16 janvier 2014 - 00:00 |

Bras de fer entre Greenpeace et la filière bois en RD Congo

Sicobois au banc des accusés

(16/01/2014)

La semaine dernière, l’Assemblée nationale française a adopté en première lecture le projet de loi pour l’agriculture, l’alimentation et la forêt. Une fois adoptée définitivement (après être passé devant le Sénat en avril puis de nouveau à l’Assemblée), le texte devrait donner les moyens aux autorités françaises de lutter contre l’importation du bois illégal et ce, en conformité avec le Règlement sur le bois de l’Union européenne (RBUE) qui est entré en vigueur en mars 2013 au niveau de l’Union européenne (voir nos informations).

Cette même semaine dernière, le 8 janvier, Grenpeace a mené une action dans le port de Caen, saisissant, comme pièce à conviction, une grume vendue par l’entreprise Sicobois en RD Congo. «Ce bois est illégal. Greenpeace a tous les éléments pour le prouver », explique Frédéric Amiel, chargé de campagne forêts pour Greenpeace France.

Le Projet de loi d’avenir sur l’agriculture, l’alimentation et la forêt, en discussion en ce moment au Parlement, doit donner les moyens à la France de lutter efficacement contre le trafic de bois illégal. Aujourd’hui le projet est trop faible : imprécis sur le régime de sanctions, sans moyens de contrôle supplémentaires. Greenpeace demande au ministère et aux députés d’améliorer ce texte. En attendant, nous nous substituons aux autorités en saisissant une grume comme pièce à conviction.

Une action qui n’a pas laissée indifférente la Fédération des industriels du bois (FIB) en RD Congo dont Sicobois est membre. Une note technique répondant, point par point, aux accusation a été élaborée.

La réponse de la FIB

Au-delà du cas précis de Sicobois , la FIB, par la plume de son président Gabriel Mola Motya et sa secrétaire-général Françoise Van de Ven, attire l’attention sur la situation du secteur formel du bois en RD Congo.

Il ne reste plus grand chose du secteur formel du bois en RDC. Dans les années 90, plus de 150 exploitants disposaient de concessions forestières. Après la revue légale des titres forestiers en 2008/2009, seulement 28 ont su se maintenir. Depuis, la nouvelle législation/règlementation impose des dispositions tel que le plan d’aménagement (prix entre 4 et 5 €/ha), les clauses sociales à réaliser avec les communautés locales importantes, le paiement de code barres pour la traçabilité (très onéreux mais visiblement impossible à convaincre les autorités européennes que le bois est légal), etc..

En quelques années les exportations en provenance de la RDC vers l’UE ont chuté de 90% et cela ne semble pas encore être la fin. Ce qui est étonnant est qu’en 1960 la RDC exportait environ 500 000 m3 de bois et qu’aujourd’hui on atteint même plus 250 000 m3.

Les actions menées par certaines ONG sont plus que déplorables et au lieu de pouvoir contribuer à la gestion durable des forêts de la RDC, ils n’ont comme résultats que la fermeture de ce qui reste encore du secteur formel: sur les 28 concessionnaires, seulement une bonne dizaine sont encore en activité à un niveau plus ou moins acceptable et devront très bientôt fermer les portes. Plus de 6 000 emplois perdus en 5 ans, c’est à dire plus de 6000 familles (environ 60 000 personnes) qui n’ont plus de moyens de survie (salaire, soins médicaux, minerval) et qui ne chercheront qu’à s’échapper de leur misère et qui risque de se retrouver un jour ou l’autre sur des navires de fortunes à destination de l’UE ou bien se lancer dans l’exploitation illicite des ressources naturelles de leur pays afin de pouvoir survivre. Fait important est également que la majorité des emplois du secteur formel sont dans l’arrière pays et permettent d’éviter l’exode rurale vers la capitale, qui avec ces 10 000 000 d’habitants a du mal à faire face aux attentes de ces habitants.

Très peu d’actions sont menées par les ONG internationales (seulement quelques unes ont compris à ce jour le danger réel) pour trouver des solutions à la destruction de la forêt par l’agriculture sur brûlis, la coupe totalement illicite, le bois énergie, etc… alors que, rapport sur rapport, ce sont les raisons principales de la dégradation/destruction de la forêt”, souligne les responsables de la FIB.

Selon Interpol, le bois illégal représente 15 à 30% du volume du bois commercialisé internationalement.

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