11 décembre 2007 - 21:05 |

Crise à Bruxelles autour des APE

Africains et Européens ne sont d’accords ni au sein de leurs propres rangs ni l’un vis à vis de l’autre


BRUXELLES, 10 décembre (Reuters) – La Commission européenne a rejeté lundi les appels lancés par quelques pays de l’UE pour reporter l’échéance de la fin de l’année pour la conclusion d’accord de libre échange avec les pays africains. Les ministres des Affaires étrangères des Vingt-Sept, réunis
à Bruxelles, ont toutefois demandé à l’exécutif européen qu’aucun pays d’Afrique ne se retrouve au 1er janvier 2008 dans une situation pire que celle qui prévaut actuellement.
L’Union espère conclure avant le 31 décembre des accords de partenariat économique (APE) partiels avec les 79 pays en développement d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP). Mais certains dirigeants du continent africain ont refusé les offres, dimanche, lors du sommet UE-Afrique de Lisbonne.
Les Etats africains rejettent les APE”, a déclaré aux journalistes le président sénégalais Abdoulaye Wade, en écho aux positions défendues également par l’Afrique du Sud. ”On ne parle
plus des APE, (...) on les a rejetés, c’est fini
”.
Cette situation pose un grave problème aux relations UE-ACP et les ministres des Affaires étrangères des Vingt-Sept ont débattu lundi à Bruxelles de possibles alternatives. L’Organisation mondiale du commerce (OMC) a en effet donné à l’UE jusqu’à la fin de l’année pour supprimer les préférences commerciales qu’elle accorde aux ACP en dérogation aux règles qui obligent à accorder à tous le même accès aux marchés. Les ONG ont accusé les Européens de se saisir de ce prétexte
pour imposer le concept d’APE, qui prévoit la création de zones de libre échange entre des groupes de pays ACP et l’UE, ce que redoutent les pays “intermédiaires” qui craignent d’être sans
défense douanière dès le début de 2008.
Le commissaire européen au Commerce extérieur, Peter Mandelson, s’en est pris aux pays qui refusent les APE. ”Si toute l’Afrique a rejeté les APE, pourquoi avons-nous des pays qui signent ?”, a-t-il expliqué en comptant pas moins de 53 ACP sur 79 qui en avaient accepté le concept.
La situation de chaque pays est en effet différente. Certains, comme l’Afrique du Sud, n’ont pas vraiment besoin de préférences commerciales tant ils sont développés et ils ont conclu des accords commerciaux séparés avec l’UE.

L’EUROPE PLUS SOUPLE
Les 40 pays les moins avancés (PMA) membres des ACP sont dans une situation particulière,puisqu’ils ont obtenu de l’OMC une garantie d’accès libre au marché européen sans avoir à ouvrir de manière symétrique leur propre marché aux importations: les APE ne les concernent donc que marginalement.Treize pays d’Afrique de l’Est et australe, comme le Kenya, ont en outre déjà paraphé des APE et les discussions continuent avec des pays comme le Ghana et le Cameroun.
Plusieurs pays européens, dont le Royaume-Uni et les Pays-Bas, ont demandé lundi à la Commission de donner quelques mois de plus à la négociation ou de financerait les pertes en matière de droits de douanes qu’ils encoureraient. La chancelière Angela Merkel a également déclaré dimanche que le Conseil européen de vendredi se saisirait du dossier. ”Nous allons à nouveau voir si l’Europe peut se montrer plus souple”, a-t-elle dit à la presse, ajoutant que la date du 31 décembre n’était pas gravée dans le marbre.
Mais Mandelson a déclaré à Reuters que de telles propositions étaient ”totalement irréalistes”, puisqu’elles donneraient aux retardataires un avantage sur les pays qui jouent le jeu en prenant un risque politique et économique.
Le secrétaire d’Etat français aux Affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet, a dit comprendre la stratégie de la Commission, qui est de ”maintenir la pression pour les mettre en demeure de signer” afin de respecter les obligations de l’OMC. ”Nous lui avons rappelé qu’aucun Etat ne devait se trouver dans une situation pire au 1er janvier”, a-t-il ajouté.
Pour donner des gages à l’OMC, l’Union est convenue de conclure dans un premier temps des accords purement commerciaux avant la fin de l’année en renvoyant à 2008 le complément non-commercial, notamment les services et les investissements. Parallèlement, la Commission a proposé des mesures afin de rassurer la France, l’Espagne et le Portugal, qui veulent protéger leurs producteurs de bananes des Caraïbes, des Canaries et de Madère contre les importations de bananes ACP.
L’exécutif européen s’est engagé à ouvrir une enquête pouvant mener à des mesures de sauvegarde pour ralentir les importations de bananes ACP si ces dernières augmentent de plus de 25% par rapport à la moyenne des trois dernières années.

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