16 janvier 2015 - 00:00 |

La Chronique Matières du Jeudi

Goldman Sachs, Deutsche Bank, ING, Citigroup, Morgan Stanley, tous estiment que l'euro est entrée dans une longue phase de correction, qui devrait l’amener à 1,10 dollar en fin d’année et à la parité fin 2016. En cause ? La crise de croissance dans la zone euro et la politique de soutien de la Banque centrale européenne (BCE). Avec des incidences majeures sur l'ensemble des marchés mondiaux de matières premières, qui s'échangent quasiment toutes en dollar, et particulièrement sur les pays de la zone Franc qui devraient gagner en compétitivité, le franc étant lié à parité fixe à l'euro.

 

CACAO 

C'est la déception ! Les chiffres de broyages de fèves du cacao, baromètre de la demande mondiale, ont été publiés aujourd'hui tant pour l'Europe qu'aux Etats-Unis. Et ils sont en chute libre, signe que le prix élevé du cacao commence à dissuader les consommateurs à acheter du chocolat. Sur le marché à terme de Londres, le cacao a perdu £ 4, à £ 2 015 la tonne aujourd'hui, New York glissant de $ 15, à $ 2 977 la tonne également.

Des broyages en Europe qui sont en chute de 7,4% au quatrième trimestre 2004 par rapport à la même période l'année précédente, a annoncé aujourd'hui  l'Association européenne pour le cacao (ECA).  Ainsi, le total des broyages européens sur 2014 est de 1 301 527 tonnes (t) contre 1 330 042 t en 2013, en baisse annuelle de 2,1%. En Allemagne, le chute au 4ème trimestre est majeure, de l'ordre de 14,08% par rapport à fin 2013, à 86 800 t.

Aux Etats-Unis, pour la première fois en deux ans, les broyages sont aussi en baisse alors qu'on s'attendait à une stagnation, voire à une hausse de 2%. Or, ils ont glissé de 1,95% au quatrième trimestre par rapport à fin 2013, à 122 886 t. Toutefois, grâce aux bonnes performances  sur le reste de l'année, les broyages sont en hausse de 2,4% sur l'ensemble de 2014, à 521 657 t. C'est le niveau le plus élevé depuis 2009, année où le Mexique et le Canada ont été englobés dans les chiffres nord-américains.

Tous les yeux sont donc tournés maintenant vers l'Asie où l'Association du cacao devrait publier le 23 janvier ses chiffres. Mais, d'ores et déjà, le Malaysia Cocoa Board a annoncé lundi des broyages en baisse de 14,4%, à 244 423 t, pour l'ensemble de l'année calendaire 2014 contre 285 608 t en 2013.  En réalité, on a noté ce ralentissement sur l'ensemble du deuxième semestre 2014, les disponibilités en poudre dépassant largement la demande. Or, même si la demande en beurre est forte, lorsqu'on broie la fève, on obtient de la poudre et du beurre et les transformateurs hésitent à alourdir leurs stocks de poudre.

Côté production, au Cameroun, le prix des fèves bord champ augmente et la situation générale s'améliore dans les zones de production en ce mois de janvier : ces zones sont plus facilement accessibles (les 100 km entre Kumba et Mamfa sont actuellement en train d'être goudronnés), la concurrence entre acheteurs est plus forte – ce qui soutient les prix proposés aux cacaoculteurs, et la qualité des fèves s'améliore estiment des producteurs et des exportateurs interrogés par Reuters.  Dans la zone de production de Kumba, FCFA 1 220 sont proposés pour un kilo de fèves contre FCFA 1 200 le mois dernier. Rappelons que la campagne court du mois d'août à juillet chez le 5ème producteur mondial, la récolte battant son plein  entre octobre et janvier/février.

Chez le n°1 mondial, la Côte d'Ivoire, depuis le début de la campagne, le 1er octobre, les arrivages aux ports d'Abidjan et de San Pedro sont en baisse, à 893 000 t au 11 janvier contre 1 002 000 t sur la même période la campagne dernière, selon les chiffres des exportateurs. Une situation qui pourrait ne pas s'améliorer car la force de l'harmattan qui souffle actuellement surprend, endommageant des cacaoyers et alimentant les craintes de voir la production baisser et la campagne principale écourtée.

CAFÉ

Ce sont toujours les craintes météorologiques au Brésil qui font grimper l'Arabica sur le marché à terme de New York, le Robusta lui emboîtant le pas, gagnant $ 21 aujourd'hui, à $ 2 014 la tonne à Londres.

En effet, mardi, le gouvernement a estimé une récolte 2015/16 à peu près au même niveau qu'en 2014, année où une sécheresse sans précédent a fait chuter les volumes récoltés. La production serait de 44,1 à 46,6 millions de sacs de 60 kilos (Ms), le gouvernement relevant légèrement les volumes d'Arabica à 32,5-34,4 Ms et baissant ceux de Robusta à 11,6-12,2 Ms. Mais les estimations varient beaucoup d'un prévisionniste à l'autre, FO Licht avançant le chiffre de 43 Ms, le plus faible, tandis qu'Ecom estime la récolte à 50 Ms. La guerre des chiffres fait rage avec tout leur effet spéculatif.

