14 décembre 2007 - 19:35 |

Sucden (UK) Ltd ouvre un bureau à Paris centré sur le courtage du coton

Jérôme Jourquin, Branch Manager de Sucden (UK) Limited Paris nous livre son analyse du marché du coton


(14/12/07) Sucden (UK) Ltd a ouvert officiellement depuis le 1er novembre un bureau à Paris, dirigé par Jérôme Jourquin. Dans un premier temps, ce bureau sera centré sur le courtage du coton, activité inexistante à Londres. L’objectif sera de développer aussi les grains et les oléagineux et plus généralement les matières premières. Concentré exclusivement sur l’achat et la vente sur la bourse de New York, les clients de Sucden (UK) Limited – Paris sont principalement les négociants, les égreneurs et dans une moindre mesure les filateurs basés en Asie.

Quelle est votre perception du marché du coton aujourd’hui ?

Jérôme Jourquin : Le coton est un produit dont on dit qu’il n’a pas autant performé que d’autres matières premières agricoles. Cela a été vrai ces dernières années, cela a un peu changé puisque l’on a eu un gros mouvement de hausse l’année dernière qui faisait suite, il est vrai, à une chute terrible. Le marché de New York a été supporté tous ces derniers mois par les fonds, que ce soit des hedge funds ou des index funds. Ils avaient une vision assez « supportive » sur les matières premières agricoles dont le coton. Lorsqu’on interroge et que l’on discute avec les négociants en Europe, il y avait un consensus en septembre-octobre, pour dire que les prix étaient exagérément trop hauts et que cela ne correspondait pas à l’offre et la demande au niveau mondial. Il n’y avait pas de demande, les fondamentaux ne suivaient pas et ils étaient assez sceptiques sur ce mouvement de hausse.
Cette hausse, elle a été corrigée. Le marché a beaucoup baissé à New York sur l’idée qu’il n’y avait pas de demande. L’absence de cette demande, elle a été prouvée chaque jeudi lorsque l’USDA publie les ventes hebdomadaires de coton américain. New York n’autorisant que le coton américain en livraison par définition, ces fondamentaux sont d’abord ceux de Etats-Unis même si l’influence mondiale est là. Le marché a corrigé. Aujourd’hui, il est plutôt en phase de stagnation, les ventes que l’on a eu hier (ndrl 13 décembre) publiées par l’USDA étaient un peu meilleures. Il y avait des ventes en Chine, pour des montants relativement corrects, près de 88 000 balles, c’était le plus grand montant de ventes hebdomadaires depuis le mois d’août. Et cela a redonné effectivement un peu de support au marché. Aujourd’hui, le vrai problème qu’a le coton c’est la politique de la Chine, la demande à venir pour le premier trimestre 2008 dont on dit qu’elle pourrait revenir et bénéficier au coton américain. En ce qui concerne les autres origines, notamment l’Afrique, il y a un problème d’euro. Ce qui fait que le coton africain aujourd’hui est très peu compétitif par rapport à d’autres marchés. Entre temps, on a eu aussi l’arrivée de l’Inde bien sur qui a été terrible. La Chine a aujourd’hui deux fournisseurs potentiellement compétitifs, l’Inde en premier puis les Etats-Unis si New York ne monte pas trop haut. On a cette espèce de paradoxe qui est que New York a besoin de baisser pour générer de la demande et permettre au coton américain d’être compétitif, ce qui pourrait le