13 octobre 2016 - 17:45 |

La Chronique Matières du Jeudi (13/10/2016)

Les marchés agricoles risquent d'être perturbées dans les prochains mois en raison du phénomène météorologique La Niña qui aurait 70% de "chance" de sévir, selon des prévisions réactualisées de l'agence météorologique américaine, Climate Prediction Center (CPC). Côté monnaies, si le dollar avait déjà gagné 2% depuis le début du mois, boosté par l'éternelle attente d'un relèvement des taux d'intérêt par la Réserve fédérale, le billet vert a perdu du terrain aujourd'hui face aux mauvais résultats économiques chinois qui fragilisent toujours l'ensemble de l'économie mondiale.

CACAO

Une semaine cacao plutôt terne, inscrite sous le sceau des chiffres de broyages du cacao, les prix terminant la période sous revue en baisse et incertains, dans l'attente de statistiques d'Amérique du Nord le 20 octobre. La tonne de fèves était aujourd'hui à  £ 2 179 la tonne à Londres et $ 2 659 à New York, partie vendredi dernier de £ 2 236 et $ 2 785.

Les broyages européens au troisième trimestre ont déçu, progressant de seulement 2,9%, soit la fourchette basse de l'estimation des observateurs et analystes qui variaient de 2 à 6%.  Ceci correspond à 343 935 tonnes (t), a annoncé hier l'Association européenne du cacao. En outre, la baisse de l'euro depuis le début du mois n'est pas bonne pour la demande européenne en chocolat, souligne Shwan Hackett, président de Hackett Financial Advisors.

Quant à l'Allemagne, qui publie toujours ses chiffres à part, ses broyages sont en hausse de 1,03% sur ce même troisième trimestre, à 102 273 t, a déclaré hier aussi l'association des confiseurs BDSI. Au premier trimestre, ils avaient progressé de 1,2% et au second de 1,96%. Rappelons que sur l'année calendaire 2015, les broyages allemands avaient atteint 393 421 t, en hausse de 10,5%. Sur ces trois premiers trimestres 2016, ils totalisent déjà 291 809 t.

 Et on s'attend également à un +2 à +3% pour l'Amérique du Nord.

Côté producteurs, les planteurs ivoiriens s'inquiètent des conditions très humides de récolte, ce qui complique les opérations de séchage et favorisent les maladies. En outre, les conditions d'exportation aux ports ne sont toujours pas revenues à la normale (cf. notre dernière chronique).

CAFÉ

Le Robusta caracole à des plus hauts en 20 mois, cotant aujourd'hui à Londres $ 2 043 la tonne sur l'échéance novembre. Ses cours enregistrent des hausses depuis cinq sessions consécutives ; ils ont gagné $ 42 la tonne depuis vendredi dernier.

Sur le marché du physique chez le n°1 mondial, le Vietnam, les prix sont au plus hauts depuis mai 2013 car on s'attend à une production en baisse de 15%, selon certains traders. Une envolée qui incite les producteurs à faire de la rétention, espérant que les prix augmentent encore. Ceci tire également les Arabica qui cotent aujourd'hui $ 1,5295 la livre sur décembre contre $ 1,48 vendredi dernier.

En outre, face à une production nationale en baisse, on s'attend à ce que l'Indonésie augmente ses importations de 43% cette année, à 100 000 t, pour pouvoir satisfaire sa demande locale. Le pays importe essentiellement du Vietnam et du Brésil. Selon Irfan Anwar, président de l'Association des exportateurs et industriels du café indonésien, la production pourrait chuter d'un tiers, à 400 000 t,  à cause des mauvaises conditions météorologiques liées à El Niño. En outre, ils considèrent que cela prendra plus d'une année pour que la production nationale retrouve ses niveaux de 2015. Les exportations de café en grains pourraient baisser d'un tiers, à 300 000 t, estime maintenant l'Association alors qu'en août, elle avait avancé les chiffres de 360 000 à 380 000 t d'exportation. En 2015, l'Indonésie avait mis 400 000 t sur le marché mondial.

Le Vietnam et l'Indonésie représentent ensemble 28% de la production mondiale de café, Robusta et Arabica confondus.

En revanche, côté Arabica Doux, le Costa Rica devrait enregistrer une hausse de 7% de ses exportations de café sur la campagne 2015/16, à 1,24 millions de sacs de 60 kg (Ms).

CAOUTCHOUC

Après sept séances consécutives de hausse, les cours du caoutchouc sur Tokyo Commodity Exchange (Tocom) se sont contractés mercredi les investisseurs prenant leurs bénéfices suite à la chute des cours du pétrole et à l’appréciation du yen  vis-à-vis du dollar. La semaine dernière le caoutchouc avait gagné 6,4% inversant les pertes de la semaine précédente.

