13 octobre 2014 - 00:00 |
à Cannes

Le coton africain face au couperet chinois

Les cotonniers réunis lors du traditionnel dîner de l’Afcot dans l’expectative

Pour la première fois, l’Association française cotonnière (Afcot) s’est réunie le 9 octobre à Cannes pour son traditionnel séminaire et dîner professionnel. La météo était certes beaucoup plus clémente qu’à Deauville, le soleil était même radieux, mais côté marché, l’orage qui menaçait depuis plusieurs mois a fini par éclater. Et au cœur de cet orage, la Chine, qui était tout à la fois un élément stabilisateur du marché et la source majeure d’incertitude.

Pour la campagne 2014/15, la Chine a arrêté sa politique, en vigueur depuis trois ans, d’achat du coton national à prix subventionné. Une politique qui l’a conduit à accumuler dans sa réserve des stocks supérieurs à 11 millions de tonnes (Mt). Elle a ensuite annoncé, fin septembre, qu’elle allait restreindre ses quotas d’importations de fibre blanche au minimum exigé par l’OMC, soit 894 000 tonnes en 2015. Les exportations de coton d’Afrique en Chine pourraient alors tomber à 120 000 tonnes en 2015, soit 2 fois moins qu’en 2014 et 3 fois moins qu’en 2012, souligne Frédéric Viel, président de l’Afcot.

Des décisions qui pèsent lourdement sur les cours mondiaux du coton. Depuis août 2013, les cours ont perdu 30% de leur valeur et ils se situent aujourd’hui juste au-dessus de la moyenne de 40 ans de l’Indice A de Cotlook à 69 cents la livre. Un retour aux fondamentaux, comme le soulignait le professeur Philippe Chalmin ajoutant que l’on ne peut durablement avoir des cours supérieurs à 60 cents la livre après 5 années d’excédent de l’offre sur la demande et des stocks se situant à 14 millions de tonnes.

Faiblesse des cours, baisse des importations chinoises, l’équation va être difficile à résoudre pour les sociétés cotonnières africaines. Si les cours se maintiennent à ce niveau, le décalage entre le prix fixé au producteur au printemps 2014 pour la campagne 2014/15 bien qu’en baisse et les cours mondiaux du coton, pèsera sur les finances des sociétés. Surtout dans un contexte où la production de coton en Afrique de l’Ouest devrait bondir de 16% à 1,8 million de tonnes selon les prévisions du département américain de l’Agriculture (USDA). Par exemple pour le Burkina Faso, dont la production est estimée à 700 000 tonnes en 2014/15, le déficit serait de FCFA 12 milliards. Le fonds de lissage ne permettra de couvrir qu’environ FCFA 5 milliards. Et dans les autres pays, un tel mécanisme n’existe pas.

Améliorer la productivité est certes une solution, prônée depuis plusieurs années, mais où des marges de manœuvres sont possibles. Henri Clavier, directeur adjoint de la Sodecoton, souligne que le Brésil, où la production de coton est essentiellement pluviale, comme en Afrique, les rendements sont de l’ordre de 1,5 tonne à l’hectare. Des moyens doivent être mis dans la recherche soulignent Bachir Diop de la Sodefitex au Sénégal et Kokou Djagni de la NSCT du Togo. 

Mais cela implique un changement de modèle pour l’Afrique et donc des résultats qui pourront être atteints que dans le moyen ou long terme. Dans un plus proche avenir, entreprendre des campagnes de promotion du coton africain peut contribuer à limiter les érosions de part de marché. L’Afcot, en collaboration avec l’Association Cotonnière Africaine (ACA) et le soutien du Centre du Commerce International (ITC), va, pour la première fois, organiser un voyage de promotion du coton africain en Asie du Sud-Est.

Quid des prochains mois ? Personne ne s’est avancé à faire des pronostics. Toutefois, Frédéric Viel, sans être optimiste, et plutôt inquiet face aux conséquences possibles du virus Ebola, estime que paradoxalement les mécanismes de subventions en Inde (Le système de soutien de prix minimaux) et aux États-Unis (Prêt américain) peuvent être des éléments de stabilité. Une analyse que partage Michael Edwards, directeur de Cotton Outlook, et qui considère aussi que les autorités chinoises n’ont aucun intérêt à brader leur coton qu’elles ont chèrement payé. En outre, il est encore trop tôt pour savoir comment vont réagir les agriculteurs à la nouvelle politique chinoise, qui consiste à octroyer des subventions aux producteurs du Xinjiang, province où est réalisée les 2/3 de la production chinoise. Une nouvelle réduction de la production chinoise est-elle envisageable ? Enfin, autre inconnue, la relance de la consommation chinoise. La convergence des prix entre le polyester et le coton pourrait lui donner un nouveau souffle.

Preneurs de prix, les pays africains producteurs de coton entrent dans une période de turbulence, après quatre années de renaissance, qui ont suivi les cinq années de crise profonde qu’a connu la filière.

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