12 août 2013 - 00:00 |

L'Afrique devrait bien tirer son épingle du jeu du revirement sur la scène mondiale de la potasse

 

L’industrie africaine de la potasse est tout à fait naissante mais devrait mieux tirer son épingle du jeu que d’autres au plan mondial face à la guerre que se livrent les grands de cette industrie depuis fin juillet.

Rappelons que le n°1 mondial de la potasse, le russe Uralkali, avait alors annoncé vouloir commercialiser seul ce minerai de la première importance dans la fabrication d’engrais, sans passer par BPC, joint venture qu’il avait constitué avec le biélorusse Belaruskali. BPC et Canpotex, société regroupant PotashCorp, Agrium et Mosaïc, contrôlaient à eux deux quelque 70% de la production mondiale de potasse. En faisant voler en éclat BPC, Uralkai aurait pour objectif de casser les prix en jouant sur les volumes et affaiblir ses concurrents, souligne le Figaro.

L’effondrement du cartel devrait entraîner une chute de 25% des prix de la potasse sur le marché mondial, rapporte Reuters. Ceci devrait, de facto, remettre en cause, en partie du moins, des projets importants notamment au Canada d’acteurs majeurs comme celui de Jansen de BHP Billiton. Par voie de conséquence, cela devrait donc favoriser l’exploitation dans des régions du monde où les coûts de production sont moindres et la teneur en minerai plus élevée comme en Afrique, plus particulièrement au Congo, en Ethiopie et en Erythrée.

Parallèlement, une baisse des prix de la potasse permettra à la demande de croître plus rapidement, notamment sur le marché africain où la consommation et les habitudes alimentaires sont en pleine évolution avec une démographie galopante et une croissance urbaine élevé, souligne Ed Marlow, directeur général d’African Potash qui développe actuellement le projet du lac Dinga au Congo. « Nous parlons de prix mondiaux de la potasse qui descendrait aussi bas que $ 300 et moins. Si vous produisez même en dessous de $ 100 la tonne, vous dégagez tout de même une bonne marge », explique-t-il à Reuters.

En Ethiopie, la situation est un peu plus difficile qu’au Congo car la distance entre le site du gisement de potassium dans la dépression des Danakil et le port est plus grande qu’au Congo où les différents gisements ne sont distants du port de Pointe Noire que de 20 à 100 km. Notons que le projet d’Allana Potash, d’un coût de $ 642 millions, a pour objectif la production d’un million de tonnes par an.

Rappelons que seulement 12 pays à travers le monde fournissent la quasi-totalité de l’offre mondiale en potasse, avec le Canada, la Russie et la Biélorussie en tête. En 2007, de nombreux projets ont vu le jour car le prix mondial de la potasse était très élevé mais aujourd’hui, leur rentabilité est remise en question.

L’Afrique, quant à elle, aurait une bonne carte à jouer car l’essentiel de ses projets importants n’entreraient en production qu’en 2016 ou 2017, époque à laquelle les prix de la potasse devraient avoir augmenté car la demande va croître.

En réalité, soulignent certains, le succès de la filière africaine est fondé sur ses faibles coûts d’exploitation. Ainsi, les mines au Congo ont une teneur en minerai de 20 à 25% selon les chiffres de la Banque mondiale, soit similaire aux gisements de la province canadienne de Saskatchewan ; surtout, l’exploitation au Congo se fait dès 300 m tandis qu’au Canada il faut aller à plus de 1 000 m, rapporte Reuters.

Si la demande africaine en potasse ne représente aujourd’hui qu’un million de tonnes, elle ne devrait que croître et atteindre entre 3 et 7 millions en 2020. Et les investisseurs, comme le milliardaire nigérian Aliko Dangote, l’ancien patron du groupe brésilien Vale, Roger Agnelli, ou encore le norvégien Yara, y voient un potentiel majeur.

Selon Farhad Abasov, PDG d’Allana Potash, si dans un premier temps l’essentiel de la production africaine ira à destination de l’Asie, pas moins de 20 à 40% sera pour le marché africain. Ainsi, l’Ethiopie a annoncé un appel d’offres pour des unités de fabrication de 4 NPK (azote, phosphore, potassium) qui devraient requérir 200 000 t de potasse par an.

Au Congo, le projet le plus avancé est celui de Mengo (1,2 Mt/an) du groupe chinois Evergreen ; il devrait être achevé en 2015. Quant au groupe australien Elementals Minerals, son coût de production sur son site de Sintoukola serait de $ 79,70 la tonne, selon son rapport de 2012, contre des coûts moyens de production au niveau mondial variant entre $ 100 et 150. Le prix spot est de $ 400 environ.

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