Le contrat pour une livraison en mars  a reculé mercredi de 2,6 yens pour clôturer à 179,7 yens ($1,75) le kilo. La veille, les cours avaient atteint un plus haut de cinq mois soutenus par la hausse des cours du pétrole et la fermeté des contrats à terme sur marché de Shanghai.

Les stocks de caoutchouc brut dans les ports japonais se sont élevées à 7 809 tonnes en date du 20 septembre, en hausse de 0,2% à partir de la dernière date de l'inventaire, selon les données de l'Association du commerce du caoutchouc du Japon.

COTON

Le dernier rapport du département américain de l’Agriculture sur l’offre et la demande mondiale de coton a pris tout le monde par surprise et provoqué un bond de près de 3%  des cours du coton mercredi. Le contrat de décembre a grimpé de 2,7%  affichant 68 ,97 cents la livre à la clôture.

L’USDA a abaissé ses prévisions de production de coton aux Etats-Unis  à  16,03 millions de balles contre 16,14 millions de balles en septembre  diminuant en conséquence ses prévisions de stocks intérieurs de clôture 2016/17 à 4,30 millions de balles (4,9 millions de balles en septembre). Légère baisse de la production mais surtout l’USDA anticipe une hausse des exportations de coton américain, plus 500 000 balles à 12 millions de balles, suite à une augmentation de la demande mondiale d’importation. 

Les prévisions mondiales d’offre et de la demande de coton pour 2016/17 soulignent une  forte baisse des  stocks tant d’ouverture que de clôture. Les stocks d’ouverture ont été abaissés de près de deux millions de balles en raison d'une augmentation des estimations de la consommation en Chine. « La vente de plus de 12 millions de balles provenant des ventes aux enchères de ses réserves récemment avec une hausse des prix intérieurs suggèrent que  la demande chinoise a déjà été sous-estimée » indique l’USDA. En outre, les importations du Bangladesh ont également été révisées à la hausse. Pour 2016/17, l’USDA estime que les importations progresseront de 400 000 balles (500 000 balles en 2015/16) à 6,3 millions de balles. Depuis 2015/16, le Bangladesh est devenu le premier importateur mondial de coton et devrait le rester en 2016/17. La part du Bangladesh dans les importations mondiales  se situe aujourd’hui  à plus  de 18%, soit plus du double que 5 ans auparavant. « Ce grand changement dans les importations du Bangladesh à son tour impacte les exportateurs de coton,  en particulier les pays d’Afrique de l’Ouest comme le Bénin et le Burkina Faso, et les pays d'Asie centrale comme l'Ouzbékistan » indique l’USDA.

 

Source : USDA

A noter que l’USDA  a augmenté de 100 000 balles ses prévisions d’exportation de coton du Bénin à 700 000 balles en 2016/17 en raison de stocks importants de report. Celles du Mali ont été aussi augmentées de 100 000 balles à 1,2 million de balles suite à une révision à la hausse de la production.

Les tensions politiques grandissantes  entre l’Inde et le Pakistan auraient conduit à un arrêt du commerce du coton entre les deux pays, alors que le Pakistan, troisième consommateur mondial  commence  habituellement ses importations à partir du mois de septembre, indique Reuters.  A l’issue de la campagne agricole qui vient de se terminer, le Pakistan a été le plus grand acheteur de coton de l'Inde sa propre production ayant chuté frappée par la sécheresse et les parasites. Le pays a  importé 2,5 millions de balles de l'Inde, et a soutenu les prix du coton indiens à un moment où la Chine réduisait ses importations.  Des achats plus faibles cette année par le Pakistan pourrait  donc nuire aux exportations du plus grand producteur mondial de coton et mettre la pression sur les prix indiens, mais pourraient aussi aider d’autres producteurs-exportateurs  de coton concurrents tels que le Brésil, les Etats-Unis et certains pays africains.

La production de coton en Australie devrait se redresser cette année et pourrait atteindre environ 4 millions de balles, selon le directeur général de Cotton Australia, Adam Kay.

La Chine a approuvé pour  2017 des quotas d'importation à tarif réduit pour les céréales et le coton,  a déclaré jeudi la Commission nationale du développement et de la réforme (NDRC).  Les quotas, portant des tarifs de seulement 1%, restent inchangés par rapport aux années précédentes.  Le quota de blé est de 9,6 millions de tonnes (Mt), le maïs à 7,2 Mt, le  riz à 5,3 Mt et le coton à 894 000 tonnes.

HUILE DE PALME

Après avoir enregistré sa plus forte baisse hebdomadaire en trois mois la semaine dernière, en recul de 2,8%, les cours de l’huile de palme se sont redressés en ce début de semaine portés par des prévisions de production moindres en octobre et un ringgit affaiblit.

