12 août 2011 - 00:00 |

La Chronique Matières du Jeudi

Les matières en turbulence

(12/08/2011)

Cacao. Depuis le 1er août, la tonne de cacao à Londres a perdu £ 200. En effet, le marché a réalisé que la campagne qui s’achève est « miraculeuse », souligne un trader. Une récolte meilleure qu’attendue en Afrique de l’Ouest devrait porter à 4 025 000 t la production mondiale de cacao sur la campagne 2010/11, générant un excédent de 325 000 t, a annoncé mercredi l‘Organisation internationale du cacao (ICCO). Ceci représente une révision considérable à la hausse par rapport aux dernières prévisions de l’ICCO le mois dernier et qui portait cet excédent à 187 000 t.
En effet, la Côte d’Ivoire devrait produire un record de 1,5 Mt, le Ghana devrait « excéder » le million de tonnes et le Cameroun vient d’annoncer un record de 236 701 t. Cela compense largement la mauvaise performance de l’Indonésie où les cacaoyers sont très affectés par des maladies et qui devrait ne produire que 470 000 ou 480 000 t alors que plus de 500 000 t étaient attendues.
Mais ceci ne devrait guère impacter durablement les cours car la campagne 2011/12 devrait repasser en dessous des 4 Mt, selon le directeur exécutif de l’ICCO, Jean-Marc Anga, suite à une météorologie défavorable ; en outre, les cacaoyers sont fatigués après une si belle performance cette campagne qui s’achève. Le marché mondial devrait être à nouveau déficitaire de quelque 150 000 t, un déficit que l’ICCO estime structurel : les quelques années d’excédent comme en 2010/11, ne seraient que des exceptions. L’ICCO maintient sa prévision de prix à $ 3 000 la tonne en moyenne pour la campagne prochaine.
Les prix bord champ en Côte d’Ivoire se sont inscrits en hausse la semaine dernière, certains acheteurs faisant de la rétention. Selon la Bourse Café Cacao, le prix bord champ moyen aurait été de FCFA 625 le kilo, mais selon les planteurs, il se serait plutôt de l’ordre de FCFA 550-600 contre 500 à 550 la semaine précédente.

Café. Cette semaine, les actions ont volé la vedette aux matières premières de façon générale et au café en particulier. « De toute façon, le marché du café, lui, est blasé, et plus personnes ne cherchent à comprendre, pourquoi cela monte ou baisse », souligne un trader. L’activité sur le marché du physique reste bonne, compte tenu des vacances. L’incertitude dans les prix et l’approvisionnement engendre un pragmatisme et les couvertures se font jusqu’au premier trimestre 2012, surtout en Robusta.
En effet, l’offre en Robusta est très tendue. « Malgré de bonnes prévisions de récolte en Vietnam, il est assez compliqué de trouver des offres fiables sur cette période. Les acheteurs vaccinés par les péripéties récentes, achètent sans trop discuter les différentiels pour profiter de la récente baisse de Londres. Les stocks restent gigantesques, malgré une bonne demande. Ils rassurent les acheteurs qui savent qu’à tout moment ils trouveront de la marchandise, même si ils sont obligés de payer les prix des détenteurs de ce spot. Des prix qui, en Robusta, restent largement en dessous de l’Arabica », poursuit le trader.
En Arabica l’activité est plus faible : les différentiels n’évoluent guère et l’offre, pour l’essentiel, demeure largement supérieure à la demande. On constate une petite hausse du café de Colombie, ce qui est normal à cette période de soudure entre les récoltes.

Céréales. A cause de la météorologie défavorable, le département américain de l’Agriculture (USDA) a révisé à la baisse ses estimations de production de maïs, ce qui a provoqué une hausse des cours de cette céréale entrainant dans son sillage le blé aux Etats-Unis comme en Europe. Pourtant, l’USDA a révisé à la hausse ses estimations de stocks de fin de campagne de blé, cette céréale étant visiblement plus abondante que le maïs. Quant à l’analyste français Stratégie Grains, il a laissé inchangé ses estimations de blé pour l’Europe à environ 130 Mt : la qualité est bonne mais on s’interroge sur les résultats de récolte en Allemagne et en Pologne, récoltes qui ont été retardées en raison des pluies.

