mois d’octobre, la plus forte chute depuis décembre 2000. Ceci serait lié à la hausse du coût du crédit à la consommation et au renchérissement du prix des voitures. Depuis le début de l’année, les importations indiennes de caoutchouc naturel ont chuté de 65%, à 6 862 t en octobre, et la production de pneu pourrait été réduite de moitié d’ici la fin de l’année fiscale en mars 2012. Rappelons que l’Inde est le quatrième producteur mondial de caoutchouc (480 700 t, en hausse de 5% entre mars et octobre) et importe de Thaïlande, d’Indonésie, de Malaisie et du Vietnam.

Riz. Cette semaine, les prix du riz de Thaïlande et du Vietnam ont baissé notamment parce que les acheteurs se sont tournés vers le riz indien, meilleur marché. Rappelons que le gouvernement indien a levé en septembre son interdiction d’exporter du riz, interdiction qui était en vigueur depuis 3 ans. Du fait de cette mesure, les stocks indiens ont gonflé et les analystes estiment que le pays, deuxième producteur mondial, peut exporter 3 Mt de riz bon marché d’ici la fin de son exercice fiscal en mars 2012.Depuis septembre, 1,3 à 1,5 Mt ont été vendues notamment à l’Afrique du Sud, au Nigeria, en Afrique de l’Est et au Proche Orient à des prix défiant toute concurrence, aux alentours de $ 440-450 la tonne. L’Inde croule sous le riz avec des stocks qui atteignent 20,3 Mt contre un objectif de 5,2 Mt et la récolte à venir s’annonce record pour la deuxième année consécutive.
Cette situation de l’Inde a contribué à la baisse des cours mondiaux sur l’ensemble du mois d’octobre, l’offre d’exportation étant toujours aussi abondante et le dollar un peu plus ferme, souligne Patricio Mendez del Villar dans sa note de conjoncture mensuelle Osiriz. Il semble peu probable que la nouvelle politique des prix internes en Thaïlande ait, pour l’instant, des répercussions fortes sur le plan international et que les acheteurs, pour leur part, adoptent une position attentiste car les perspectives pour 2012 sont plutôt optimistes. La production mondiale progresse et les stocks mondiaux sont au plus haut niveau depuis une décennie. Le commerce mondial pourrait ainsi être revu à la baisse en raison d’une demande moins importante des principaux importateurs asiatiques, en particulier des Philippines.
En Afrique, la production rizicole devrait stagner en raison des pluies irrégulières, notamment dans les pays ouest-africains. Des récoltes limitées et des prix à l’importation en hausse risquent d’aggraver la situation alimentaire dans cette région du continent, en particulier dans les pays sahéliens et côtiers, selon Osiriz.

Sucre. La dégringolade des marchés hier, mercredi, a également beaucoup affecté le sucre, tant blanc à Londres que roux à New York. Toutefois, il est encore difficile de voir le trend à venir. Au Brésil, les exportations devraient être ralenties durant les prochains mois car les raffineries ont « rollé » leur position de l’échéance octobre sur le mars, ce qui donne une livraison sur avril. Cela leur donne le temps de voir s’il ne leur est pas plus intéressant de vendre sur le marché local brésilien plutôt que sur le marché international. Ainsi, les livraisons de novembre à mars 2012 pourraient chuter de 30% ou encore être inférieures de 2 Mt par rapport aux niveaux d’expédition de l’année dernière.
Selon les statistiques gouvernementales, les expéditions brésiliennes de sucre roux et blanc depuis le début de la campagne en avril jusqu’en octobre ont totalisé 16,2 Mt contre 17,6 Mt sur la même période en 2010, soit une baisse de 8%. A noter que cette baisse des exportations correspond aussi à une baisse de production d’environ 8% dans la région du Centre-Sud (90% de la production de canne du Brésil), à 30,8 Mt en raison de rendements moins élevés de la canne liés à une météorologie peu favorable mais aussi à des terres usées.

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