Le Malaysian Palm Oil Board a indiqué lundi que la production en septembre avait augmenté marginalement de 0,8%  à 1,72 million de tonnes tandis que les exportations ont chuté de 20,4%. Toutefois, sur les 10 premiers jours d’octobre, les exportations progressent de 10,8% selon Intertek Testing Services.

La production mondiale d’huile de palme devrait progresser de 5,5 millions de tonnes (Mt) en 2016/17 (démarrant en octobre) a estimé jeudi  l’analyste Thomas Mielke d’Oil World lors Palm Oil Trade Fair and Seminar. Pour l’année 2016, la production devrait chuter de 3,3 Mt à 59,2 Mt. Quant aux prix, Thomas Mielke estime que l’huile de palme brute de Malaisie devrait grimper à  2900 – 3000 ringgits la tonne au premier trimestre 2017.

RIZ

On observe une légère hausse des prix à l’exportation du riz asiatique tant en Thaïlande qu’au Vietnam cette semaine avec des perspectives plus favorables même si la demande demeure faible.

En effet, mardi le gouvernement thaïlandais a annoncé un plan gouvernemental en vue de stocker 10 millions de tonnes de riz afin de soutenir les prix. Il a également déclaré qu’il allait vendre 100 000 tonnes de riz à la Chine dans les prochains mois, une vente qui fait partie de l’accord de gouvernement à gouvernement signé l’année dernière entre la Chine et la Thaïlande pour la fourniture d’un million de tonne.  En outre, le pays ambitionne d’exporter 700 000 tonnes de riz par an en Iran. D’ores et déjà, le ministre du Commerce, Apiradee Tantraporn, alors qu’une délégation conduite par le vice-Premier ministre est en Iran cette semaine, a indiqué que des accords avaient été conclus pour vendre 300 000 tonnes de riz à l’Iran pour une valeur de 4,3 milliards de bath ($120 millions) et que quatre mémorandum of understanding (MoU) avaient été signés entre trois firmes thaïlandaises et quatre iraniennes pour vendre du riz blanc et basmati à l’Iran.

Au Vietnam, les prix s’apprécient également soutenus par la demande de négociants privés philippins, qui chercheraient à importer 326325 tonnes en provenance de Thaïlande et 280 375 tonnes en provenance du Vietnam, selon la  National Food Authority. Le Vietnam a fixé un prix plancher de $320  la tonne, base FOB, pour le 25% de brisures de riz, une catégorie souvent recherchée par les Philippines. Le nouveau prix plancher devrait entrée en vigueur vendredi selon  la Vietnam Food Association.

En revanche, en Inde les prix sont restés stables.

SUCRE

Les acteurs sur le marché à terme du sucre sont pris d'un doute aujourd'hui alors que doit être publié demain ou lundi un rapport sur les taux de broyages au Brésil. Or, qui dit doute, dit glissement des prix. Des prix qui, toutefois, demeurent à des niveaux historiquement hauts, légèrement au-dessus des 23 cents la livre aujourd'hui. Rappelons que la livre a atteint 23,90 cents jeudi dernier, son plus haut depuis juillet 2012 pour une première échéance. Le sucre blanc, quant à lui, frôle toujours les $ 600 la tonne, à $ 593,30, mais en baisse par rapport aux $ 598,70 la tonne.

Au Brésil, le temps sec durant la deuxième quinzaine de septembre a dû permettre aux activités de broyage de  se dérouler sans encombre ; les volumes de production pourraient donc être à la hausse, ce qui pourrait peser sur les prix. D'où l'attente du rapport d'Unica.

Autres facteurs vecteurs d'incertitude, les stocks américains de sucre qui sont à des niveaux record et la pression croissante exercée sur le gouvernement des Etats-Unis pour qu'il révise son accord commercial sucrier avec le Mexique. Selon le rapport publié hier par le Département américain de l'Agriculture (USDA), le ratio stock/utilisation aux Etats-Unis serait de 14,4% en 2016/17 alors que le mois dernier, il l'avait estimé à 13,5%. La production aux Etats-Unis est estimée à 9,4 Mt, en hausse de 155 000 t par rapport aux chiffres avancés en septembre. En effet, la récolte de betterave sucrière serait meilleure qu'escomptée, alors qu'elle était déjà présentée comme étant record. Ceci dit, les importations sont estimées atteindre 2,7 Mt en 2016/17, en hausse de 26 000 t pour les détenteurs de quotas, autres que le Mexique.

Le plus important raffineur de sucre en Europe, l'allemand Suedzucker, annonce aujourd'hui des bénéfices nets en hausse de 81% sur le premier semestre, à € 155 millions. Les raisons, des cours du sucre qui ne cessent de grimper et des rendements de betterave sucrière en hausse.

 

 

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