Coton. Curieusement, le marché n’a guère réagi au dernier rapport du département américain de l’Agriculture (USDA) qui, pourtant, aurait du peser sur les cours mondiaux. En effet, hier, l’USDA a annoncé des prévisions de production américaine de coton sur 2011/12 à 16,55 millions de bales de 480 lb, en hausse par rapport à ses estimations précédentes (16 millions).
Mais le négoce n’en a guère tenu compte, les estimant trop optimistes alors que le Texas, un des principaux Etats cotonniers des Etats-Unis, vient de connaître sa plus grave sécheresse depuis un siècle. L’USDA a calculé des rendements de 820 lb/acre ce qui est jugé beaucoup trop élevé ; ils seraient plutôt de l’ordre de 700 lb/acre, selon Lou Barbera de VIP Commodities. Pour sa part, une enquête menée par Reuters auprès des opérateurs avait estimé la production à venir à 15,29 millions de bales.

Huile de palme. Mercredi comme jeudi, les cours de l’huile de palme sur le marché à terme de Kuala Lumpur se sont inscrits à la hausse sur fond de bonne tenue générale des matières premières agricoles sur les marchés mondiaux et face à des annonces de production d’huile de palme en baisse par rapport aux attentes. L’impact d’El Nino se ferait ressentir.
Cette bonne tenue de l’huile est la bienvenue après une chute de 21% de son cours depuis le début de l’année : l’offre a été abondante mais aussi les traders se sont inquiétés d’une baisse de la demande aux Etats-Unis et en Europe du fait de la crise économique. Aujourd’hui, les perspectives de production ne sont pas aussi bonnes mais les stocks sont élevés.

Riz. Au Vietnam, face à une demande très forte notamment de l’Indonésie, les prix du riz mercredi n’ont jamais été aussi hauts depuis trois ans : ils ont progressé de 5% sur la dernière semaine. Depuis la fin juillet, lorsque le Vietnam a chargé 1 Mt, dont 500 000 t à l’Indonésie, les prix ont déjà grimpé de 6%. .
En Thaïlande, la demande est assez faible, mais les prix se sont maintenus, stimulés par des spéculations sur une intervention du gouvernement sur ce marché du riz : le nouveau gouvernement a, en effet, promis d’acheter du paddy aux riziculteurs à 15 000 baht ($ 501) la tonne, soit le double du prix actuel qui est de 7 000 baht. Rappelons que depuis le début de l’année, le pays a exporté 7,5 Mt contre 4,8 Mt sur la même période l’année dernière, confirmant plus que jamais sa première place mondiale en tant qu’exportateur de la denrée.

Sucre. Les gelées et des rendements médiocres impactent les résultats sucriers du centre-sud du Brésil : l’association Unica estime la production à 31,57 millions de tonnes, soit en baisse de 2,5% par rapport à sa précédente estimation en juillet. Rappelons que cette région représente 90% de la production de cane à sucre du Brésil. Les exportations ont également été révisés à la baisse, à 22,32 Mt, soit 3,5% de moins que les estimations de juillet ; 26,64 Mt ont été exportées l’année dernière.
Quant aux Etats-Unis, l’offre de sucre en ce début de campagne 2011/12 est abondante suite aux importations effectuées auprès des 40 pays à travers le monde avec lesquels les Etats-Unis ont des accords (1,384 Mt devraient être importées) et à des stocks de début de campagne élevés, à 1,785 Mt contre 1,527 Mt en juillet, ce qui représente un ratio stock/consommation de 11,7% en juillet contre 11,1% en juin mais en nette baisse par rapport aux 15,5% en juillet 2010, selon un rapport du département américain de l’Agriculture (USDA). Rappelons que les Etats-Unis consomment en moyenne 10 Mt de sucre par an, les importations représentant un quart de ce total.
En Afrique du Sud, la production de sucre sur la campagne 2011/12 est estimée maintenant à 1,932 Mt par la South African Sugar Association (SASA) contre 1,932 Mt précédemment. Les broyages de canne à sucre atteindraient 16,982 Mt contre 16,537 Mt.

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