11 mars 2010 - 00:00 |

La Chronique Matières du Jeudi

Les marchés déprimés

(_11/03/10)

Cacao. Le marché du cacao est toujours en déport, le prix sur les échéances rapprochées étant plus élevé que sur les positions éloignées, notamment pour la nouvelle campagne 2010/11 qui démarrera autour du mois de septembre, selon les pays.
Mardi, l’Organisation internationale du cacao (ICCO) a estimé entre 80 000 et 90 000 t l’excédent qui devrait se dessiner sur le marché mondial du cacao, si les conditions météorologiques demeurent normales. Il s’agit de sa première estimation pour la nouvelle campagne. Cet excédent découle d’une production en hausse, stimulée par les cours élevés du cacao l’année dernière. Pour la campagne 2009/10, l’ICCO estime le déficit à 18 000 t. Rappelons que les cours du cacao sur les marchés à terme de New York et de Londres ont atteint leurs plus hauts niveaux en trois décennies en décembre dernier, du fait d’une situation très étroite sur le marché.
Depuis lors, les prix ont fortement décliné suite à la révision à la hausse des prévisions de récolte en Afrique de l’ouest. En outre, la demande mondiale demeure morose, selon l’ICCO. Son directeur exécutif, Jan Vingerhoets, estime à 310 000-320 000 t la récolte intermédiaire ivoirienne, soit nettement au dessus des prévisions des acteurs sur le marché et la récolte intermédiaire au Ghana à 90 000-95 000 t suite à une météorologie favorable. Il estime que les broyages devraient croître de 2,5% en 2010/11 par rapport à 2009/10, soit le même taux de croissance qu’entre 2008/09 et 2009/10. Les broyages au premier trimestre 2010 seraient en hausse de 3% par rapport à la même période l’année dernière. Les prix du cacao devraient demeurer aux niveaux actuels ces 3 à 4 prochains mois, estime-t-il, et en tous les cas ne pas baisser en dessous des $ 2 600 la tonne.
Au 7 mars, les arrivages de cacao aux ports ivoiriens ont totalisé 357 556 t, selon les chiffres de la Bourse café cacao (BCC), soit en recul par rapport aux 370 295 t livrés à pareille époque la campagne précédente.

Café. Durant la campagne 2009/10, les recettes d’exportation de café du Burundi ont chuté de 72%, à $ 16,7 millions, essentiellement en raison d’une faible récolte, a annoncé la nouvelle autorité ARFIC qui était auparavant l’OCIBU. En 2009/10, seulement 6 381 t de café ont été commercialisées contre 24 015 t en 2008/09. Ceci est du à la saisonnalité des récoltes sur un mode biannuel, mais aussi au retard dans l’importation et donc dans l’utilisation de divers intrants. EN 2010/11, la production devrait regrimper à 30 000 t selon l’ARFIC.

Blé. Le blé a perdu cette semaine 6,5% sur le marché à terme de Chicago sur l’échéance mars, tandis que mai tombait à son plus faible prix depuis octobre dernier. En Europe, le blé français a touché mardi son plus bas en deux ans, à 115,75 euros la tonne avant de regrimper à 120 euros. Pourquoi cette chute ? Car les stocks français de fin de campagne pourraient être 30% supérieur à leur niveau de fin juin 2009 : la récolte s’annonce bonne et la demande à l’exportation faible. A noter que le Japon devrait prochainement passer un ordre d’achat, son plus important depuis octobre dernier, de l’ordre de 152 000t, sans doute pour du blé canadien.
Contrairement à une estimation publiée par la FAO il y a deux semaines, la production mondiale de blé cette année pourrait croître de 570 000 t et atteindre 678 010 Mt, selon des chiffres de l’USDA repris par une étude de marché de la banque Natixis. En effet, la production de blé en Argentine est en hausse de 600 000 t et des stocks russes de début de campagne plus élevés. La production nord-américaine ne connaît aucun changement mais du fait d’une moindre consommation, les stocks ont grossi de 20 Mt. Les chiffres du commerce mondial sont également en hausse, les importations s’établissant à 124 200 Mt (+400 000 t) et les exportations de 125 050 Mt (500 000 t).

