15 juillet 2015 - 10:45 |
à Ouagadougou

Stratégie pour une exploitation durable du karité au Burkina Faso

Malgré un potentiel de production de plus de 800 000 tonnes d’amendes de karité, le Burkina Faso n’en exploite qu’à peine 200 000 tonnes. Cette situation est la conséquence d’une série de contraintes qui sont liées entre autres à une faible organisation des acteurs, une multiplicité d’intervenants, une absence de cadre d’intervention dans la filière, un difficile accès à des marchés porteurs, etc.  

FCFA 8,9 milliards pour redresser la filière

Aujourd’hui, le pays veut mettre de l’ordre dans la filière karité. Une volonté qui s’est traduite par l’adoption en 2014 d’une stratégie de développement durable du karité et un plan d’actions couvrant la période 2015 – 2019 chiffré à FCFA 8,9 milliards. « Ce sont les acteurs à travers leur interprofession qui ont demandé à l’État d’intervenir au regard des difficultés qu’ils rencontraient notamment au niveau de l’organisation, au niveau de l’accès au marché », explique Magloire Hier, secrétaire permanent de la Table Filière Karité. « Le gouvernement qui à son tour a demandé l’assistance du Centre du Commerce International et  du Cadre Intégré Renforcé», ajoute Mambila Bancé, directeur de la promotion et de la distribution des produits locaux au ministère en charge du Commerce. « Nous avons suggéré qu’avant même qu’on commence à parler d’actions en faveur de la filière, il fallait qu’on définisse un cadre d’intervention. Nous avons proposé qu’on élabore une stratégie de l’exploitation durable du karité», ajoute Gueswindé Paulin Zambelongo, expert en politique commerciale à l’unité nationale de mise en œuvre du Cadre Intégré Renforcé (CIR), un programme multidonateurs qui aide les pays les moins avancés à jouer un rôle plus actif dans le système commercial mondial.

Créer une synergie d’actions

La stratégie nationale de développement durable du karité se présente comme un moyen d’accroître les revenus et la sécurité alimentaire des populations à travers une gestion durable de l’arbre à karité et une valorisation des produits issus du karité. « La stratégie constitue un référentiel de toutes les interventions dans la filière karité au Burkina Faso. On veut créer une synergie d’actions dans la filière », explique Mambila Bancé. Dans la foulée, Gueswindé Paulin Zambelongo ajoute : « L’idée c’était vraiment de faire en sorte qu’on ait un cadre de référence de toutes les interventions des acteurs, des partenaires en faveur de la filière. Puisque l’une des problématiques que les acteurs avaient posées c’est qu’il y a beaucoup d’intervenants, beaucoup d’actions disparates. Il n’y avait pas de coordination, chacun venait avec ses ressources et essayer d’intervenir comme il le voulait et ce n’était pas tout le temps en faveur des acteurs ».

Le document de stratégie s’articule autour de plusieurs axes qui visent entre autres l’augmentation des volumes d’amendes produites, la protection de l’environnement, l’amélioration de l’accessibilité des zones de collecte, la professionnalisation des acteurs de la filière, notamment les femmes qui collectent les amendes. « Les contraintes c’est que les femmes qui font le ramassage le font de façon occasionnelle. Nous devons travailler à professionnaliser le volet ramassage et également mettre en place des mécanismes de petits financements pour permettre aux femmes d’avoir des ressources pour collecter et traiter les noix et les vendre quand les prix sont intéressants », laisse entendre Gueswindé Paulin Zambelongo.

D’autres axes portent sur l’amélioration de la qualité des produits issus du karité, l’amélioration de l’environnement des affaires, le développement d’une présence performante des produits du karité burkinabè sur les marchés cibles. « Une autre contrainte est que le parc [forestier] est vieillissant. Il y a des actions qui sont prévues au niveau de la recherche pour voir comment faire en sorte pour réduire le cycle de production de l’arbre à karité et aussi comment faire en sorte qu’on puisse avoir des énergies alternatives pour palier l’utilisation du bois », fait comprendre Mambila Bancé.

Rationnaliser la mise en œuvre

Validé en conseils des ministres en 2014, la stratégie amorce sa phase de mise en œuvre. Un comité interministériel, un comité technique et un secrétariat technique ont été mis en place. Les 8 et 9 juillet 2015, le comité technique a tenu sa première rencontre de coordination à Ouagadougou avec comme menu une réflexion sur la gestion efficace de la mise en œuvre de la stratégie. « Si vous voulez intervenir dans la filière karité aujourd’hui, vous êtes obligés de vous inscrire dans ce qui est prévu dans la stratégie. Par exemple, si c’est le volet environnemental qui vous intéresse, il y a tout un axe sur la protection de la ressource, le peuplement, la recherche, etc. », déclare l’expert en politique commerciale, Gueswindé Paulin Zambelongo. La stratégie de développement durable du karité se veut être un outil pour mobiliser plus efficacement des financements en faveur la filière. Déjà, quelques partenaires s’annoncent, assure Gueswindé Paulin Zambelongo. « Il y a déjà la BAD qui est intéressée à participer au financement la mise en œuvre de la stratégie pour un montant d’au moins un million de dollars. On a réuni les acteurs et on a défini des actions prioritaires à soumettre à la BAD et on espère que d’ici la fin de l’année on puisse aller vers la mise en œuvre de ces actions », dit-il.

Voulus par l’interprofession karité et défini par l’État, la stratégie de développement durable du karité suscite beaucoup d’espoirs au niveau des acteurs qui souhaitent mettre de l’ordre dans la filière et lui insuffler une nouvelle dynamique. « On a un mécanisme de suivi qui permettra de faire chaque année la cartographie des interventions dans la filière », conclut Mambila Bancé.

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