12 août 2016 - 12:15 |

La Chronique Matières du Jeudi (12/08/2016)

Le phénomène météorologique La Niña ne devrait pas se développer dans les tous prochains mois comme cela avait été annoncé, mais il y a encore 55% à 60% de "chance" qu'il intervienne durant l'automne et l'hiver 2016/17, selon les prévisions de l'agence gouvernementale américaine National Weather Service's Climate Prediction Center. En juin, l'agence avait estimé ces "chances" à 75%. Un phénomène climatique qui impacte toujours les productions agricoles de certaines régions, ce qui affecte les marchés mondiaux.

Côté monnaies, le dollar s'est raffermi face aux autres devises mais il a reperdu en cours de semaine après l'annonce par la Réserve fédérale américaine qu'elle relèverait les taux d'intérêt d'ici la fin de l'année. Le réal brésilien, quant à lui, est redescendu  après avoir touché, en début de semaine, sa valeur la plus élevée en 13 mois face au dollar. Le yen japonais termine la semaine, quant à lui, très ferme face au dollar.

 

CACAO
La fève de cacao a franchi, cette semaine, le seuil psychologique des $ 3 000 la tonne, terminant hier jeudi légèrement en retrait à 2 993 la tonne sur l'échéance décembre et à £ 2 377 à Londres. Vendredi dernier, le marché de Londres avait clôturé à £ 2420 la tonne, ayant déjà gagné 5,4% sur la semaine.

Une hausse qui trouve son souffle dans els fondamentaux. En annonçant, ce matin, ses résultats trimestriels, le groupe Olam a souligné qu'il estimait le déficit sur le marché mondial du cacao en 2015/16 à 320 000 tonnes (t). En Côte d'Ivoire, les arrivages aux ports d'Abidjan et de San Pedro ont totalisé 1 440 000 tonnes entre le 1er octobre, début de la campagne 2015/16, et le 7 août, selon les exportateurs. Ceci représente une baisse de 14% par rapport aux 1 670 000 t sur la même période la campagne 2014/15.

Côté entreprises, le fonds de charité qui détient le géant américain Hershey devait discuter cette semaine de nouvelles nominations à son conseil d'administration. D'ici fin 2017, il devrait avoir nommé pas moins de 9 nouveaux membres. Un changement comme Hershey n'en a pas connu en une décennie et qui pourrait conduire, selon certains observateurs, à la nomination de profils financiers, ce qui pourrait annoncer une plus grande diversification du fonds de charité, les marchés de matières premières s'étant avérés décevants ces derniers temps. Notons qu'actuellement Hershey représente les deux-tiers des investissements du fonds.

CAFE
L'Arabica comme le Robusta ont tous deux baissé cette semaine sur leurs marchés à terme respectifs de New York et Londres. L'Arabica a clôturé à $ 1,4115 la livre, son plus faible prix en 5 semaines, tandis que le Robusta tombait à $ 1 808 la tonne. Vendredi dernier, l'Arabica avait clôturé à $ 1,425 la livre et le Robusta à $ 1 823 la tonne.

Un mouvement baissier lié, certes, au raffermissement du dollar mais pas seulement, ce qui fait dire aux observateurs qu'il pourrait durer.

"Si nous ne voyons pas de risque de gelées (au Brésil) la semaine prochaine, je crois que les fonds vont sortir de l'Arabica", estime Carlos Mera, analyste matières premières chez Rabobank. En effet, la récolte au Brésil est maintenant bien avancée -81% étant déjà récolté au 10 août, selon les analystes Safras & Mercado, contre 79% l'année dernière à pareille époque-  et on s'attend à d'importants volumes, de l'ordre de 54,9 millions de sacs de 60 kg (Ms), toujours selon Safras & Mercado. La récolte du Robusta serait déjà achevée.

Ainsi, la baisse des exportations brésiliennes en juillet n'a pas fait rebondir le marché. De la même façon, le marché n'a pas réagi à l'annonce du négociant Marex Spectron d'une campagne 2016/17 à nouveau déficitaire. Un déficit estimé à un million de sacs de 60 kg (Ms) contre 2,4 Ms pour l'actuelle campagne 2015/16.

Quant aux Robusta, le marché asiatique a été plutôt ralenti cette semaine car les stocks sont en baisse dans les pays producteurs et la demande à l'achat est faible. En outre, les producteurs font de la rétention, espérant des cours plus élevés.

CAOUTCHOUC
La hausse du prix du baril a provoqué cette semaine un rebond du prix du caoutchouc naturel sur le marché à terme de Tokyo, le Tocom, qui a clôturé aujourd'hui à son niveau de prix le plus élevé en deux semaines. Un marché qui a été, par ailleurs, impacté par la hausse puis la baisse du yen, la monnaie de cotation du caoutchouc sur le marché nippon, par rapport au dollar.