faire monter puisque c’est positif jusqu’à un point où cette demande se retire. Donc il y a un point d’équilibre à trouver. Il y a aujourd’hui une espèce de consensus dans le négoce pour dire que le point d’équilibre se situe autour de la zone 60-65 cents la livre à New York pour les échéances rapprochées. Le vrai problème qu’à en fait aujourd’hui le coton et notamment New York, cela a été la suppression du step 2. Les aides à l’export que proposaient les Etats-Unis permettaient au coton américain d’être compétitif avec des prix élevés. Ce qui permettait à New York d’avoir des niveaux des prix très corrects, qui bénéficiaient ensuite aux autres origines notamment le coton africain, car cela faisait monter les cours mais sur la base d’une injustice de subvention. Ces aides ont été supprimées, cela a fait baissé New York et les cours du coton américain et comme c’est la seule référence aujourd’hui par ricochet, cela a fait baisser l’ensemble des prix du coton. Maintenant au-delà de ces fondamentaux, des choses ont changé dans le domaine des matières premières qui est l’arrivée des fonds et le fait que les matières premières soient vues comme une classe d’actifs très « supportive » avec l’arrivée et le développement économique de la Chine et de l’Inde au niveau mondial et pour l’ensemble des matières premières. Récemment, une étude de Standard&Poor’s donnait $ 110 milliards investis sur les produits de matières premières aujourd’hui et ces investissements devraient passer au mois de janvier 2008 à $ 150 milliards. Dans les semaines qui viennent $ 40 milliards vont être investis dans les matières premières et cela pourrait bénéficier au coton, comme à d’autres matières premières. Et vous pouvez avoir aujourd’hui des mouvements de fortes hausses ou de fortes baisses sur les matières premières en dehors de tous fondamentaux uniquement par la politique de ces fonds qui ont pris un poids énorme. Si on regarde la position ouverte du contrat à terme à New York aujourd’hui elle a triplé en cinq ans. C’est allé très vite. Et ces gens-là sont capables de faire bouger les marchés de manière très importante sur des volumes de fluctuation très importants en dehors de tous fondamentaux. On l’a vu à au mois de septembre/d’octobre puisque l’on avait un marché qui montait alors qu’il y avait une incompréhension sur la base des fondamentaux de la part des professionnels de la filière du coton. In fine, on pourrait dire que les fondamentaux ont gagné pour l’instant mais je persiste à croire qu’effectivement les marchés à terme sont des produits efficients et que les fondamentaux finissent toujours par l’emporter, normalement. Mais le poids des fonds étant très important aujourd’hui cela s’est renforcé. Les périodes où les fluctuations de déséquilibre par rapport aux fondamentaux se sont accrues. Les niveaux de prix peuvent être plus éloignés des fondamentaux qu’ils ne pouvaient l’être auparavant et ce déséquilibre peut durer plus longtemps. Cela a amplifié quelque chose d’existant mais qui était très largement supportable et qui aujourd’hui l’est peut-être plus difficilement. Donc cela peut changer la donne. Vous avez certains fonds ou certaines banques qui estiment qu’ à moyen terme le coton pourrait retourner vers $1 la livre, contre 60-65 cents aujourd’hui.

