11 juin 2010 - 00:00 |

La Chronique Matières du Jeudi

Le Robusta en ébullition

(10/06/10)

L’indice Reuters-Jefferies CRB a enregistré hier, 9 juin, son plus fort gain quotidien en deux semaines suite à la publication de chiffres plutôt dynamiques du commerce international chinois et de la consommation pétrolière américaine.

Bois. Le mois de mai a été source de confusion sur les marchés des bois africains suite à l’interdiction, à partir du 15 mai, de l’exportation de grumes du Gabon. Environ 60 000 m3 déjà vendus, essentiellement à la Chine, ont été immobilisés au port. Le département des Forêts du Gabon aurait été très vigilant quant au respect de la mesure tant au port que dans les exploitations et usines.
Le commerce des grumes s’est donc reporté sur le Cameroun et au Congo Brazzaville où il y a encore une ferme demande de grumes d’okoumé. Tout ceci a fait grimper le prix de plusieurs essences en grumes, tandis que les prix des sciages demeuraient plutôt stables courant mai. En effet, la conjoncture économique dans l’Union européenne mais aussi aux Etats-Unis n’est guère propice à une augmentation des volumes de sciages exportés vers ces destinations, et encore moins de leurs prix. Les industriels africains se trouvent donc pris en tenaille entre des grumes dont le prix a augmenté et des prix de sciages qui n’augmentent pas vu la conjoncture internationale. Il faudrait que l’Europe recommence à acheter et surtout que la Chine se porte davantage vers les sciages et autres produits transformés et réduisent ses achats de grumes d’Afrique. Ce qui ne semble guère probable dans le court terme.

Blé. Aujourd’hui, le blé a connu un rebond sur le marché à terme de Chicago alors qu’il était tombé au plus bas en neuf mois, sur fond de baisse sur le marché de maïs et avec un dollar qui s’est un peu affaibli, améliorant la compétitivité de la céréale américaine.
En France, pour la première fois depuis le début de la campagne en juillet 2009, les exportations de blé tendre s’inscrivent en hausse, gagnant 1% au 1er mai comparé à la saison dernière à la même époque, stimulées par la baisse de l’euro face dollar, selon les chiffres des Douanes publiés hier. En avril, la France a exporté 1,7 million de tonnes (Mt) de blé tendre vers le reste de l’Union européenne et sur le marché mondial, portant à 13,9 millions les expéditions pour les 10 premiers mois de la campagne de commercialisation 2009/10. Sur ce total, les expéditions vers l’UE atteignent 5,9 Mt, soit 6% de mieux qu’au 1er mai 2009. A destination des pays tiers, le recul diminue à -3% à un total de 8 Mt. Les expéditions de maïs poursuivent en revanche leur progression en hausse de 20% à 6,1 Mt, dont 5,8 millions vers l’Union (+20%) et 337 249 t vers les pays tiers (+17%) avec pour principale destination l’Algérie (+30%).
En Afrique, la Tunisie a l’intention de porter à 2,7 Mt sa production céréalière contre environ 1,8 Mt en moyenne ces dernières années, a annoncé lundi 7 juin le ministre de l’Agriculture, et ce, essentiellement en réduisant les pertes durant les transports. Le pays doit importer environ 2,5 Mt de céréales chaque année.

Cacao. A l’instar du café et du sucre, le cacao est en hausse, stimulé par un dollar qui ne cesse de baisser face à l’euro.
En Ouganda, où le cacao bio prédomine, le prix bord champ a augmenté de 50% depuis le début de l’année face à une demande mondiale en plein essor alors que l’offre ivoirienne décline : selon les douanes ivoiriennes, les exportations de fèves ont atteint 523 105 au 14 avril depuis le début de la campagne, derniers chiffres disponibles, contre 663 406 t sur à pareille époque la campagne dernière. Rappelons qu’en 2008/09, les 15 000 t exportées avaient rapporté au pays quelque $ 35 000. Cette campagne, il devrait atteindre les $ 45 millions, estime Joseph Kimera, patron de l’organisme public Cocoa Development Project, car la production est estimée grimper de 20% et atteindre 18 000 t, stimulée par ces prix favorables. Il rappelle qu’un kilo de cacao bio d’Ouganda se vend actuellement 6 000 shillings ougandais, soit $ 2,62, contre 4 000 shillings en fin d’année dernière. Le cacao non bio est passé de 2 500 à 4 500 shillings.
A noter que le Vietnam entend aussi mettre les bouchées double en matière de cacao et porter sa production à 108 000 t d’ici 2015.

Café. Le café flambe à Londres où il a atteint aujourd’hui son plus haut en 7 mois, sur des achats de fond. Le Robusta est en ébullition, avec près de $ 130 de hausse en une semaine. Surtout, les écarts entre les mois se sont écrasés, juillet et septembre étant à égalité.
Cette hausse fait suite à des achats de fonds pour couvrir des shorts entrainant des fixations d’acheteurs en catastrophe, et d’autres fonds établissant des positions longues. Il n’y a pas de raisons fondamentales à cette hausse, sinon que l’écart entre les Robusta et les Arabica est très élevé. Or, l’adage dit que lorsqu’un marché ne baisse plus c’est qu’il va remonter. La hausse du marché prend les acheteurs au dépourvu : déjà frileux avec l’euro, ils avaient retardé leurs achats. Une affaire à suivre….
Sur le marché des Arabica, la tension perdure sur les Colombie et les cafés d’Amérique centrale. En Arabica nature, bien que le rapproché soit un peu tendu, les offres pour la récolte 2010 sont à des différentiels corrects avec une bonne activité.
Au Kenya, le café ne parvient pas à redresser sa tendance baissière amorcée fin mars et liée à une qualité moins belle, après que les cours aient atteint un record de $ 702 le sac de 50 kilos. Cette semaine encore, lors des ventes aux enchères, le grade AA a baissé à $ 390 contre $ 398 la semaine dernière. Selon le Coffee Board, la récolte 2009/10 sera de 13% inférieure à la précédente, à 47 000 t, due à la sécheresse qui a affecté la récolte fin 2009.

