13 février 2019 - 11:14 |

Bruno Mettling, Orange : le 'fantastique' basculement d'Internet sur l'oral pour l'agriculture

Pour Bruno Mettling, président d'Orange Middle East & Africa, la grande mutation du web actuellement est de passer de l'écrit à l'oral et, de surcroît, en langues vernaculaires. Ceci permettra à des millions d'agriculteurs en Afrique de réintégrer l'économie, d'accroître leurs revenus, ce qui incitera, de fait, à développer les capacités de transformation en milieu rural et réduira aussi les gâchis alimentaires. Mais ceci implique de développer la couverture du réseau et de rendre accessible les smartphones : Orange travaille à abaisser à $ 30 ou $ 40 leur prix d'achat.

Interview exclusive par CommodAfrica du patron d'Orange Afrique à l'occasion du Forum Afrique 2019 qui s'est tenu à Paris vendredi, organisé par le CIAN (Conseil des investisseurs en Afrique) et le MOCI (Moniteur du commerce international) et qui, comme chaque année, présentait le Rapport 2019 sur Les entreprises internationales en Afrique, rédigé en collaboration avec CommodAfrica, avec pour thème "Les voies prometteuses des transformations africaines".

Lors de votre présentation à ce Forum Afrique 2019, vous avez évoqué le basculement vers l'oral, ce qui, en matière agricole, est fondamental. Comment allez-vous mettre en œuvre ceci ?

La grande accélération qui se produit actuellement dans le monde de l'Internet c'est la bascule de l'écrit -on envoyait un mail, on chatbotait, on échangeait à travers l'écrit- au conversationnel. C'est-à-dire que, de plus en plus, les moteurs, les assistants vocaux, les traductions simultanées, les nouvelles applicatives, permettent de parler à travers l'Internet dans les mêmes conditions et de pouvoir échanger.

C'est important parce que toute une partie de personnes en Afrique, de par la mauvaise maîtrise de l'écrit, était, de fait, écartée de l'économie d'Internet.

Même avec des langues vernaculaires…

La nouveauté est que, non seulement cela va être l'oral, mais ce sera avec les langues vernaculaires. Par exemple, en ce qui concerne Orange, nous allons bientôt proposer un mobile, un smartphone, qui ne répondra plus tellement sur les commandes à travers l'écrit -comme on tapotait sur son mobile- mais à travers la voix. Et dans les langages sur lesquels on va lancer ce mobile, il y a l'anglais, le français, l'arabe et le swahili pour tenir compte du fait que nous sommes en RDC et qu'une partie importante de la population ne pouvait pas échanger.

Donc, c'est non seulement la bascule de l'écrit vers l'oral, mais c'est aussi grâce aux moteurs d'intelligence artificielle, l'aisance de la traduction simultanée, les progrès que font les applications de traduction simultanée, le fait de pouvoir parler dans sa langue à une personne qui ne maîtrise pas forcément cette langue et qui, maintenant, va bénéficier d'une traduction de qualité en temps réel.

Grâce à ça, ce sont des centaines de millions d'Africains qui vont pouvoir réintégrer l'économie.

Et c'est important pour l'agriculture parce qu'on s'aperçoit qu'en matière agricole, on a développé des applicatifs qui permettaient aux agriculteurs d'avoir des conseils sur la météo, sur l'état des sols, sur quand il fallait irriguer, ce qu'il fallait planter. On avait aussi des applicatifs qui permettaient de connaitre le prix des matières qu'ils avaient produites sur différents marchés pour aller là où le prix était le plus favorable à leur endroit.

Mais on s'est aperçu qu'une partie de ces conseils n'étaient pas accessible car il fallait maîtriser le français et l'écrit. Donc, grâce à ces nouveaux applicatifs, à ces nouveaux outils, ils vont pouvoir bénéficier demain, dans leur langue, de ces conseils.

C'est tout un fantastique nouveau champs qui va se développer. Il suppose, évidemment, que les gens aient accès à l'internet, donc au mobile, donc au smartphone, donc au réseau. Evidemment, l'enjeu était de faire baisser le prix des smartphones car on sait bien que ce prix, pour toute une partie de la population, était un frein à l'accès à l'Internet, et d'améliorer la qualité de la couverture des réseaux. Et ça, c'est un engagement que les opérateurs ont pris par rapport au pays.

Ca suppose, je le dis aussi, que les autorités dans le pays prennent bien conscience de l'ampleur des enjeux qu'il y a derrière et favorisent économiquement ces investissements et ces développements. Je le dis aussi car, parfois, certaines politiques fiscales peuvent ne pas favoriser le développement de ces nouveaux services qui vont permettre à l'Afrique de renforcer la croissance qu'elle connait aujourd'hui. Car, si on fait rentrer toutes ces populations dans la dynamique de l'économie, les faire bénéficier des bons conseils au bon moment, c'est évidemment des croissances de revenus pour elles, qui peuvent être très importantes.

Dans le cadre de la logistique -car sa faiblesse engendre des pertes agricoles et donc alimentaires- avez-vous des projets précis en 2019 pour Orange en Afrique ?

Evidemment, notre rôle est de proposer des réseaux de qualité au monde agricole, de mettre des applicatifs à la disposition de ceux dont c'est le métier. Mais je vois que, par rapport à la structuration de la filière agricole, si vous avez une croissance des revenus des agriculteurs, vous avez alors une capacité à transformer sur place beaucoup plus grande.

Le grand problème de l'Afrique est que les industries de transformation ne sont pas présentes sur les lieux de production. Je pense que pour y arriver, cela repose sur un cercle vertueux qui est : le développement des revenus des agriculteurs, donc de la quantité produite, donc de la capacité à transformer sur place et à éviter les gâchis.

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