Huile de palme. Malgré des récoltes de soja qui s’annoncent records en Amérique, la disponibilité en d’huile de palme devrait être supérieure face à une demande accrue en soja pour les biocarburants, une maladie (la rouille) qui affecte le soja au Brésil et un conflit entre les céréaliers argentins et leur gouvernement. Une situation qui devrait jouer en faveur de l’huile de palme face à son concurrent de toujours, le soja. Malgré une météorologie très sèche en Indonésie et en Malaisie, ce qui devrait réduire leur production, les exportations en 2010 devraient atteindre les 33,28 Mt, soit le triple des expéditions d’huile de soja estimées par Oil World.
Ainsi, l’huile de palme devrait être mieux placée que l’huile de soja pour répondre notamment à la demande croissante de la Chine et de l’Inde et ce d’autant plus quelle demeurerait quelque $ 75 la tonne moins chère que l’huile de soja. Cet écart a atteint $ 300, un record, en 2008. Début février, le différentiel entre les deux huiles était au plus bas depuis 10 mois.
Les exportations cette année d’huile de soja ne devraient augmenter que de 2,1% par rapport à 2009 mais de 16% pour l’huile de palme essentiellement du fait de l’Indonésie : sa récolte est attendue cette année à 23 Mt contre 21 Mt en 2009. Ainsi, l’Indonésie va plus que compenser la baisse de 3,4% attendue de la production malaisienne, à 18,1 Mt.
Cette réduction du différentiel avec l’huile de soja devrait faire perdre quelques parts de marchés à l’huile de palme. Notamment la classe moyenne indienne préfère l’huile de soja et elle est prête à payer un peu plus cher pour en avoir. En revanche, la Chine devrait acheter davantage d’huile de palme car les broyeurs utilisent les graines de soja pour l’alimentation du bétail plutôt que pour fabriquer de l’huile. Rappelons que la Chine consomme la moitié de l’offre mondiale de porc.

Maïs. Le cours mondial du maïs ne cesse de chuter face à l’abondance de l’offre. La production mondiale a été revue à la hausse de 5,9 Mt, l’Argentine devant produire 3,8 Mt de mieux et l’Afrique du Sud 2 Mt étant donné l’accroissement des superficies et des rendements dans ces deux pays.

Sucre. Hier, le sucre est tombé au plus bas en sept mois face à un certain désarroi des investisseurs : la reprise économique mondiale se fait désirer ! Le sucre roux est tombé à 18,82 cents la livre, soit son plus faible niveau depuis août dernier. Le sucre a perdu 35% depuis le 1er février lorsqu’il avait touché un plus haut en 29 ans, à 30,40 cents la livre.
La faiblesse sur les marchés américains s’est particulièrement ressentie après que les raffineries indiennes se soient rétractées d’importer 100 000 t : la chute des cours internationaux du sucre incite à revoir des stratégies commerciales élaborées ces derniers temps.
Aujourd’hui, le Cameroun a relevé de 35 000 t les volumes de sucre pouvant être importés pendant 12 mois sans payer des droits de douane : on manque de sucre sur le marché local, ce qui a déjà fait faire un bond de 40% aux prix à la consommation au Cameroun.

Thé. Aux ventes aux enchères de Nairobi hier 10 mars, le prix moyen du Broken Pekoe Ones a baissé à $ 3,75 le kilo contre $ 3,94 aux enchères précédentes. En décembre, il avait atteint un record de $ 5,45 le kilo. La baisse est due à une offre qui devrait progresser étant donné la pluviométrie favorable. D’ailleurs, à cette vente, 115 999 sacs ont été proposées à la vente contre 112 080 aux enchères précédentes.

Vanille. Alors que la récolte de vanille à Madagascar devrait démarrer dans 2 à 3 mois, récolte que l’on attend faible, les perspectives du marché mondial à court terme demeurent inchangées, souligne Olivier Bourgois d’Eurovanille. A moyen terme, on s’attend à une hausse des prix qui ne devrait pas être très significative en valeur absolue car les prix sont très bas, mais en valeur relative pourrait tout de même avoisiner les 20 à 30%.
Les raisons demeurent inchangées : la faiblesse des prix de la vanille incite les producteurs à se porter vers d’autres cultures de rente, d’où une baisse de l’offre et une hausse des prix à terme. Le potentiel de hausse de la production dans les pays autres que Madagascar est faible, que ce soit la Papouasie Nouvelle Guinée qui, de toute façon, ces dernières années, a beaucoup décliné, l’Inde, l’Ouganda ou encore les Comores. A Madagascar, des problèmes phytosanitaires ont donné lieu à une baisse de la pollinisation, mais en tout état de cause les plantes ne sont pas en bonne santé. Donc même s’il y avait eu une bonne floraison, cela n’aurait pas suffit à pallier la baisse globale de production, à Madagascar comme ailleurs.
On estime toujours la demande globale entre 2000 et 2300 tonnes, avec un peu moins de 2000 t en stocks non consommés, c’est-à-dire des stocks autres que les stocks dits de travail détenus par les industriels pour leur usage.

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