En raison de ces fonds?
Jérôme Jourquin : A cause de ces fonds. Ces fonds-là ont un discours fondamental, ou prétendu tel, qui est qu’il y a eu un développement économique très important du à l’arrivée de la Chine et de l’Inde dans le monde, que les surfaces disponibles pour produire du coton ne sont pas extensibles et que la demande, elle, en raison du développement de ces pays là et des populations, devrait accroître la consommation et que la production ne sera pas suffisante pour suivre la demande dans les 5 à 10 ans à venir. Ils ont ce discours-là pour le coton, le cacao, le café et d’autres matières premières.

Pour le coton, on estime que la demande pourrait diminuer à court terme, suite à la crise des subprimes, au ralentissement de l’économie mondiale et aussi de la hausse des prix notamment des matières, comme le blé, provoquant une hausse des produits alimentaires et par là une baisse de la demande en textile  ?
Jérôme Jourquin : Cela peut-être un gros frein à une hausse importante des cours du coton. Très clairement. Car cela va tout d’abord attaquer le marché du filé, qui n’est pas très bon aujourd’hui. Et cela aura un impact direct ensuite sur le coton.

Au niveau des filatures, les stocks sont-ils suffisant actuellement ?
Jérôme Jourquin : Ils sont short. Il y a un problème de fond. Depuis plusieurs années plus personne ne veut payer le stock. La filature a commencé il y a quelques années à travailler en flux tendus et aujourd’hui le négoce vend relativement peu de coton sur des périodes très éloignées de manière régulière. La demande en général a tendance à être totalement absente et à venir d’un seul coup sur des embarquements prompts ou immédiatement rapprochés et à se retirer ensuite. Il y a peu de stocks, la filature est peu couverte mais elle va avoir tendance à acheter immédiatement pour des embarquements rapprochés. Et cela a un petit effet négatif sur les prix dans la façon de travailler. Des ventes se sont faîtes récemment encore, mais l’impact sur les prix est relativement réduit.

Une baisse des cours ferait revenir la demande rapidement ?
Jérôme Jourquin : C’est ce qu’on a beaucoup dit. C’est venu en partie. Si le marché devait effectivement baisser de 65 cents à 60 cents, toute cette phase-là pourrait générer de la demande. La filature serait effectivement très présente sur le marché sur ce niveau de prix (62-65 cents la livre). Ce n’est pas en soi un mauvais prix. Le problème en Afrique c’est l’euro plus que le marché. Les prix pratiqués à New York cette année ne sont pas dramatiquement bas. C’est tout sauf catastrophique. L’euro a commencé un petit peu à baisser et moi je ne serais pas surpris qu’au premier trimestre 2008, de voir un euro revenir sur des niveaux d’abord à 1,44 et 1,42 me paraît tout à fait raisonnable.

Quelles sont perspectives pour l’offre en 2008/09, les Etats-Unis vont-ils réduire leur surface de coton ?
Jérôme Jourquin : Hier (ndrl 13 décembre) il y a eu une déclaration du responsable du Parti communiste pour le Xinjiang, grosse région productrice de coton, pour dire qu’il y avait eu cette année effectivement une grosse augmentation des surfaces consacrées au coton et de la production mais que l’année prochaine cela devrait se réduire car la priorité devrait être donnée aux céréales et aux pâturages. L’impact peut être important. Aux Etats-Unis, on nous avait dit l’année dernière cela va baisser car les prix sont trop faibles. Aujourd’hui, je suis très sceptique sur la baisse des surfaces pour l’année prochaine. Je pense que le choix n’est pas aussi simple que ça pour les producteurs américains de passer d’un produit à l’autre. Ce sont des métiers différents, ce ne sont pas les mêmes intrants. Il y a quand même beaucoup de surfaces de production aux Etats-Unis qui sont le fait de coopératives qui ont des intérêts dans les usines d’égrenage. C’est un secteur cotonnier intégré. On ne passe pas d’un produit à l’autre comme cela. Certains le font, le peuvent, mais cela reste sur des volumes faibles. Plus ou moins 10% c’est un maximum. De toute façon dans les motivations pour passer d’un produit à l’autre, il y a le prix mais sur les Etats-Unis c’est surtout les subventions et la politique du Farm Bill.

Dans le nouveau Farm Bill devraient être promu les biocarburants ?
Jérôme Jourquin : Oui et c’est plutôt pas mal. « L’espoir » c’est l’éthanol et les biocarburants aux Etats-Unis. Il y a une volonté de produire leur propre biocarburant éthanol avec du maïs et qu’effectivement le maïs est peut-être le meilleur produit de substitution au coton, plus que le blé ou le soja. Là il y a peut-être effectivement un espoir de voir une tendance de basculement de production de coton vers le maïs. Cela peut aider à une augmentation des cours par la réduction de l’offre. Mais il ne faut pas oublier aussi que des pays comme le Brésil ont des capacités d’extension de production très importantes. Ce qu’on perdrait en production du côté des Etats-Unis est très facilement gagnable ailleurs. Cela peut s’annuler. Et je pense que le seul impact que cela aurait si la production de coton devait baisser aux Etats-Unis c’est de réduire les volumes sur le marché de New York. Donc plus une baisse de volume qu’une hausse des cours.

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