12 novembre 2013 - 09:30 |

La fourmi tisserande, au secours des vergers d'Afrique de l'Ouest

Elle combat efficacement la mouche des fruits

Nous reprenons ci-dessous un article du CIRAD

 Les mouches des fruits occasionnent des pertes considérables dans les vergers d’Afrique de l’Ouest. Mangues, agrumes et anacardes deviennent impropres à la consommation à cause de leurs piqûres. Au cours de ces dernières années, les chercheurs du Cirad et de l’IITA ont mis au point un ensemble de techniques de lutte biologique contre ces ravageurs primaires et de quarantaine. Ils s’intéressent en particulier à la fourmi tisserande, l’un de leurs prédateurs, qui non seulement dévore leurs larves, mais émet des signaux chimiques qui exercent un effet répulsif vis-à-vis de leurs femelles.
La production fruitière d’Afrique de l’Ouest est victime d’un groupe de diptères téphritides rassemblés sous le nom de mouches des fruits. Ces insectes pondent à l’intérieur des fruits et leurs larves, qui s’en nourrissent, les détruisent.
Une espèce invasive originaire du Sri Lanka, Bactrocera invadens, est une des plus redoutables. Elle a été détectée en 2004 au Bénin, comme au Sénégal et au Togo. Elle s’est répandue depuis dans toute l’Afrique de l’Ouest, et les planteurs de manguiers, sans moyens de contrôle efficaces au début de l’invasion, se sont découragés.
Le Cirad et l’IITA ont lancé en 2008 un projet régional de lutte contre les mouches des fruits, le Waffi (West African Fruit Fly Initiative). Centré sur la mangue, ce projet avait pour objectif de mettre à la disposition des producteurs des techniques de lutte intégrée leur permettant de produire des fruits sains. C’est dans le cadre de ce projet, que les chercheurs se sont intéressés aux fourmis tisserandes, un agent de contrôle biologique des mouches des fruits et d’autres ravageurs des forêts d’Afrique de l’Ouest.

Des sociétés complexes et bien organisées

Les fourmis tisserandes africaines, Œcophylla longinoda, se rencontrent dans les forêts tropicales, où elles constituent des colonies complexes. Elles colonisent fréquemment les vergers de manguiers, d’agrumes et d’anacardiers, moins souvent les plantations de cacaoyers et de palmiers à huile. Elles ont la particularité de construire des nids arboricoles en « tissant » entre elles les feuilles des arbres avec les fils de soie produits par leurs larves. Ce sont aussi de féroces défenseurs de leur territoire, prêts à combattre tout intrus.
Au sein d’une colonie, les fourmis se reconnaissent et communiquent grâce aux différentes phéromones qu’elles émettent. On en dénombre au moins six types chez l’espèce africaine, qui, combinés à des comportements spécifiques, leur permettent d’attirer leurs congénères, d’explorer de nouveaux territoires, de signaler un intrus, d’attaquer un ennemi, d’obtenir de la nourriture ou de demander de l’aide.
Chaque colonie compte de nombreux nids. Dans les vergers de manguiers du Borgou, au Bénin, les chercheurs en ont dénombré entre 800 et 1 300 par hectare, ce qui correspond à 20 à 30 colonies. Chaque colonie comporte une reine, des mâles et deux castes d’ouvrières, qui diffèrent par leur taille et par leur fonction : les ouvrières les plus petites, les « minors », restent dans les nids pour prendre soin du couvain, les ouvrières les plus grandes, les « majors », patrouillent constamment à la recherche de proies sur le territoire de la colonie.

Prédation et répulsion : les deux atouts des fourmis tisserandes
C’est pour cette capacité à éliminer tout intrus sur leur territoire que ces fourmis intéressent les chercheurs. Ces fourmis ont, en effet, développé des stratégies efficaces pour chasser en groupes sur le feuillage des arbres, mais aussi sur le sol au pied de l’arbre sur lequel elles nichent, et capturer les insectes qui s’y trouvent. Les chercheurs ont d’ailleurs constaté, dès les débuts de leurs travaux, que les manguiers où de nombreux nids étaient installés portaient des fruits nettement moins attaqués par les mouches que les autres.
Des études plus poussées ont confirmé leur impact sur la structure, la composition et les fluctuations des communautés d’insectes avoisinantes, en particulier celles des insectes phytophages, et démontré qu’elles exercent leur prédation principalement sur les larves, au moment de leur sortie des fruits infestés, et rarement sur les adultes.
Mais ce n’est pas leur seul mode d’action. Les scientifiques ont en effet découvert qu’elles provoquaient une réaction de répulsion chez les mouches : après leur passage sur les mangues, les mouches se détournent des fruits et y pondent beaucoup moins. Ce phénomène de répulsion, qui a pu être vérifié en laboratoire et sur le terrain, est dû aux signaux, physiques (microtaches) et surtout chimiques (phéromones), laissés par les fourmis.

Des vergers protégés et des fruits de meilleure qualité

Les fourmis tisserandes ont bien d’autres avantages. Elles protègent les arbres fruitiers contre certains hémiptères nuisibles en empêchant les fourmis terricoles qui les transportent d’accéder aux frondaisons des arbres.
Elles ont aussi un effet répulsif sur les roussettes, qui se nourrissent de fruits, et peut-être aussi sur les serpents arboricoles dangereux, comme le mamba vert, voire même un effet dissuasif sur les voleurs de fruits.
Elles ont enfin un rôle indéniable dans l’amélioration de la qualité des fruits, de la mangue en particulier. Leur présence dans l’arbre augmente la concentration en sucre des fruits, réduit leur acidité et améliore leur qualité microbiologique.

Prophylaxie, biopesticides et lutte biologique : une gestion agroécologique des ravageurs

Ces recherches sont accompagnées de formations destinées aux arboriculteurs dans toute la région. Les fourmis tisserandes, qui étaient au début du projet perçues comme nuisibles par les planteurs du fait de leurs morsures, sont désormais mieux acceptées. Protégées, nourries, parfois même introduites dans les vergers, elles commencent à devenir des auxiliaires précieux au Bénin, mais aussi au Togo, au Ghana, en Guinée et au Sénégal.
Avec les fourmis tisserandes, les producteurs de mangues disposent désormais d’un arsenal complet de moyens pour lutter contre les ravageurs de leurs vergers et produire des fruits sains tout en préservant l’environnement.
Les méthodes mises au point dans le cadre du projet régional de lutte contre les mouches des fruits permettent en effet une gestion agroécologique des ravageurs, que ce soit la lutte prophylactique par élimination des mangues infestées, les traitements du feuillage avec des biopesticides ou la lutte biologique avec des parasitoïdes et les fourmis tisserandes.

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