Le prix du kilo de caoutchouc a amplifié cette semaine (+2,0%) sa hausse timide de la semaine dernière (+0,1%), clôturant à Tokyo aujourd'hui à 158,2 yens ($ 1,55) contre 153,7 yens ($ 1,52) vendredi dernier.

Un marché qui, globalement, reste dans l'expectative de savoir si, oui ou non, l'accord en début d'année entre les grands producteurs de réduire leurs exportations de 615 000 t sur 6 mois à partir de mars, sera effectif et respecté.

En Inde, la production de caoutchouc naturel a progressé de 6,4% en juin par rapport à il y a un an, à 50 000 tonnes (t), car il a moins plu dans le principal Etat de production du Kerala, au sud du pays, ce qui a permis aux producteurs de saigner davantage les arbres, a annoncé cette semaine le Rubber Board. Rappelons que la mousson dure de juin à septembre habituellement, ce qui entrave les opérations de production. L'Inde a importé 4% de moins sur ce même mois de juin, à 37 336 t, notamment de Thaïlande, du Vietnam, d'Indonésie et de Malaisie. La consommation nationale, quant à elle, a fait un bond de 7,4%, à 87 000 t.

COTON
Le marché du coton s'est retourné hier, jeudi, clôturant en hausse après trois séances de baisse, les investisseurs voulant couvrir leurs positions courtes avant que ne soient publiées, aujourd'hui, les perspectives de marché par le département américain de l'Agriculture (USDA). Ainsi, sur l'échéance décembre, le coton a clôturé à 71,86 cents la livre, en forte baisse par rapport aux 76,74 cents en clôture vendredi dernier.

En Inde, la mousson est forte avec une pluviométrie supérieure de 15% par rapport à la moyenne, ce qui pourrait impacter favorablement les cultures qui commencent en juin à être plantées, et ce après deux années de sécheresse. Toutefois, selon un rapport du bureau du département américain de l'Agriculture (USDA) en Inde, ceci pourrait ne pas avoir l'impact positif attendu sur le coton au plan national. En effet, les agriculteurs semblent se détourner quelque peu du coton pour embrasser des cultures alimentaires. Les superficies seraient en baisse, à 1,12 millions d'hectares sur la campagne 2016/17, avec un volume de production également révisé à la baisse à 27 millions de balles de 480 lb. En effet, le coton est très sujet aux maladies et le coût des intrants est élevé. Cette situation oblige les filatures à importer de la fibre. Aussi le gouvernement a-t-il augmenté de 1% le prix minimum de soutien au producteur pour la campagne 2016.

La Chine poursuit ses ventes aux enchères de coton issu de ses stocks : 17 441 t ont été vendues jeudi au prix moyen de 13 786 yuans ($ 2 076,52) la tonne. Ces 17 441 t représentent 58,09% des volumes totaux mis en vente hier. Mercredi, ce sont 20 600 t qui ont été vendues au prix moyen de 13 846 yuans ($ 2086,18) la tonne, soit 68,64% du volume total présenté à la vente.

HUILE DE PALME
L'huile de palme termine la semaine à son niveau de prix le plus élevé en deux mois, enregistrant 4 séances de hausse sur 5. Sur la semaine, le gain serait de 4,7%, sa plus forte hausse hebdomadaire depuis le mois de février, et s'ajoutant à celle de 3,9% la semaine dernière.  Sur le marché à terme en Malaisie, la tonne d'huile de palme a clôturé à     2 520 ringitts ($ 628) contre 2 407 ringitts ($ 599) vendredi dernier.

La raison? Une offre étroite.  Ainsi, en Malaisie, l'un des deux plus importants producteurs au monde, avec l'Indonésie, les exportations en juillet ont fait un bond de 21,2% par rapport au mois de juin, essentiellement à destination de la Chine, deuxième plus important importateur d'huile de palme au monde derrière l'Inde. Et sur les 10 premiers jours du mois d'août, elles ont encore progressé de 18%, selon les chiffres du Malaysian Palm Oil Board (MPOB). Ces très fortes exportations ont totalement annulé la belle hausse de production enregistrée sur ce même mois de juillet, de l'ordre de 3,5% à 1,59 MT, sa progression la plus forte en 8 mois (à noter que la production d'huile de palme augmente toujours au 3ème trimestre). Ceci dit, du fait des conséquences d'El Niño, ce niveau de production demeure le plus faible en 6 ans pour un mois de juillet, en baisse de 13% par rapport à juillet 2015.

Par conséquent, toujours fin juillet, les stocks en Malaisie ont enregistré une baisse de 0,2% par rapport au mois de juin, à 1,77 million de tonnes (Mt), C'est la première baisse sur le mois de juillet en 5 ans.  

