12 juin 2019 - 20:23 |

Youssef Rouissi, d’Attijariwafa Bank « La vision est d’être un acteur à moyen et long terme »

La banque marocaine Attijariwafa Bank s’est tournée à partir de 2005 vers l’Afrique sub-saharienne à la recherche de relais de croissance dans certains pays où le taux de bancarisation était inférieur à 20%. Elle a d’abord ciblé les pays francophones avec l’acquisition de 14 banques entre 2005 et 2017, qui lui assurent une quasi couverture de l’ensemble de l'Afrique francophone. Aujourd’hui, elle aborde la deuxième phase de son déploiement stratégique qui concerne l’Afrique anglophone avec l’entrée en 2017 sur le marché égyptien.

 

Youssef Rouissi, directeur général adjoint d’Attijariwafa Bank, intervenant à la conférence « Le Maroc, une ambition d’émergence avec l’Afrique », organisée hier par Club Afrique de la Presse Africaine (CAPP), répond aux questions de CommodAfrica.

 

Vous avez souligné le faible taux de bancarisation de l’Afrique. Comment comptez-vous le développer notamment envers les populations rurales ?

Nous avons une approche multidimensionnelle. Nous avons une approche de bancarisation à travers le réseau traditionnel d’agences que nous déployons. Aujourd’hui, nous avons un réseau bancaire de plus de 1 300 agences hors Maroc. Nous avons le premier réseau bancaire africain. Nous déployons ce réseau dans chacun des pays où nous sommes présents et où le taux de bancarisation est souvent inférieur à 20%. Au Maroc, il est de 70%. Nous avons donc un potentiel très important qui doit nécessairement passer par un réseau d’agences physiques couplé également à des offres digitales de qualité qui permette de bancariser les jeunes populations.

Toutefois, nous nous sommes rendus compte, chemin faisant, que ces approches n’étaient pas suffisantes pour adresser des populations à faibles revenus et en particulier les populations dans les zones péri-urbaines et dans les zones rurales. Ces populations ont parfois des blocages d’ordre psychologique pour rentrer dans une agence bancaire traditionnelle. Nous avons donc créé un format d’agence de banque économique - low income banking- que nous avons mis en place il y a quelques années au Maroc à travers une filiale dédiée, Wafacash, qui a une licence bancaire lui permettant de déployer des agences de petites tailles avec des offres bancaires ultra simplifiées et à faibles coûts. Ce sont des agences en propre et en franchise avec aussi des agences mobiles. Elles ont toutes des horaires adaptés (tard le soir, le samedi). Nous déployons cette offre en Afrique avec un certain succès.

La vision est d’être un acteur à moyen et long terme et cela passe par ce déploiement de ces réseaux de proximité, d’un côté, et du digital de l’autre.

Le financement est  qualifié d’onéreux en Afrique, comment abaisser son coût ?

Les structures de taux sont souvent liées aux conditions macroéconomiques dans lesquelles les pays exercent avec des taux directeurs des Banques centrales qui peuvent être parfois plus élevés. Mais, les offres bancaires doivent être aussi améliorées ainsi que la liquidité du système bancaire. Attijariwafa Bank milite dans ce sens de façon à pouvoir abaisser le prix du risque, notamment pour les très petites entreprises, les PME, et in fine le coût de l’argent pour les entreprises.

Sachant qu’à côté de la problématique du taux, il y a souvent la problématique de l’accès au financement qui est tout aussi primordiale. C’est pourquoi nous accompagnons les TPE -PME dans leur accès au système bancaire. Nous avons mis en place au Maroc un certain nombre de centres de conseil /coaching, les centres Dar Al Moukawil (« mon entreprise ») ou nous accueillons des jeunes porteurs de projet pour les accompagner à titre gracieux sur les aspects de comptabilité, gestion d’entreprise, etc.

Les banques ont souvent une attitude très frileuse en ce qui concerne le financement de l’agriculture, qu’elle juge fréquemment très risquée. Quelle est votre approche ?

Pour l’agriculture nous avons une approche vers l’agro-industrie. Historiquement nous sommes une banque leader dans l’agro-industrie au Maroc. Nous déployons aussi ce modèle en Afrique sub-saharienne. L’idée étant qu’autour des grands acteurs agro-industriels nous fédérions un faisceau d’écosystèmes de petits et moyens agriculteurs avec un mécanisme de triangulation où l’entreprise agro-industrielle solvabilise en quelque sorte le petit agriculteur. L’agriculteur est préfinancé par l’entreprise et Attijariwafa Bank finance l’agro-industriel. Ainsi les petits agriculteurs s’agrègent autour d’acteurs structurés qui leurs donnent les marchés, qui leurs procurent les préfinancements et les accès au marché extérieur. C’est ce que le plan Maroc Vert a bâti à travers ces écosystèmes, modèle qui a été extrêmement payant.

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