12 mars 2010 - 09:18 |

Paris accueille la conférence sur les grands bassins forestiers

Dans son discours d’ouverture, Nicolas Sarkozy s’appuie sur l’environnement pour rappeler la nécessité de changer la gouvernance mondiale

(12/03/10)

Extraits du discours de Nicolas Sarkozy à l’ouverture de la Conférence inetrnationale sur les grands bassins forestiers, l’intégralité du discours pouvant être lu sur notre Blog Bois tropicaux http://www.sequencemedia.com/africablog/

“A Copenhague, c’est la France qui a proposé que 20% des 10 Milliards de dollars qui seront dépensés chaque année, sur les trois années, 2010, 2011, 2012, dans le cadre du « fast-start », soient consacrés aux bassins forestiers. Je vais vous redire ma conviction que les pays qui ont sur leur territoire des grands bassins forestiers ne peuvent pas entretenir seuls ce patrimoine de l’humanité. Leur souveraineté est totale naturellement, mais je veux dire qu’ils n’ont pas les moyens financiers de l’entretenir seuls, or ces bassins forestiers rendent service à l’humanité toute entière. C’est l’ensemble des pays qui doivent contribuer au financement. Notre objectif, c’est de réduire la déforestation de
25% d’ici 2015, de 50% d’ici 2020 et tout simplement de mettre un terme à la déforestation en 2030.


Naturellement, la lutte contre la déforestation, la protection et le réchauffement climatique, ne doivent
pas faire oublier le combat pour le développement. L’un ne peut aller sans l’autre. Protéger les massifs forestiers signifie que les terres cultivables ne peuvent être étendues à leurs dépens. Nous devons donc mettre en place des programmes d’amélioration de la productivité agricole pour répondre aux besoins alimentaires de populations en croissance rapide. On ne va pas venir vous expliquer, alors que vous avez une population parfois si pauvre, qu’on doit choisir entre la protection de la forêt et la misère pour les populations des forêts ou alentours. Ce serait bien sûr non seulement absurde mais choquant.
Je souhaite qu’une étude évalue les impacts, positifs et négatifs, de l’agenda « REDD+ » sur la sécurité alimentaire, afin d’établir les meilleures pratiques pour concilier lutte contre la pauvreté et lutte contre la déforestation.


2010 doit être l’année de progrès décisifs dans deux directions :

Mettons-nous d’abord d’accord sur les avancées concrètes réalisables cette année pour chacune des dispositions de Copenhague. Je pense bien sûr au financement des actions dans les pays en développement. Nous devons mettre en place un véritable plan d’investissement de 30 milliards de dollars sur 3 ans en privilégiant les actions à impact rapide. La France, je vous le dis, ne ménagera aucun effort pour que les fonds promis soient disponibles. On ne peut plus faire des conférences, promettre de fonds et ne pas verser, c’est une question de confiance entre nous. Cela n’aurait pas de sens, ce serait profondément choquant.

Deuxièmement, au-delà de 2012, nous avons prévu 100 milliards de dollars par an à l’horizon 2020, dont 20% pour les pays forestiers. Seuls des financements innovants nous permettront de relever ce défi. La France, par l’intermédiaire de Bernard Kouchner porte cette idée depuis le début. S’il n’y a pas de financement innovant, il n’y a pas l’argent. C’est ma conviction. D’autres peuvent ne pas la partager, moi je me battrai là-dessus. A Copenhague on s’est mis d’accord sur le principe des financements innovants et sur l’enveloppe, 100 milliards de dollars en 2020. La France appuiera donc le Premier ministre d’Ethiopie, Melès Zenawi, dans la mission que lui a confié, au côté de Gordon Brown, par le Secrétaire général des Nations Unies. Et nous prendrons, avec d’autres, des initiatives au G20 (G20 que la France présidera en novembre 2011) pour que soit adoptée une taxe sur les transactions financières. C’est une question de crédibilité pour chacun d’entre nous. C’est tout simplement une question de crédibilité.


