13 mars 2019 - 16:02 |
à Ouagadougou

Crise de mévente du sucre à la SN Sosuco au Burkina : la bouée de sauvetage toujours attendue

Les années se suivent et se ressemblent à la Nouvelle société sucrière de la Comoé (SN Sosuco). Située à Bérégadougou dans la région des Cascades, la société vit, depuis la campagne sucrière de 2014/15, un cycle infernal de mévente. Entre la concurrence des produits importés, la fraude, les faveurs de l’Etat aux opérateurs économiques et l’obsolescence de son équipement, l’unique producteur de sucre au Burkina Faso bat des ailes.

Techniquement tout se passe bien à la SN Sosuco tant au niveau de la production de la canne dans les champs qu’au niveau de transformation à l’usine. Mais, « ce que nous avons réellement comme souci, c’est la commercialisation de notre sucre. Nous produisons entre 30 000 et 35 000 tonnes par an. La consommation nationale est estimée à 120 000 tonnes. C’est-à-dire que nous produisons à peine le tiers de la consommation nationale, et nous n’arrivons pas à vendre » s’indigne Mouctar Koné, directeur général de la SN Sosuco. Pour la campagne 2017/18, « nous avons un stock non pris de 9 500 tonnes alors que nous nous apprêtons à commencer la nouvelle campagne » explique Sékouma Bamba, l’administrateur des ventes.

Les campagnes s’enchainent, les méventes aussi. Les stocks s’accumulent et les magasins débordent. Pour y remédier, la société a mis en place un système de stockage à ciel ouvert malgré les risques. «Nous fermons le sucre avec des bâches. Mais les bâches à elles seules ne peuvent pas protéger à 100% le sucre. Vu les fortes pluies que nous avons eu, le sucre a été mouillé et nous avons isolé une grande quantité qui ne peut plus être livrée aux clients. C’est une perte énorme pour la société » confie Mohamed Fofana, gestionnaire des stocks produits finis. Et selon le directeur Koné, les pertes posent de nombreux problèmes financiers à la société « si bien que nous n’arrivons pas à faire les investissements nécessaires pour augmenter la productivité et pour également baisser le coût de production et par conséquent le prix de vente du sucre ».

Victime de fraude à l’importation et de concurrence déloyale

Pour la SN Sosuco, deux problèmes essentiels expliquent les difficultés actuelles de la société. Le premier, dénominateur commun à l’ensemble des industriels au Burkina, c’est la contrebande. « D’énormes quantités de sucre rentrent sur le marché sans passer par les voies légales et se vendent forcement à des prix plus bas que le sucre de la SN Sosuco » déplore Moucta Koné.Ce constat a  été validée par les conclusions d’une étude menée en 2015 par l’Institut Free Afrik. 

Hormis, la fraude sucrière, la SN Sosuco dénonce une faveur de l’Etat aux importateurs. « Le sucre qui rentre légalement perçoit comme une subvention de l’Etat », explique Mouctar Koné. En effet, une fois à la frontière, le sucre en poudre  et le sucre en morceaux sont dédouanés au prix forfaire de FCCA 190 000 (€289,65) la tonne. Alors que sur le marché international, il y a une différence de prix assez nette entre les deux catégories de sucre. Pour le directeur de SN Sosuco, cette « valeur de référence ne tient pas compte du coût réel du sucre sur le marché, mais fixe une valeur forfaitaire à partir de laquelle le sucre est dédouané … ». En tenant compte du prix moyen du sucre ces derniers mois sur le marché international, « pour le sucre en poudre, l’importateur devait payer environ FCFA 116 000 à la douane. Avec la valeur minorée, il va payer moins de FCFA 90 000. C’est comme si l’Etat renonçait à des taxes d’environ FCFA 30 000 sur le sucre en poudre. Et sur le sucre en morceaux, l’Etat renonce à plus de FCFA 140 000 par tonne » précise Moucta Koné.

La modernisation de l’outil de production plus que nécessaire

Du côté des services publics, la SN SOSUCO est victime de la vétusté de ses équipements. « La SN Sosuco doit être plus performante et travailler à développer l’outil de production pour être rentable » affirme M. Nakelsé, directeur général du contrôle économique et de la répression des fraudes. Il ne faut donc pas fermer les yeux sur la nécessité intrinsèque de la société d'investir dans technologie, de se moderniser, de  maitriser les coûts de production et de les baisser sans pour autant nuire à la qualité de sucre. « Pour analyser ce problème, il faut le faire du point de vue scientifique. Il ne doit pas y avoir de sentiment » conclut M. Nakelsé.

Des mesures… il en faut encore plus

La question de la mévente du sucre de la SN Sosuco revient de manière récurrente sur le devant de la scène depuis la campagne sucrière de 2014/15. Une situation qui a fait l’objet de plusieurs concertations avec l’Etat, par ailleurs actionnaire de la SN SOSUCO. La dernière en date est celle entre le gouvernement et le secteur privé le 7 mars dernier qui a examiné la mise en œuvre des engagements et recommandations adoptés en novembre 2018.

A cette occasion, le ministre du Commerce, de l’industrie et de l’artisanat, Harouna Kaboré, a souligné le travail fait par le nouvel organe, la Brigade mobile de contrôle des produits de grande consommation (BMC) et les mesures prises pour résoudre les problèmes de méventes. Parmi ces dernières, la signature d’un protocole d’accord entre les distributeurs et la SN-Sosuco et la mise en place d’un comité de suivi du respect des intentions d’achat. Ce protocole stipule que si les importateurs « n’enlèvent pas le sucre de la SN Sosuco, c’est difficile d’importer de façon légale. Il faut la facture d’enlèvement du sucre de la SN Sosuco d’abord pour avoir l’autorisation spéciale d’importation » explique le directeur général du contrôle économique et de la répression des fraudes.

En outre, au niveau des importations légales, le relèvement de la valeur devant servir de base de liquidation du sucre importé est envisagé. Un décret a été aussi adopté en octobre dernier fixant la liste des produits soumis à autorisation spéciale d’importation (ASI) et à autorisation spéciale d’exportation (ASE) qui concerne le sucre aussi. Les statistiques de l’utilisation des ASI fait aussi l’objet, en collaboration avec le service des douanes, d’un suivi périodique et rigoureux.

Certaines mesures comme la limitation des autorisations d’importation aux signataires ou la surveillance du marché ne sont pas nouvelles, expérimentées sous la Transition en 2015. Le mal est installé. La société subit toujours des méventes. Les discours changent peu. Maintenant plus que jamais, il faut des mesures beaucoup curatives de la part de toutes les parties prenantes.

 

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