Coton. Mardi, le coton sur le marché américain s’est redressé après neuf jours consécutifs de baisse, la plus longue séquence de baisse depuis 31 ans, souligne le quotidien La Tribune. Des raisons spéculatives sont à l’origine de la tendance mais aussi la crainte de ralentissement économique en Chine, ce pays, rappelons-le, absorbant 40 de la demande mondiale de coton. Des inquiétudes que la banque Barclays trouvent injustifiées : en avril, la Chine a en effet augmenté de 122 ses importations par rapport à avril 2009. Et en mai, le gouvernement chinois a significativement relevé le niveau de ses quotas d’importation, à 2,69 millions de tonnes. En outre, en mai, l’Inde, second exportateur derrière les Etats-Unis, a soumis le coton à autorisation pour l’export, ce qui est un facteur haussier des prix sur le marché international. La consommation intérieure du sous-continent est en train de fortement progresser : elle devrait atteindre 20,55 millions de balles l’année prochaine, pour une production attendue autour de 23,55 millions de balles. Le déséquilibre n’est donc pas loin. Au niveau mondial, les stocks devraient passer de 52,75 à 50,13 millions de balles cette année, selon l’USDA.

Maïs. L’Afrique du Sud croule sous le maïs : le pays s’apprête à récolter 13,317 Mt, soit son plus important volume depuis la campagne 1981/82 qui s’était élevée à 14,42 Mt. Les volumes auraient été encore supérieurs si ce n’avait été les fortes pluies qui se sont abattues sur les zones de production. Les Sud-Africains consomment en moyenne par an 8 à 9 Mt.
Les livraisons dans les silos ont atteint 1,604 Mt durant la semaine du 4 juin contre 944 000 t la semaine précédente. Les livraisons de maïs blanc se sont élevées à 882 000 t contre 514 000 t et le maïs jaune à 722 000 t contre 430 000, selon le South African Grain Information Service (SAGIS).
De tels volumes pourraient ne guère inciter les céréaliers sud-africains à réinvestir dans le maïs si des marchés à l’export ne sont pas sécurisés, car l’excédent déprime les prix. Le maïs est actuellement vendu à 1 050 rands la tonne, soit $ 135,4, alors que les coûts de production atteignant 1 200 à 1 500 rands.
A l’export, les ventes à la sous-région pourraient ne pas atteindre les 2,5 à 4 Mt escomptés car les pays voisins, comme le Malawi ou encore la Zambie, ont eux aussi enregistré de belles récoltes. D’ailleurs le gouvernement zambien a autorisé dernièrement ses fermiers et exportateurs à exporter 1,1 Mt d’excédents de maïs vers l’Afrique australe. Mais la Zambia National Farmers’ Union (Znfu) plaide pour en exporter 1,3 Mt afin de ne pas avoir de trop importants stocks de fin de campagne. Il est également demandé au gouvernement de subventionner les exportations afin que l’excédent de maïs ne pèse pas sur le marché et permette de maintenir des prix rémunérateurs aux producteurs. Cette année, le gouvernement avait maintenu à 65 000 kwachas zambiens le prix du sac de 50 kilos.
En 2009/10, la Zambie a produit 2,7 Mt de maïs blanc, soit nettement au-dessus des 1,9 Mt de la campagne dernière et ce qui laissera un excédent de 1,1 Mt. La consommation nationale est de 1,55 Mt, dont 1,3 Mt pour l’alimentation humaine, 230 000 t à usage industriel et 220 000 t comme réserves stratégiques.

Sucre. Le sucre est au plus haut en deux semaines, les intervenants sur le marché ayant les yeux rivés sur les faibles stocks, repoussant le spectre d’une production très importante en Inde et au Brésil à plus tard. Rappelons que depuis son pic de 30,4 cents la livre en février, le sucre a perdu plus de la moitié de sa valeur.

Thé. Le prix moyen des thés vendus aux enchères de Mombassa, hier mercredi 9 juin, a glissé de un cent à $ 3,38 le kilo. Il pourrait regagner de la vigueur au cours des prochaines semaines car le froid, qui dure de juin à août, pourrait réduire la production. Les acheteurs égyptiens sont revenus après une absence de deux semaines

Riz. Pour la troisième semaine consécutive, les prix du riz en Asie ont baissé face à une faible demande internationale, car les importateurs attendent que cela baisse davantage, et avec la perspective des prochaines récoltes. Les achats d’Afrique devraient se poursuivre avec l’approche du ramadan mais cela ne devrait guère soutenir les prix car tous les opérateurs savent que les gouvernements détiennent des stocks très importants.
Le riz blanc Thaï 100%B est passé de $ 455 la tonne la semaine dernière à $ 450 cette semaine. Les prix ont chuté déjà de 25% depuis le début de l’année.

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