Et je demande aux pays d’Amérique latine, d’Afrique et d’Asie, de comprendre que le clivage n’est pas un clivage Nord-Sud, il est un clivage entre les pays qui veulent agir et avoir des résultats et ceux qui veulent attendre et laisser passer l’orage. Je le dis à mes amis Africains, il faut que nous sortions de l’organisation habituelle, les pauvres d’un côté les riches de l’autre, non ! Cette stratégie là, elle est perdante. Mettons d’un côté tous les pays qui veulent construire un meilleur avenir pour la planète, qu’ils soient du Nord ou du Sud, qu’ils soient pauvres ou riches, cassons les clichés, nous avons besoin des uns des autres ; et montrons tous ceux qui, derrière les belles paroles, ne veulent rien faire parce que ceux qui ne veulent rien faire, c’est ceux qui ne veulent pas payer. Et si l’argent n’est pas là, ceux qui paieront les conséquences de cette absence, ce sont les plus pauvres et notamment l’Afrique. Je crois que chacun d’entre nous doit regarder la carte géopolitique sans se tromper et si un certain nombre de pays n’avait pas été là, dont la France, à Copenhague, il n’y aurait pas de « fast-start », il n’y en aurait pas (j’ai un très bon souvenir de la bagarre qu’il a fallu mener pour l’avoir) il n’y aurait pas de financement innovant et il n’y aurait pas les perspectives des 100 milliards de dollars en 2020.


Là maintenant, nous, on est disposé à se battre avec d’autres pays, mais c’est à vous amis d’Afrique, à vous amis d’Asie, à vous amis d’Amérique latine de faire le choix : à quelle coalition voulez-vous appartenir ? Celle du progrès ou celle de l’immobilisme ? Parce que si vous ne nous aidez pas, on n’y arrivera pas. Les montagnes à bouger, à faire évoluer pour faire comprendre qu’une taxation sur les mouvements financiers, ce n’est pas un drame, sont tellement grandes que si la France avec quelques autres au G20, elle n’y arrivera pas. Si nous avons l’Afrique derrière nous, si nous avons une partie de l’Asie derrière nous, si nous avons l’Amérique latine derrière nous, alors on y arrivera. C’est un choix.


Puisque j’y suis, je vais continuer à massacrer mon propre discours. Je vais dire un mot de l’ONU, parce que l’on ne peut plus maintenant évacuer les problèmes et les vraies questions, ce n’est plus possible. L’ONU est absolument indispensable et en même temps, cela ne marche pas. Je suis prêt à débattre avec qui veut de cette réalité. Pourquoi l’ONU est indispensable ? Parce que le G192 c’est
mieux que le G20, lequel G20, c’est mieux que le G8 et le G8, c’est mieux que le G2. Remarquez, de toute manière le G2, il n’y avait pas de risque.
Donc, la France est pour que le cadre soit celui de l’ONU. Il n’y a pas de doute à avoir là-dessus, nous ne voulons laisser aucun pays derrière. Que l’on me comprenne bien, le plus petit pays, le plus pauvre, sa voix compte, comme le plus grand et le plus riche. Donc il n’y a pas de doute à avoir là-dessus.
D’abord, il n’y pas de stratégie alternative. Moi je souhaite (je l’ai dit au Secrétaire général) si le G192 ne veut pas être contesté par les autres « G », il faut qu’il prenne plus d’initiatives. La nature a horreur du vide. Si l’on a fait le G20, c’est parce que du côté du G192, c’est un peu lourd. Mais les méthodes de travail doivent changer. Je veux m’en expliquer en deux minutes en terminant devant vous.


Pour le reste et j’en terminerai par là, j’ai la certitude qu’il faut faire la réforme des Nations Unies. Que Copenhague, que le réchauffement climatique, que le GIEC nous obligent à faire la réforme des Nations Unies ou les Nations Unies se trouveront dans une impasse. Le Conseil de sécurité doit être élargi. Cela ne pose aucun problème. Imaginez qu’il n’y a pas comme membre permanent, un seul pays d’Afrique, un seul pays d’Amérique latine, l’Inde ! C’est déraisonnable. Donnons à chaque région du monde un quota de places de membres permanents et laissons chaque région du monde désigner à leur manière, qui ne sera pas forcément… On ne désignera pas les membres permanents de la même façon en Afrique qu’en Amérique latine, quel est le problème ? C’est déjà le cas aujourd’hui.
Quelle est la difficulté ? Et en tant que, l’année prochaine, présidente du G20 et présidente du G8, la France prendra des initiatives sur ce sujet et sur tant d’autres.”

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