Au Kenya, aux ventes aux enchères mardi, le prix le plus élevé pour le Grade AA a grimpé, atteignant $ 402 le sac de 50 kg contre $ 355 la semaine précédente. A noter que mercredi, le gouvernement a lancé une politique de marque. Le café en vrac est vendu aux torréfacteurs sous le label "Coffee Kenya Mark of Origin". Ceci permet de créer de la valeur ajoutée lors de l'exportation, le café ainsi vendu étant garanti provenant du Kenya.  Rappelons que ces exportations ont rapporté au pays $ 254 millions sur la campagne 2013/14.  Sa production a chuté à 49 475 t alors qu'en 1988/89, elle avait atteint un pic de 130 000 t.

CAOUTCHOUC

 Le caoutchouc s'est ressaisi aujourd'hui sur le marché à terme de Tokyo après avoir touché un plus bas d'un mois. C'est la conséquence du rebond du dollar face au yen mais aussi du pétrole mercredi, le caoutchouc naturel s'adaptant aux cours de son grand rival, le caoutchouc synthétique, dérivé du pétrole. Une tendance qui devrait être de courte durée car la hausse du brut n'est liée qu'à un effet technique de couverture de positions à terme du fait de l'expiration d'options.

La production de caoutchouc naturel en Côte d'Ivoire a atteint 311 429 tonnes (t) en 2014, dépassant les prévisions qui étaient de l'ordre de 296 456 t, a déclaré aujourd'hui  Akpangni Attobra, secrétaire général de l'Association des professionnels du caoutchouc naturel de Côte d'Ivoire (Apromac).  Ceci représente une hausse de 6,1% des volumes par rapport à 2013 lorsque la production s'était établie à 293 293 t (voir nos informations).

COTON

Une semaine en dents de scie pour le coton coté à New York. Mardi, la faiblesse des prix a incité les filatures chinoises à se porter à l'achat, provoquant une hausse des cours. Mais dès le lendemain, la crainte d'une déflation mondiale a conduit nombre d'investisseurs à liquider une partie de leurs positions et la fibre est tombée à son plus bas prix depuis sept semaines et demi. Aujourd'hui, le coton est reparti à la hausse suite à la publication des chiffres d'exportation hebdomadaires des Etats-Unis qui ont progressé face à la politique d'achat toujours très active de la Chine. Selon le Département américain de l'Agriculture (USDA), 441 800 balles auraient été exportées durant la semaine au 8 janvier contre  227 800 balles la semaine précédente, qui était déjà en hausse de 11% sur la semaine d'avant.

Aujourd'hui, les prix ont donc grimpé de 2,2%, à 60,27 cents la livre, durant la séance, une hausse toutefois de courte durée car battue en brèche par les faibles perspectives de croissance mondiale.

KARITÉ

 La fin de campagne en Afrique de l'Ouest approche et le karité se fait rare, souligne Rongead dans sa lettre d'information n'kalô. "_Si les exportateurs et les grossistes se retirent du marché de l’amande de karité, seul le marché de la consommation locale maintiendra une demande et le prix de l’amande sera principalement déterminé par le prix de beurre de karité vendu localement_", estime l'expert.

HUILE DE PALME

Le rebond des cours du pétrole mercredi a entrainé dans son sillage ceux de l'huile de palme, une tendance qui a trouvé un soutien supplémentaire dans la crainte de voir la production en Malaisie, deuxième producteur mondial d'huile de palme, affectée par la plus forte mousson en une décennie.  De fortes pluies s'abattent sur les régions de production, faisant craindre des dommages dans les plantations.

Ceci dit, les cours de l'huile de palme demeurent faibles face à une demande léthargique. Sur la première quinzaine de janvier, les exportations de Malaisie ont chuté de 13%, à 535 651 tonne s(t), par rapport à il y a un mois, selon Intertek.

Quant à l'Indonésie, n°1 mondial, il a maintenu pour le quatrième mois consécutif ses droits d'exportation à zéro. Ce régime devrait durer jusqu'à fin février.

Côté demande, les importations indiennes d'huile de palme ont augmenté de 5% en décembre, à 836 447 t, a annoncé mercredi Solvent Extractor's Association of India (SEA).  L'Inde est le premier importateur mondial et achète son huile essentiellement d'Indonésie et de Malaisie.

RIZ

 Les prix du riz à l'export de Thaïlande et du Vietnam sont demeurés stables cette semaine, mais des pressions baissières se font sentir de Thaïlande dont les stocks regorgent alors que la demande asiatique est faible.

La Thaïlande devrait vendre 17 millions de tonnes d'ici 2016 afin d'alléger ces stocks qui ont été constitués par le gouvernement précédent.  Des stocks pléthoriques qui maintiennent le prix des brisures 5% à $ 410-420 la tonne; le prix vietnamien pour cette qualité est de $ 380. Rappelons qu'en 2014, la Thaïlande était le premier exportateur mondial devant l'Inde et le Vietnam.

SUCRE

Le sucre, roux et blanc, semble se revigorer et casser sa tendance baissière de prix amorcée il y a 7 mois maintenant. Ainsi, le sucre blanc a terminé en hausse sur le marché à terme de Londres aujourd'hui, à $ 397,30 la tonne, à l'instar du roux à New York qui a terminé à 15,23 cents la livre.

Un temps très sec au Brésil, premier producteur et exportateur mondial, soutient les prix qui sortent de leur torpeur baissière liée à un sur-approvisionnement du marché.

Côté consommation, notons que les importations de sucre roux en Russie sont passés de 419 200 t entre janvier et novembre 2013 à 557 500 t sur la même période l'année dernière

Publicité

Votre publicité sur notre site

En savoir +