14 octobre 2020 - 17:11 |

Quel est l’état du commerce agricole en Afrique ?

Vaste question à laquelle répond le troisième rapport annuel du moniteur du commerce agricole en Afrique (AATM) élaboré par Stratégic Analysis and Knowledge Support System (ReSAKSS) et The African Frowth and Development Policy Modeling Consortium (Agrodep) et publié le mot dernier.  Un état des lieux précieux au moment où la pandémie de la Covid-19 a fragilisé la situation alimentaire de plusieurs pays et perturbé les flux commerciaux, notamment interafricains et pour partie informels. Regard sur une partie de ce rapport.

Diversification des destinations des exportations agricoles

Les exportations agricoles africaines se développent dans les pays émergents et à croissance rapide. Les exportations agricoles africaines ont affiché une tendance à la hausse entre 2003 et 2018, ainsi qu'une diversification des destinations d'exportation, les exportations augmentant vers le Brésil, la Russie, l'Inde, la Chine et d'autres pays asiatiques, dont l'Arabie saoudite, le Vietnam, les Émirats arabes unis et la Turquie, la Malaisie et le Pakistan. Cette diversification, note le rapport,  s'est traduite par une diminution progressive de la part de l'Union européenne (UE) en tant que destination des exportations africaines, de 45% en 2005-20707 à 36% en 2016–2018.

Néanmoins,  en valeur les importations de l'UE de produits agricoles africains ont connu une tendance à une hausse soutenue, malgré la diminution de leur part, et l'UE demeure la principale destination des exportations agricoles africaines. De même, les exportations vers les États-Unis et les destinations intra-africaines ont continuellement augmenté en valeur, mais les parts correspondantes (5 et 20%, respectivement) sont restées inchangées.

Les produits agricoles non transformés dominent toujours à l’export

Les fèves de cacao, les noix de cajou (en coque), le tabac, le café, les oranges, le coton, les graines de sésame, le thé noir, la pâte de cacao et les raisins frais sont les 10 produits agricoles les plus exportés de l’Afrique. Ils représentent 39% des exportations agricoles africaines en 2016-2018. Par rapport à 2005-2007, on observe de nettes évolutions. Classées au 15ème rang en 2005-2007, les noix de cajou sont passées au 2ème rang en 2016-2018. De même les graines de sésame ont progressé  de la 13ème à  la 7ème place. La vanille, les fleurs et la saccharose sont aussi parmi les produits qui ont gagné des places.  En revanche, le café (non torréfié ni décaféiné) a perdu sa place au profit du tabac et le coton est tombé au 6ème rang contre le 2ème en 2005-2007. Les fèves de cacao et les oranges ont maintenu leurs positions dans les deux classements en tant que premier et cinquième produits d'exportation.

Mais sur le marché interafricain, les produits transformés augmentent

Les flux commerciaux intracontinentaux répondent aux nouvelles tendances de la demande alimentaire intérieure souligne le rapport. Au fil du temps, progressent les exportations du blé et du maïs, mais

surtout des aliments transformés tels que les soupes, les bouillons et les préparations alimentaires.

Un commerce agricole intra-africain largement dominé par les pays membres de la SADC et du Comesa, en particulier l'Afrique du Sud, le Kenya et l'Égypte. « Hormis la Côte d’Ivoire en tant que grand exportateur et le Nigéria en tant que grand importateur, les pays d’Afrique occidentale et centrale jouent un rôle marginal dans le commerce agricole en Afrique », lit-on dans le rapport.

Un commerce agricole interafricain sous-estimé

Si sur la dernière décennie (2009-2019), seulement environ 22% du commerce agricole africain relève du commerce entre pays africains, ce pourcentage relativement faible par rapport aux autres continents,  est en fait largement sous-estimé. En cause, le commerce informel transfrontalier qui revêt plusieurs réalités : le commerce transfrontalier aux mains des commerçants informels passant aux postes frontières officiels avec de petites quantités ou traversant les frontières à des points non couverts par les fonctionnaires pour éviter les contrôles, et le commerce transfrontalier effectué par des commerçants formels qui réduisent le coût des droits d'importation à la frontière par une sous-déclaration ou une classification erronée, ou qui font de la contrebande de marchandises en évitant les agents des douanes. Différentes réalités mais qui n’altère pas son importance. Ainsi par exemple, une étude datant de 2011 de l’Insae estimait que le commerce informel entre le Bénin et le Nigeria était cinq fois plus élevé que les exportations officiellement enregistrées. Ce commerce informel est donc une source importante de revenus mais joue aussi un rôle important dans la sécurité alimentaire. Ainsi en Afrique de l’Ouest, il représenterait 30% du commerce total des aliments de base, selon l’Usaid (2015).

Le rapport souligne que « D'un point de vue politique, l'objectif des autorités africaines est désormais de «formaliser» le commerce informel. Leur objectif n'est pas, ou n'est plus, de décourager ce commerce ». Cela veut dire qu’il est nécessaire de réduire les coûts du commerce formel en prenant des mesures pour abaisser les barrières commerciales, pour rendre plus efficace les procédures douanières, pour faciliter les échanges, etc. Certaines de ces mesures sont mises en oeuvre dans le cadre des intégrations régionales. Le mouvement devrait s'amplifier avec  la Zone de libre échange continentale (Zelca).

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