En juin, l'Indonésie a exporté 1,78 Mt d'huiles de palme et de palmites contre 1,76 Mt en mai

Côté entreprise, l'américain Cargill a annoncé mercredi des résultats trimestriels en baisse quant aux bénéfices, notamment à cause de résultats décevants sur le segment de la transformation des graines oléagineuses. Le singapourien Wilmar a enregistré sa première perte trimestrielle de son histoire, à fin juin, une perte de l'ordre de $ 220 millions alors que sur ce même trimestre en 2015, il avait enregistré un bénéfice net de $ 193,2 millions.

RIZ

Sur les marchés asiatiques, le prix du riz a baissé cette semaine face à une demande atone des pays africains et une offre croissante. Pourtant, les Philippines, un des plus gros importateurs de riz au monde, a annoncé vouloir acheter 250 000 t ce trimestre auprès du Vietnam, de la Thaïlande ou du Cambodge. En Afrique, on attendrait la prochaine vente aux enchères de la Thaïlande qui pourrait offrir du riz moins cher. Rappelons que la Thaïlande, deuxième plus important exportateur de riz au monde derrière l'Inde, a vendu 347 500 t provenant de ses réserves gouvernementales à l'occasion  de deux ventes aux enchères organisées en juillet. Il devrait y avoir d'autres ventes aux enchères ce mois ci.

Cette semaine, sur les marchés asiatiques, le Thaï 5% brisures s'est vendu entre $ 415 et 423 la tonne FOB, contre $ 410-432 la semaine dernière. Le Viet 5% brisures, riz été-automne, a baissé à $ 355 la tonne FOB contre $ 360-365 la semaine dernière, tandis que els 25% brisures, très prisé par les Philippines, est demeuré inchangé à $ 335-340.

En Inde, les riziculteurs ont planté 28,2 millions d'hectares au 5 août contre 27,61 millions sur la même période il y a un an.

En juillet, les cours mondiaux se sont maintenus relativement fermes, marquant cependant un certain essoufflement en fin de mois à mesure que l’offre d’exportation se fait plus abondante, souligne Patricio Mendez del Villar dans sa lettre mensuelle d'information Osiriz. Le gouvernement thaïlandais poursuit sa politique de déstockage massif de ses anciennes réserves et les récoltes dans l’hémisphère nord s’annoncent bonnes. Toutefois, les prix mondiaux devraient se maintenir plutôt fermes en raison d’une reprise de la demande d’importation sud-est asiatique à partir de la deuxième moitié de l’année. Pour la troisième année consécutive, l’amélioration de la production mondiale prévue cette année ne sera pas suffisante pour couvrir les besoins totaux, écrit encore el spécialiste. Aussi, Il faudra puiser une nouvelle fois dans les stocks mondiaux pour satisfaire la consommation globale. Les premières estimations pour 2017 indiquent d’ailleurs une nouvelle baisse des stocks à 165 Mt.

En Afrique subsaharienne, poursuit Patricio Mendez del Villar, la production rizicole pourrait progresser de 3% en 2016 et avoisiner les 18,5 Mt (en équivalent riz blanc). Les récoltes devraient être plus abondantes en Afrique de l’Ouest grâce aux politiques de soutien aux filières locales. En revanche, en Afrique de l’Est et Austral, la production ne progresserait que de 1% compte tenu de faibles précipitations ou des pluies tardives en début de cycle végétatif. En Egypte, la production serait en progression grâce à des prix aux producteurs plus rémunérateurs, note encore le spécialiste du Cirad. L’amélioration de la production rizicole africaine devrait limiter la demande d’importation en 2016 pour la première fois depuis 2008. La baisse des importations reste cependant conditionnée à la réduction effective de la demande nigériane, le premier importateur de la région et le deuxième sur le plan mondial. 

SUCRE

Lundi, le sucre roux a grimpé à 20,92 cents la livre suivant en cela sa forte performance la semaine dernière. Puis, les jours suivant, le marché est redescendu, ayant visiblement de la difficulté à affronter le seuil psychologique des 21 cents la livre. On constate déjà une certaine résistance à 20 cents et un soutien à 19,40 cents, selon un trader. Ce d'autant plus que le réal brésilien s'est affermi puis le dollar et que les broyages de canne dans la région centre-sud du Brésil vont bon train, ce qui devrait encore continuer, estime Carlos Mera, analyste matières premières chez Rabobank.

Ainsi, le sucre roux a continué à baisser hier, clôturant sur le marché à terme de New York à 19,6 cents la livre après avoir déjà perdu 4% mercredi. Le sucre blanc, quant à lui, côté sur le marché à terme de Londres, a terminé à $ 532,70 la tonne. Vendredi dernier, ils avait clôturé, respectivement, à 20,35 cents la livre et $ 551,40 la tonne.

Selon le négoce, malgré un réal brésilien qui a touché son niveau le plus élevé en 13 mois face au dollar, les exportations de sucre du n°1 mondial demeurent à des niveaux élevés. Le marché n'a d'ailleurs accordé que peu d'attention à l'annonce d'une éventuelle chute de 40% de la production de sucre dans l'Etat de Maharashtra, en Inde.

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